‹ Le dernier chant du pélerinage d'HaroldChapitre 4 sur 15 · XV · texte numérisé non relu

XV

Que ce vent dans ma voîle avec grâce soupire !

On dirait que le flot reconnaît mon navire,

Comme le fier coursier ^^ par son maître flatte',

Hennit en revoyant celui qu'il a porte' !

Oui, vous m'avet déjà bercé sur yos rivages,

O vagues ! de mon cœur orageuses images !

Plaintives, sans repos, terribles comme lui,

■ Vous savez qui j'étais; mais qui suîs-je aujourdTwi?

Ce que j'étais alors : un mystère, un problème ;

TJn orage étemel qui roule sur lui-même ;

Un rêve douloureux qui change sans finir ;

Un del)ris du passé qui souille l'avenir ;

Un flot comme ces flots errant a l'aventure,

Portant de plage en plage une écume, un murmure,

Et qui y semblable en tout au mobile élément ,

Sans avancer jamais flotte éternellement.

Qu'al-je fait de mes jours ? où sont-Us? quel usage, Aux autres, à moi-mène, atteste leur passage? Quelle borne éternelle a marqué mon chemin ?

Quel fruit aî-je cueilli qui n'ait trompé ma main ? Tentant mille ^etitiers sans savoir lequel suivre, Où n'ai-je pas erré?... mais errer, est-ce vivre^?... N'est-il pas dans le ciel, en nous piême, ici-bas, Quelque but éclatant pour diriger nos pas , Et vers qui Pespérance, en marchant , puisse dire : S'il m'échappe, du moins je saisà quoi j'aspire.

L'hirondelle, en suivant les saisons dans les airs, Voit, des bords qu'ellç fuit, l'autre rive des mers ; te pilote, que l'ombre entoure de ses voiles, Suit un phare immobile au milieu des étoiles ; L'aigle vole au soleil , la coIoad»e à son nid ; Sur l'abîme orageux que sa proue applanit, Sous des cietix inconnus guidé par sa boussole , A travers l'horizon le vaisseau voit le pôle ;

L^homme seal ne Yoit rien poar marqaer son clietnin , Qu'hier et qu^aufourd^bm , semblablf^à demain, Et, changeant à tonte lieate et de but et de route, M:»rche, recale, avance, et se p^d dans son doute!. .

Mon but! tfop près de moi mes mains Uavaient placé. J^ai &lt deux pas à peine, et je Tai dépassé! J^ai charité; ronivers, charmé de mon délire. D'une gloire précoce a couronné ma lyr« :

Cest assez ; je suis las de ce stérile bruit , Par Vécho monotone en tous lieux reproduit; Un nom! toujours un nom ! qu'est-ce qu'un nom m'importe, Hélas ! et qu'apprend-il à celui qui le porte ? Que dans l'urne sans fond un mot de plus jeté Tombe en retentissant dans la postérité.

Qu'est-ce que cette gloire incertaine, éphémère, Qui s'écrit sur la feuille en léger <:aractère , ^

Dont sous Taile du tems un seul mot efface, Emporte pouTjiî^mais le souvenir glacé?

Simulacre de gloire, ombre de renommée, fyn s^engloutlt dans Tonde ou se perd en fumée ; Fantôme dont mon cœur fut un jour ébloui , , Et que J'ai méprisé dès que j'en ai joui !

Il me iaut cette gloire impérissable, immense. Qui, payant d'autres cœurs d'une autre récompense, ÂusL derniers coups du bronze encor retentissant, Sur la terre .ou le^ flots s'écrit avec du sang, - Et , couvrant d'un trophée un champ de funérailles , Grave à jamais nos noms sur l'airain des batailles , Ou sur les fondemens du temple «isanglanté Que la victoire ei^n fonde à la liberté! ,

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