LE DERNIER CHAUT
La vague qui s^éveille au souffle firaîs du jour , En sillons écumeux se creuse tour-à-tour, Et le vaisseau, serrant la voile mieux remplie , Vole et rase de près la côte dltalie.
Harold s^ëvéîlle; il voit -grandir dans le lointain Les contours azurés de Phorizon rt)main; Il voit sortir pondant, du Kt fangeux du Tibre, Un flot q«i semble enfin bouillonner d'être libre, Et Soracte, Jriessant son sommet dans les airs, Seul se montrer debout où tomba Punivers.
Plus loin, sur les confins de cette antique Europe , Dans cet Édeh du monde , où languit ParthéuQpe, Gomme un phare étemel, sur les mers aHumé, Son regard voit fumer le Vésuve enflammé; Semblable au feu lointain d'un mourant incendie , Sa flamme, dans le jour un moment assoupie , Lance, au retour des nuits, des gerbes de clartés ; La mer rougit des feux dans son sein reflétés ,
BU PÉLERINAG£ D'HAROLD. 55
Et les vents , agitant ce panache sublime.
Comme un pilier en feu d'un temple qui s'abîme, Font pencher sur Pœstumy jusqu^à Taube des joues» La colonne de feu -qui s^ëcroule toujours, f * A la sombre lueur de cet; immense pharç , Harold longe les bords où frémit le Tënare; Où FElysée antique -en un désert changé , Etalant les débris de son s6l ravagé , Du céleste séjour dont il of&ait Pimage , Semble avoir conseryé les astres s^ns nuage* Mais là, près de la tombe où le grand cygne dort. Le vaisseau tout-à-coup tourne sa poupe au bord. Fuyant de vague en vague, Harold, avec tristesse. Voit sous les flots brillans la rive qui s^abaisse; Bientôt son œil confond Tocéan et les cieux ; Et ces bords immortels^ disparus à ses yeux , Semblent s^évanouir en de vagues nuages , Comme un nom qui se perd dans le lointain des âges»
5& LE DERNfER CHANT
Italie ! ItaRei adieu , bords que j^aîmais !
Mes yeux aésenchantes te perdent pour jamais ! O- terre du passé, que faire en tes collines? Quand on a mesuré tjs arcs et tes ruines , Et fouillé quelques -noms dans Tiime de la mort, On se retourne en vain vers les vivans ; tout dort, Tout,*jcisqu^aux souvenirs de ton antique histoire , Qui te feraient 'du moins rougir devant ta gloire! Tout dort, et cependatit Punivers est deboîit! Parle siècle emporté tout marche, ailleurs, partout! Le Scythe et- le Breton, de leurs climats sauvages, Par le bruit de ton nom guidés vers tes rivages , Jetant sur tes cités un regard de mépris , Ne t^aperçoivent plus dans tes propres débris ! Et, mesurant de l'œil teâ arches colossales , Tes temples, tes palais, tes portes triomphales,
Avec un rire amer demandent Tainemeot
Poqr qui Timmensité d^un pareil monuoient?
Si Ton attend qu^ici quelqu^autre César |ia«9e ,
Ou si Tombre' d*un peuple occupe tant d'espace?
Et tu souffres sans honte un a£Bront «i sanglant ?
Que dis-je ? tu souris au barbare insolent !
Tu lui vends les rayons de ton astre quil atrae!
Avec un lâche orgueil tu lui inentres, toirinçni^.
Ton sol. partout empreint des paa de te» héros^
Ces vieux murs où leurs noms rouknt en vains échos ;
Ces marbres mutiles par le fer 4u barbare, ,
Ces bustes , avec qui son orgoeil te compare ,.
Et de ces champs féconds les trésors çiipe^flus^
Et ce ciel qui tVclaire, el ne te connaît plus !
Rougis !.... Mais non : briguant une gloire jfrivole ,
Triomphe! On chanti) encore au pied du Capitole!
A la place du fer, ce seeptre d^ Romains,
La lyre et le pinceau chargent tes faibles mains ; //- Ed. 8
Ta sais assaisonner. des voluptés perfides; Donner des ehants plus doux aux voix de tes Armîdes; Animer les couleurs sous un pinceau .vivant ; Ou, sous Tadroit burin de ton ciseau savant, Prêter avec molfesse stn marbre de Blanduse Les traits de ce3 héros dont IHmage t^accuse! Ta langae, modulant des sons mélodieux , * A perdu râpreië de tes rudes aïeux ; Douce comme un flatteur, huBst coiàme un esclave, Tes fers en ont usé Tactent nerveux et grave ; £t semblable au serpent, dont les nœuds assouplis. Du solfangeyx qu'il touvtc imitent tous les plis, Façonnée à ramjper par un long esclavage, . Elle se prostitue au plus servîle usage, Et , s^exhalamt sans force en stériles accens, ]S[e fait qu'amoHir Tame et caresser les sens. g.
Monument écroulé, que l'écho seul habite!
Poussière du passé, qu'im vent stérile agite!
DU PÈLERINAGE D'HA|LOLa %
Terre, où les-fHs n'ont plus le sal^ àt \exm aïlux!
Où, sur un sol vieilli les hommes naissent vieux;
Où le £er aviU ne frapper que dans Tombre;
Où sur lés fronts voile's plane un nuage sombre;
Où TasB^Hir n^estqujun piège, et la pudeur qu%i&rid;
Où la ru$e a Êio^é le rayon du regard ,
Où les mots énervés ne sont qu'un bruit sonore,
Un nuage éclaté qui retantit en<y>re !
Adieu ! pleure ta cliute en vantant tes néros !
Sur des bords où la gloire a r;^nimé leurs os ,
Je vais diercher ailleurs (pardonne, ombre romaine!)
Des hommies, et non pas de la poussière humaine l.».
Mais, malgré tes n^lheurs, pays choisi des dieux 1 Le ciel avec amour tourne sur toi les yeux.; Qudque cKo&e^e saint sur tes tombeaux respire; La foi sur tes dâ>ris a fon^ son empire t
6o LE DERNIER CHANT
La Aature, immtiable en sa fécondité , T'a laissé deux présens : ton soleil, ta beauté! Et, noble dans son deuil, $ous tes pleurs rajeunie. Comme un fruir du climat enfante le génie l Ton Hom résonne encor^ k Thomme qui l'entend , Gomme un glaive tombé des mains«du combattant l A ce bruit impuissant, la terre tremble encore! Et tout cœur généieux te regrette et t'adore ! Et toi, qui m'as vu naître, Albion! cher pajs ' Q\x\ ne recueilleras que les os de ton fils , Adieu ! tu m'as proscrit de ton libre rivage, Mais dans mon cœur brisé j^emporte ton image t Et, fier du noble sang qui parle encore en moi. De tes propres vertus t'honorant malgré toi , Comme ce fih de Sparte allant k la victoire.
Je consacre à ton nom, ou ma mort, ou ma gloire! Adieu donc, je t'oublie, et tu peux m'bublier : Tu ne me reverras que sur mon bouclier!... ^