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pablo (le piTiidrc de l'amitié pour vous, comme ma
sœur.
La charmante femme du peintre eut bien grande envie, en écoutant ce langage, d'aller aussi demander à la noble étrangère la permission de l'embrasser, mais son courage nalla pas jusque là. Madame de Bellegarde avait un certain air royal des plus imposants. La conversation en était là quand le maître de la maison survint et pria ces dames de lui faire Ihonnéur de le suivre. Ce fut à la belle comtesse qu'il offrit le bras, assez surpris de voir déjà sa femme en assez bonne intimité avec Vautre étrangère dont il ignorait le nom, comme il ignorait aussi celui de la dame à qui il donnait le bras.
L'atelier du peintre dominait la maison, les jardins, les vignes, une grande partie de la ville et au loin la campagne romaine. Le soleil étincelait sur les coupoles des églises, et sur le faite des palais ,
tandis que tout au tour dclborizon se déroulait
> cette magnifique couleur bleue- turquoise-foncée,
telle qu'on ne la retrouve que dans les régions du sud, le jour atteignait à son milieu ; soudain s'élevèrent dans les airs les carillons argentins des deux cents clochers de Rome, chantant l'angélus sur toutes les gammes et l'immense accord allait roulant jusqu'aux échos de la Sabine.
Le lecteur a déjà reconnu dans les deux solitaires du mont Palatin, les deux amies du colonel, Olivier et Juana.
Dotés par les bienfaits de Florimond ces deux charmants jeunes gens avaient pris en dégoût la vie égoïste et terne de Paris ; et comme deux colombes avides d'air et de soleil , ils s'étaient enfuis vers cette belle Italie ; nature ardente et poétique , terre d'asile pour les âmes blessées , terre d'Eden pour les âmes heureuses. L'artiste aspirait à Rome depuis long-temps ; jeune, enthousiaste, passionné pour la vie libre et solitaire autant que pour l'étude, où aurait-il cherché ailleurs la muse divine des arts , oi!i aurait-il mieux caché celte autre muse de
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la beauté qu'il aimait, ,Tuana , la charmante jeune
fille , l'idéal do son rêve d'amant ?
Nous n'avons pas cherché à définir le type de Juana ; nous le connaissons tous. Eh ! qui de nous, promeneurs solitaires, n'a pas rencontré vingt fois dans les rues de Paris ces admirables et attrayantes jeunes filles appelées griseltes parmi lesquelles , c'est chose avérée, il y a autant de beauté et de noblesse de cœur que dans toute caste élevée ? Juana était donc la plus splcndide et la plus coquette expression de la griselte parisienne. Svelte , grande , légère comme un oiseau, l'élégante jeune fille était remarquable encore par une pureté de traits , une volonté de teint, et une séduction de regard qui eussent fait le désespoir des plus nobles dames. Ajoutez à ce beau type, des mains et des piedsd'unc finesse adorable, une magnifique chevelure noire et un son de voix d'un accent harmonieux.
Quant à son caractère , à sa sincérité de cœur , h l'élévation de ses sentiments, à son dévouement
sans borne et au charme de son esprit, pourquoi et comment en pourions-nous parler? c'étaient là choses intimes et sacrées et qui rentraient dans le domaine privé d'Olivier, son époux-amant.
Juana et Olivier n'avaient pas reconnu les nobles étrangères par la raison toute simple qu'ils ne les avaient jamais vues ailleurs et que le colonel avait été d'une haute discrétion à cet égard. Florimond, on le sait bien, était de ceux qui respectent trop un amour heureux ou malheureux pour ne pas le cacher dans le sanctuaire du cœur. Pour lui la souffrance était sainte ; il eut cru la profaner en l'étalant aux yeux même de ses amis.
Une fois seulement le nom d'Harmance et le nom de Madame de Bellegarde lui étaient échappés devant Olivier qui ne l'avait point interrogé à ce sujet cependant, tout en conservant dans sa mémoire ces noms d'un souvenir douloureux pour son ami.