II
— Mon souverain, dit le galant chevalier en fléchissant le genou , j'apprends deTArchevèque les nouveaux périls qui menacent Votre Altesse, et je suis profondément affligé que, dans ce moment critique, vos conseillers croient convenable de me refuser la gloire de combattre ou de succomber à vos côtés. Je suis trop bien instruit de la malheureuse haine qui s'attache à ma maison et à mon nom dans les districts du Nord, pour contrarier la politique qui ordonne que je m'absente de vos armées. Que votre Majesté daigne me permettre de rester éloigné de l'Angleterre jusqu'à ce que ces troubles soient apaisés, et de faire mon pèlerinage à la sainte chapelle de Compostelle.
— Partez ou demeurez, comme il vous plaira, Anthony, dit Edouard; seulement que ces orgueilleux sachent bien que ni le temps ni l'absence ne vous arracheront du cœur de votre Roi. Mais l'envie doit avoir son heure. Seigneur de Warv^ick, je vous accompagne, mais j'ai plutôt l'air d'êlre votre prisonnier que votre suzerain.
Warwick ne répondit pas . Le Roi monta à cheval, et salua Anthony de la main. Les torches s'agitèrent, les trompes sonnèrent; et, silencieux tous deux , tous deux irrités et chagrins , Edouard et son terrible sujet se dirigèrent vers le château de Warwick.
Le lendemain, le Roi vit avec étonnement l'immense armée que le Comte avait groupée en si peu de temps autour de son drapeau. De sa fenêtre, il aperçut le Comte, monté sur son fameux destrier noir et passant en revue les milliers d'hommes qui défilaient, la lance au soleil, devant lui.
— Après tout, murmura le Roi, je ne ferai jamais d'un noble nouveau un grand baron ; — et si en temps de paix un grand baron fait ombre au trône, en temps de guerre il en est le boulevard. Justice divine, il y aurait eu folie à rejeter une telle armée, une armée digne d'être commandée par on roi. Elle est au service de Warwick maintenant; mais Warwick est moins habile que moi dans l'art de la guerre; et les soldats sont comme les chiens : c'est le meiiieur chasseur qu'ils préfèrent.