‹ Le dernier chant du pélerinage d'HaroldChapitre 2 sur 15 · DEDICACE · texte numérisé non relu

DEDICACE

Tes cheveux trempés de rosée , Distillaient lentement ses perles à tes pies.

Des cascades Fécume errante Faisait autour de toi , sur un tslpis de fleurs , De son prisme liquide ondoyer les couleurs ,

Et, d'une robe transparente , Semblait ^envelopper dans ses plis de vapeurs ! Tu ressemblais. . . . Mais non , toute image est glacée. Rien d'humain ne saurait te retracer aux yeux ^

Rien qu'une céleste pensée ,

Qui , durant un songe pieux , Sur ses ailes de feu dans les airs balancée , Et du sein d'un coeur pur vers Dieu même élancée ,

S'élève , et plane da^s les cieux !

Je te vis 5 je jurai de consacrer la trace

De ce trop rapide moment , Et de graver ici ton nom...... Ta main l'eflace

De ce fragile monument.

3o DEDICACE.

Un jour , quand je te verrai lire Ces vers dont un regard est le seul avenir, Si tes yeux attendris ne peuvent retenir

Une larme aux sons de ma lyre ,

Âh ! qu au moins tu puisses te dire :

« Ces chants qui m^ont ému, c'est moi qui les inspire ,

» Et sa muse est mon souvenir! »

LE DERNIER GHAHT

^^fmnrtje b'^mt^ib.

Muse des derniers tems! divinité sublime Qui des monts febuleux n^habites plus la cime ; Toi qui n'as pour séjour, pour temples , pour autels, Que le sein frémissant des généreux mortels ; Toi dont la main se plaît à couronner ta lyre Des lauriers du combat , des palmes du martyre , Et qui fais retentir THémus ressuscité, Des noms vengeurs du Christ et de la Liberté !

Il'ne Éd. 5

Sentiment plus qu!humaîn, que riiômme déifie, Viens seul ! c'est à toi seul que mon cœur sacrifie ! Les siècles de l'erreur sont passés; l'homme est vieux ; Ce monde , en grandissant , a détrôné ses dieux , Comme l'homme qui touche à son adolescence , Brise les yains hochets de sa crédule enfance : L'Olympe n'entend plus , sur ses sommets sacrés , Hennir du dieu du jour les coursiers altérés; Jupiter voit sa foudre, entre ses mains brisée, Des fils grossiers d'Omar provoquer la risée ; Le Nil souille au désert, de son impur limon, Les débris mutilés de l'antique Memnon ; Délos n'a plus d'autels , Delphes n'a plus d'oracles , Le tems a balayé le temple et les miracles.

Fouillant sous le gazon ses dieux ensevelis , Le Grec vend au chrétien leurs restes avilis : Jupiter, Mahomet, Isis, tombe sur tombe, Tout s'est précipité, tout est tombé, tout tombe.

Hors le culte étemel, vingt cultes diffërens, Du stupide univers bienfaiteurs ou tyrans, Ont passé ! cherchez-les dans la cendre de Rome!... Mais il reste à jamais au fond du cœur de Thomme Deux sentimens divins, plus forts que le trépas: L'Amour, la Liberté, dieux qui ne mourront pas!

L'Amour ! Je Pai chanté, quand, plein de son délire , Ce nom seul murmuré faisait vibrer ma lyre , Et que mon cœur cédait au pouvoir d'un coup d'œil. Comme la voile au vent qui la pousse à Pécueil. J'aimai; je fus aimé : c'est assez pour ma tombe; Qu^on y grave ces mots, et qu'une larme y tombe ! Remplis seule aujourd'hui ma pensée et mes vers, Toi qui naquis le jomr où naquit l'univers, Liberté! premier don qu'un dieu fit à la terre, Qui marquas l'homme enfant d'un divin caractère ,

Et qui fis reculer, à son premier aspect ,

Les animaux tremblant d'un sublime respect;

Don plus doux que le jour, plus brillant que la flamme ,

Air pur, air ëtemel qui fait respirer Pâme!

Trop souvent les mortels, du ciel même jaloux,

Se ravissent entre eux ce bien commun à tous!

Plus durs que le destin, dans d'indignes entraves,

De ce que Dieu fit libre, ils ont Êiit des esclaves !

Ils ont de ses saints droits dégradé la raison ;

Qu'ai' je dit? ils ont &it un crime de ton nom !

Mais, semblable à ce feu que le caillou recèle,

Dont l'acier &it jaillir la brûlante étincelle ,

Dans les cœurs asservis tu dors ! tu ne meurs pas !

Et , quand mille tyrans enchaîneraient tes bras,

Sous le choc de ces fers dont leurs mains t'ont chargée,

Tu jaillis tout-à-coup, et la terre est vengée!

Ces tems sont arrives! Aux rivages d^Ârgos N^entends-tn pas ce cri qui monte sur les flots P G^est ton nom! il (rancliit les écueils des Dactyles; Il éveille en sursaut Fëcho des Thermopyles; Du Pinde et de Vlthôme il s^élance à la fois ; La voix d^un peuple entier n'est qu'une seule voix : Elle gronde, elle court, elle roule, elle tonne, Le sol sacre tressaille à ce bruit qui Pétonne, Et, rouvrant ses tombeaux, enfante des soldats Des os de Miltiade et de Léonidas!

Il 'entends-tu pas siffler, sur les flots du Bosphore, Tous ces brûlots armés du feu qui les dévore ; Qui, sillonnant, la nuit, l'Archipel enflammé, A travers les écueils dont Mégare est semé , X]omme un serpent de feu glissent dans les ténèbres. Illuminent ces mers de cent phares funèbres ,

Surprennent, sur les flots, leurs tyrans endormis, Se cramponnent aux flancs des vaisseaux ennemis , Et, leur dardant un feu que la vengeance allume, Bénissent leur trépas pourvu qu'il les consume?...

Ce sont là les flambeaux dignes de tes autels ! "Viens donc , dernier vengeur du destin des mortels , Toi que la tyrannie osait nommer un rêve!

La croix dans une main et dans l'autre le glaive, Viens voir , à la clarté de ces bûchers errans , Ressusciter un peuple et périr des tyrans !

Mais où donc est Harold ? Ce pèlerin du monde Dont j'ai suivi long-tems la course vagabonde, A-t-il donc jeté l'ancre au midi de ses jours. Ou s'est-il endormi dans d'ignobles amours ?

Ai-je perdu ce fil de mes sombres pensées, Qui , marquant de mes pas les traces effacées ,

M'aidait à retrouver raoi-méme dans autrui ?

Mystérieux héros ! cVtaît moi , j'étais lui,

Et, sans briser jamais le nœud qui les rassemble,

Nos deux cœurs , nos deux voix, sentaient, chantaient ensemble ;

Mais, depuis qu'en partant, la ville des Césars

Le vit se retourner vers ses sacrés remparts ,

Que Tlbur, encor plein du chantre de Blanduse,

Tressaillit de plaisir sous les pas de sa muse.

Et que de son sommet éclatant, d'où les yeux

Plongent sur une mer qui va s'unir aux deux ,

Albano l'entendit, en découvrant l'abîme,

Saluer l'Océan d'un adieu si sublime.

On n'a plus reconnu sa voix ; et l'univers ,

Encor retentissant de ses derniers concerts,

Gomme un temple muet , semble attendre en silence

Que l'hymne interrompu tout-k-coup recommence.

Que fait-il ? Sur quels bords ses astres inconstans

Ont-ils poussé ses mâts brisés avant le tems ?

4o LE DERNIER CHANT

Qaels flots forent témoins de son dernier naufrage? Quel sol consolateur lui prêta son rivage ?

O mase , qui donnais ta Ijre à ses douleurs, Viens donc , suivons ses pas aux traces de ses pleurs!

Il est nuit; mais la nuit sous ce ciel n^a point d'ombre : Son astre 9 suspendu dans un dôme moins sombre, Blanchit de ses lueurs des bords silencieux Où la vague se teint du bleu pâle des cieux; Où la côte des mers, de cent golfes coupée, Tantôt humble et rampante et tantôt escarpée , Sur un sable argenté vient mourir mollement.

Ou gronde sous le choc de son flot écumant De leurs vastes remparts les Alpes l'environnent; Leurs sommets colorés que les neiges couronnent , De colline en colline abaissés par degrés , Montrent , près de Thiver, des climats tempérés

Où Taquilon, fuyant de son âpre royaume ^ De leurs tièdes parfums s^attiëdit et s'embaume.

A travers des cyprès, dont rimmobilite\ Symbole de tristesse et d'Immortalité , Projette sur les murs ses ombres sëj>ulcrales Que les reflets du ciel percent par InterTalles, S*-etend sur la colline un champêtre sçjour : Un long buisson de myrte en trace le contour ; Sur des gazons naissans, de flexibles allées^ D'un rideau de yerdure à peine encor voilées. Egarant au hasard leur cours capricieux»

Conduisent en tournant , ou les pas, ou les yeux. Jusqu'au seuil où, formautde vertes colonnades, La clématite en fleur se suspend aux arcades ; Sur les toits applatis, des jardins d'orapger Ornent de leurs fruits d'or leur feuillage étranger; Ueau fuît dans les bassins, et, quand le jour expire , Imite en murmurant les frissons du zéphire.

i2 LE DERNIER CHANT

De là, Pœil enchanté voit, au pied des coteaux Gènes, fille des mers^ sortir du sein des eaux ; Les dômes élancés de ses saintes demeures D'où Pairain fi'émissant fait résonner les heures , Et les mâts des vaisseaux qui, dormant dans ses ports , S'élèvent au niveau des palais de ses bords ; Et quand le flot captif les presse et les soulève, D'un lourd gémissement font retentir la grève. Quel silence !... Avançons... Tout dort-il en ces lieux? L'éclat d'aucun flambeau n'y vient frapper mes yeux ; Nul pas n'y retentit, nulle voix n'y murmure; Seulement, au détour de cette route obscure.

Un page et deux coursiers attendent; et plus bas, Dans cette anse où les flots expirent sans fracas. Un brick aux flancs étroits, que l'on charge en silence. Tend sa voile, et déjà sous son poids se balance. Ces armes, ces coursiers, ce vaisseau loin du port, Tout révèle un départ, et cependant tout dort!

Mais non , tout ne dôri pas ; de fenêtre eu fenêtre^ Voyez ce seul flanbeau briller et disparaître; U avance, il recule, if revient tour-à-^our.

Eclaîre-t-il les pas du crime ou de l'amour?

Aux douteuses dartës qu'il jette sur le sable , On croit le voir trembler dans une main coupable. Il descend; il s'arrête à Pangle du palaisç Et Tœil, à la faveur de ses bnllans reflets, S'insinue, et parcourt un réduit solitaire Dont les rideaux légers trahissent le mystère. Sur le pavé, couvert des plus riches tapis, Du pied le plus k'ger les pas sont assoupis ; Les murs en sont ornés d'opiilentes tentures; Sous les lambris dorés, d'élégantes peintures, De tout voile jaloux dépouillant la beauté, Enchaînent le regard ivre de volupté,

Et, sur trois pieds d'albâtre, une lampe nocturne Y répand un jour doux, du sein voilé d'une urne; Là , sous l'alcove sombre où le pâle flambeau, t Semblable au feu mourant qui luit sur un tombeau, Mêle d'ombre ^t de jour une teinte incertaine. Une jeune beauté dort sur un lit d^ébéne :

Son front est découvert; le sommeil, en ses jeax^ Semble avoir dispersé l'or de ses blonds cheveux , Qui, flottant sur son sein que leur voile caresse, Jusqu'au pied de son lit roulent en longne tresse ; Prés d'elle, on voit encor, confusément jetés. Les omemens d'hier qu^à peine elle a quittés ; Ses anneaux, ses colliers, ses parures chéries, Mêlés avec les fleurs que la veille a flétries, Jonchent le seuil du lit, d'arabre, de peiie et d'or, QuW de ses bras pendans semble y chercher encor!

La porte s^ouvre; un hûname, à pas comptes, s^avance. Une lampe à la main il s^arréte en silence :

Est-ce Harold?.- c'est bien lui! Que le tems Ta change! Que son front, jeune encor, de jours semble chargé! L'éclat dont son génie éclairait son visage, Luit toujours ; mais , hélas ! c'est Féclair dans l'orage ; Et y plus que ce flambeau qui tremble dans sa main » On croit voir vaciller son ame dans son sein : Dans l'amère douceur d'un sourire farouche L'amour et le mépris se mêlent sur sa bouche. L'œil n'y peut du remords discerner la douleur ; Mais on dirait , à voii* sa mortelle pâleur, Qu'une apparition vengeresse, étemelle , Le glace à chaque instant d'une terreur nouvelle. Lmnobile, il contemple ^ au chevet de ce lit, Cette femme qui dort, et qu'un songe embellit*

Encore dans la fleur ^e son adolescence , Ses traits ont tont d^un ange...» excepté ^innocence; Ses yeux sont ombragés du voile de ses cils; Mais un pli qui se cache entr« ses deux sourcils , Trace que le sommeil n^a pas même efiacée, Montre que sur ce front quelque peine est passée; Sa lèvre, où le sourire erre encore au hasard, Glace le sentiment en charmant le regard ; Plus encor que Tamour la volupté «^j joue; La peine -en fait fléchir Parc mèbile; et sa joue Ressemble au Ijs penché vers le midi du jour Qu'ont déjà respiré le Zéphire ou TAmour î

Dors! murmurait Harold dSine voix ccHupriBiée; Toi que je vais quitter! toi que j^ai tant aimée! Toi qui m*aimas peut-être , ou dont Tari sëdadeyiir Par Pombre de Tamour trompa du moms mon cœur!

BU PÈLERINAGE D*UAROLD. 47

Qu'importe que le tien ne fôt qu^un doux mensonge ? Je fus heureux par toi; tout bonheur est un songe ! Et je pars , avant Theure où le triste réveil Eut dissipé pour nous cet enfant du sommeil.

Heureux qui , s'éloignant pendant que Terreu;" dure, Emporte dans son cœur une image encor pure !

Qui peut j dans les horreurs de son triste avenir, Nourrir comme un flambeau quelque cher souvenir, Et ne voit pas du moins, en perdant ce qu'il aime. Celte idole qui tombe cra qu'il brisa lui-même , D'un bonheur qui n'est plus étaler les débris Où Télemel remords ramj^e auprès du mépris!.... Gravez-vous dans mes yeux , voluptueuse image ! Front serein dont mon souffle écartait tout nuage ! Beaux yeux dont le regard me cherchera demain ! Lèvres dont les accens m'enivraient ! tendre main Qui, s'ouvrant vainement pour s'unira la mienne, Ne rencontrera plus d'appui qui la soutienne !

Bouche que le sommeil n^a pu même assoupir!

Je voudrais emporter.... tout! jusqu^à ce soupir Qui, soulevant ce sein plus mobile, que l'onde. Semble espérer en vain qu'un soupir lui réponde! Voilà donc ce qui fit mon bonheur un instant! Mon bonheur! non, de toi je n'attendais pas tant. Pourvu que- le plaisir^ les voluptés légères Couronnassent de fleurs nos chames passagères ; Que dans ce doux climat, par tes pas embelli > Je pusse respirer ^es parfums.... et l'oubli; Que le remords^ fuyant ^ux accens de ta bouche j Laissât le doux sommeil s'approcher de ma couche ; Lena ! c'était assez pour un cœur profané !

C'était mon seul bonheur!^ et tu me l'as donné ! Mais, de quelque nectar qu^elleait été remplie» La coupe où nous buvons a toujours une lie ; N'épuisons donc jamais sa liqueur qu à demi , £t, consacrant le re3te an. destin ennemi ,

DUPÉLEEINAGE D*HAROL0y , 49

Faisons-lui prudemment, quelquVffort qu^I en conte , Une libation de la dernière goutte!.... ' Je tVime encor;'je pars... Adieu !..^Trompeur'somineil, Retarde un désespoir qui l'attend au rëveil!

Ifarold s'est élancé sur son léger navire ;

Dans les câbles tendus la nuit déjà soupire;

La voile, qui s' entrouvre au vent qui Tarrondit,

Monte de vergue en vergue, et s^ enfle et s^agrandit;

Et, couvrant ses flancs noirs de Tombre de son aile,

Fait pencher sur les flots le vaisseau qui chancelle ;

On lève Pancre , il fuit; le flot qu^il a fendii,

Sur sa trace un moment demeure suspendu ,

Et, retombant bientôt en vapeur qui surnage,

De blancs flbcons d'écume inonde au loin la plage :

Voilà tout ce qu^Harold a laissé dans ces lieux !.:.

Et la vague a rejpris son bord silencieux.

//-* Ed, 7

5o ^E DERNIER CHANT

Maîs,.sar.]e pcu9t (riïtnblant du vaisseau qui dérive , Un bruit sourd et confus monte et frappe la rive ; La tbîx des vep.ts s*y mêle aux cris des matelots; On y voit- confondus , rouler au gré des flots ^ Des faisceaux ëclatans de hamois et d^annures^ Qoi rendent en tombant de sinistres murmures; Des sabrés , des mousquets brillant d^argent et d'or. Que la poudre et le sang n^ont pas ternis encor ; Des lances , des drapeaux ou , ^armi le tonnerre , Brille un Isigne inconnu sur les champs de la guerre ; On voit , autour des mâts » des coursiers enchaînés Battre le pont tremblant sous leurs pieds étonnés , Et, secouant leurs crins , qu^un flot d^écume inonde ^ Hennir à chaque vent qui les berce sur Tonde. Mais Harold ,.qùe fait-il? Seul , au bout du vaisseau y Enveloppé des plis de son large manteau^ Sombre comme la nuit dont son cœur est Pimage^ D*un œil insouciant il voit fuir le rivage.

DU PÈLERINAGE D*HAROLD. 5i

Où va-t-il? il goùvcriie au berceau du «oleiï. Mais pourquoi sur son bord ce terrible appareil? Ya-t-il, le cœur brûlant d'une foi magnanime, Conquérir une tombe au désert de Solyme?

Ou, pèlerin armé, son bourdon à la main, Laver ses pieds souillés , dans les flots du Jourdain? Non : du sceptique Harold le doute est la doctrine; Le croissant ni la croix ne couvrent sa poitrine; Jupiter, Mahomet, héros, grands hommes, dieux, ( O Christ, pardonne-lui!) ne sont rien à ses yeux Qu'un fantôme impuissant que Terreur fait éclore ,, Rêves plus ou moins purs qu'un vain délire adore , £t dont, par ses *clartés , la superbe raison , Siècle après siècle enfin délivre Thorizon. Jamais, d'aucun autel ne baisant la poussière « Sa^boache ne murmure une courte prière ;

Jamais, touchant du pied le parvis d'un saint lien, Sous aucun nom mortel' il n^invoqua son dieu ! Le diea qu'adore Harold est cet agent suprême, Ce Pan mystérieux , insolublç problème , Grande borné , bon > mauvais, que ce vaste univers Révèle à ses regards sous mille aspects divers ; Être sans attributs , force sans providence , Exerçant au hasard une aveugle puissance ; Vrai. Saturne, enfantant^ dévorant tour-à-tour, Faisant le mal sans haine et le bien sans amour; It'ajaut pour tout dessein qu'un étemel caprice; Ne commandant ni foi, ni loi, ni sacrifice; Livrant le faible au fort et le juste au trépas, £t dont la raison dit : £st-il ? ou n'est-il pas ?

Ses compagnons épars,v groupés sur le navii^» . Ne parlent point entr^eux de foi ni de martyre ,

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DU PÉLEKIN^GB D'HAHOLD. 53

]Si des prodiges saints p^r'la croix opérés, Ni de péchés remis dans les lieux consacrés; B^un plus fier évangile apôtres plus farouches , Des mots retentissans résonnait sur leturs bouches: Gloire, honneari liberté, grandepr, droits des htunains, Mort aux tyrans sacrés , égorgés par leurs mains , Mépris des préjugés sous qui rampe la terre, Secours aux opprimés , yengeance, et surtout guerre ! Ils vont, suivant partout Terrante liberté, Répondre en Orient au cri qu^elle a jeté ; Briser les fers usés que la Grèce assoupie Agite , en s'éveillant, sur une race impie , Et voir dan^ ses sillons, inondés^de leur sang ,. Sortir d'un pei^le mort i|n peuple renaissant.

Déjà, dorant les mâts, le rayon de l'aurore Se joue avec les flots que sa pourpre colore;

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