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Dans lequel maître Alwyn visite la Cour, et y apprend des choses dont le lecteur perspicace jugera par lui-même.
Peu de temps après le gracieux accueil fait aux députés de la Cité, et par une matinée de la fin du mois de mai , Nicolas Alwyn , ac^ compagne de deux serviteurs armés jusqu'aux dents ( car, même en plein midi , et dans le§ lieux les plus fréquentés, on se fiait peu à la protection de la loi quand on était porteur d'objets de grande valeur), arriva à la Tour* et fut introduit en présence de la Reine.
Elisabeth et sa mère étaient alors engagées dans une conversation fort animée quoi qu'à mi-voix , et ce fut avec un air de gaîté inac-r coutumée que la Reine se retourna vers Alwyn pour lui dire d exhiber ses joyaux les plus nou^ veaux.
Tandis qu'elle tournait et retournait anneaux, chaînes et broches, vive et curieuse comme une enfant , la Duchesse sortit soudain pour reparaître bientôt avec la princesse Marguerite.
Sur les traits de cette dernière se retrouvait beaucoup de la beauté majestueuse du Roi son frère ; mais au lieu de cette physionomie ouverte et franche qui rendait Edouard si fascinant , elle avait dans sa lèvre pleine et recourbée , dans ses grands yeux brillants, quelque chose de hautain et d'emporté qui attestait une fermeté et une brusquerie de caractère qu'on n'eût pu attendre de son âge.
— Faites vous-même votre choix , ma fille bien-aimée , dit la Duchesse en posant affectueusement la main sur la tête de Marguerite , et que le noble visiteur que nous attendons soit forcé d'avouer que notre rose d'Angleterre fait pâlir toutes les autres.
La vanité satisfaite appela une vive rougeur sur les joues de la princesse ; et , s'approchant de la Reine , elle fixa silencieusement les yeux sur un collier de perles que tenait Elisabeth.
S'il m'est permis de hasarder cette remarque , observa Alwyn , des perles siéraient merveilleusement à la fraîcheur de Son Altesse... Voici maintenant quelques ornements pour la gorgerette ou le corsage ;.. ils vont avec le col-
lier..» peut-être ne déplaisent-ils pas à Son Altesse... en raison de ce qu'ils sont travaillés en forme de fleur de lys?
Un jeste impatient de la Reine , et un pli soudain sur le Iront de Marguerite , apprirent à notre clairvoyant artisan qu'il venait de commettre une grave bévue en faisant allusion à l'alliance avec la France , que le bruit public représentait comme déjà presque conclue par le comte Warwick ; et pour le convaincre encore davantage du peu d'à-propos de ses paroles , la Duchesse lui dit avec hauteur : Contentez-vous , mon garçon , d'étaler vos marchandises, et épargnez-nous vos commentaires.. Quant à votre odieuse fleur-de-lys , si votre maître n'avait pas de meilleur modèle , il ne serait pas long-temps le joaillier de la cour.
— Je n'ai pas de goût pour les perles, dit tout d'un coup Marguer4te... c'est trop pâle,^ trop maladif; — montrez-nous quelque chose de plus éclatant...
— Ces émeraudes , dit-on , ont fait partie autrefois des joyaux de la grande maison de Bourgogne... remarqua Nicholas en fixant son regard pénétrant sur les trois princesses.
— De Bourgogne ! s'écria la Reine.
— Cela est vrai , dit la duchesse de Bedford f en rougissant légèrement; car, de fait, ces
émei*Sludes avaient été ofl'ertes en présent au duc de Bedford par Philippe-le-Bon ; et , plus tard , elles avaient été engagées, puis vendues, par suite d embarras pécuniaires.
La princesse passa affectueusement son bras autour du cou de Jacquetta , et lui dit : Si vous me laissez libre de choisir à ma guise , je ne veux que cette parure d'émeraudes.
La Reine et sa mère échangèrent un regard et un sourire.
— Avez-vous voyagé , jeune homme , demanda la Duchesse ?
' — Jamais en pays étranger , ma gracieuse dame ; mais j'ai beaucoup vécu avec des gens qui avaient longtemps parcouru le monde.
— Ah î et que vous disaient-ils des anciens amis de ma famille, des princes de Bourgogne?
— Tout le monde s'accorde à dire que jamais prince plus noble et plus juste que le duc Philippe ne s'est assis sur un trône ; et ceux qui ont pu apprécier la sagesse de son gouvernemejnt sont fort affligés de voir un si excellent seigneur plongé , sur ses vieux jours , dans tous les embarras que lui suscite la turbulence de son fils , le comte de Charolois.
De nouveau Marguerite fronça le sourcil , et |a Duchesse se hâta de répliquer : Les querelles des princes , jeune homme , ne sauraient élré
comprises par des gens comme vous et vos amis. Le comte deCharolois est un noble gentilhomme; et la fougue de la jeunesse ne peut être comprimée. Richard Cœur-de-Lion, d'Angleterre , n'a pas été un moins grand roi pour avoir troublé quelque peu la paix de son père. Alwyn se mordit les lèvres afin de retenir une réponse qui eût pu n'être pas bien accueillie. — La Reine , mettant de côté les émeraudes et plusieurs autres bagatelles , dit en souriant à la Duchesse ", Sera-ce le Roi qui paiera cela... ou vos doctes alchimistes ont-ils déjà découvert le grand secret?
— ... Tu me railles, espiègle, dit la Duchesse ; mais , à dire vrai , le creuset a déjà dévoré plus d'or qu'il ne promet d'en rendre jamais ; cependant , mon nouvel alchimiste , maître Waroer, me semble plus près du but que personne ne l'a jamais été. — En attendant, il faudra que le trésorier du Roi solde les parures de la sœur du Roi.
La Reine donna un bon sur le trésorier , qui n'était autre que son propre père , le seigneur de Rivers ; et Alwyn se disposait à se retirer , quand la Duchesse lui dit nonchalamment : Nos marchands font plus d'affaires avec la Flandre qu'avec la France , n'est-il pas vrai ?
— Certainement , dit Nicholas , les Flamands
sont de bons commerçants et d'honnêtes gens.
— Les citoyens de Londres savent bien que cette nouvelle alliance avec la Fi ance est l'œuvre de leur favori , du seigneur de Warwick , dit dédaigneusement la Duchesse ; mais tout ce qu il fait vous semble bien fait , à vous autres trafiquants , dût-il laisser votre fleuve sans un seul vaisseau marchand.
— Quelles que soient nos pensées . puissante dame , dit cauteleusement Alwyn , nous ne leur permettons pas de se mêler tout haut des affaires de Tétat.
— C'est-là une réponse loyale et réservée , dit Jacquet ta ; mais si le seigneur de Warwick avait recherché l'alliance du comte de Charolois , n'y eût-il pas eu de plus brillants feux de Joie à Smithfield qu'on n'en verra le jour où l'on apprendra qu'on a sacrifié le commerce avec la Flandre pour quelques belles paroles du roi Louis-le-Rusé.
— Nous nous fions trop à l'amour que notre Roi porte aux citoyens de Londres pour craindre un tel événement , s'il plaît à votre Altesse ; notre souverain lui-même est le premier de nos marchands, et il a fait une gracieuse réponse à la députation de notre Cité.
— Vous parlez sagement , dit la Reine ; et votre Roi vous défendra contre les complots
de vos ennemis. Vous pouvez vous retirer.
Alwyn, joyeux d'être délivré d'un interrogatoire fort peu à son goût, se hâta de partir. A la porte du pavillon royal, il confia ses cassettes aux serviteurs qui raccompagnaient, et traversa lentement la cour en se parlant ainsi à lui-même :
— Il fait bon pêcher en eau trouble, disent nos voisins les Ecossais; mais quand on pêche dans le secret des cours, c'est avec sa tête qu'on amorce sa ligne. — Quelle nouvelle malice rumine cette astucieuse mégère, cette orgueilleuse Duchesse? Hein ! Ils pensent encore à marier la princesse avec le bouillant comte de Charolois... Mieux vaut, il est vrai, pour le commerce, que nous restions bons amis avec les Flamands ; mais il y a deux revers à une médaille ; s'ils jouent un tel tour au robuste comte, il n'est pas homme à rester les bras croisés et à regarder voler les mouches. Encore de la pâture pour les corbeaux, j'en ai peur, — encore des haches et des lances dans les champs de la pauvre Angleterre.
— Et ce roi Louis, un terrible compère
capable de jeter des étouppes chez son voisin quand il y voit des torches allumées. Hem... voici le gentil Marmaduke... il est bien, ma foi, avec sa pimpante tunique. Et bien, messire et frère de lait, comment vous trouvez-vous à la cour?
— Mon cher Nicholas, sois le bien venu... ah! mon ami, il se prépare de beaux jours pour vous autres marchands de joujous. 11 va y avoir des fêtes, des tournois... des l'ôles à la Tour, des tournois à Smithfleld. Nous autres gentilshommes, nous féraillons déjà du matin au soir pour nous mettre en haleine.
— Les batailles pour rire valent mieux que les vraies batailles, maître Nevile; mais de quel côté souffle donc le vent ?
— Il souffle dans les voiles d'un vaisseau
d'un vaisseau qui vogue vers l'Angleterre, Nicholas ; apprends que le comte de Charolois a permis au sire Antoine, comte de la Roche, son frère naturel, d'aller à Londres rompre une lance avec notre sire Antoine, seigneur de Scales. — C'est un vieux défi, et les choses se passeront royalement.
— Hem ! grommela Alw^yn... ce bâtard est le pigeon messager ; — et, dit-il à haute voix, est-ce seulement pour échanger des coups et des horions, que le sire Antoine de Bourgogne accourt de si loin conférer avec le sire Antoine d* Angleterre?... Ne parle-t-on pas à la cour de quelqu'autre affaire sous jeu entr'eux deux?
— Et quelle affaire? La peste soit de vous autres artisans ! vous ne comprenez pas même
le plaisir que trouvent deux chevaliers à s'assaillir en champ-clos.
— C'est vrai, je l'avoue humblement. — Mais il me semble étrange que le comte de Charolois choisisse précisément, pour envoyer des messagers de courtoisie, le moment où l'on vient de blesser si cruellement son orgueil et ses intérêts. Charles-le-Téméraire couve quelque machination que votre parent de Warwick n'est pas ici pour éventer.
— Allons, allons... le trafic, à ce que je vois, est une si bonne école de duperie que vous croyez le casque du chevalier aussi plein de ruses et de fourberies que la toque plate du citoyen. Plût au ciel toutefois, que mon parent de Warwick fût ici, ajoutaàvoix basse Marmaduke, car les femmes et les courtisans font leur possible pour le perdre.
— Eloignez-vous d'eux tous, Marmaduke, dit Alwyn, car par le Christ, je vois que l'orage nous court sus au galop, et les hommes comme vous auront de nouveau à choisir avant peu entre amis et amis, entre un parent et un roi. — Quant à moi, je ne dis rien, car je n'aime pas à batailler, à moins qu'on ne m'y force... mais si je bataille jamais, ce ne sera pas à vos côtés sous la bannière de Warwick.
— Qu'est-ce à dire? interrompit le Nevile.
— Non, non, j'admire le grand comte et si j'étais seigneur ou gentilhomme, je n'aurais pas d'autre chef que lui; mais chacun pour sa confrérie... l'arbre du marchand ne se greffe pas sur la canne d'un baron. Le roi Edouard peut avoir la main rude pour gouverner, mais il est Tamides orfèvres et il vient de confirmer notre charte; que chacun vante le pont sur lequel il passe, comme dit la scie; mais finissons-en làdessus, maître Nevile... j'apprends que votre jeune hôtesse, hem, mademoiselle Sybill, fait fureur parmi les galantins de la cour ; est-ce bien vrai?
Un nuage passa sur la franche physionomie de Marmaduke : — Hélas, mon cher frère de lait , je dois avouer , à ma honte , que je n'ai pas encore pu la chasser de mes pensées, quoique je sente que je me le doive à moi-même.
— Et comment cela ?
— Parce que, quand il plaît à une jeune fille de repousser de propos délibéré l'amour qu'on lui offre... s'attacher à ses talons , se lamenter et mendier, est digne d'un chien et non d'un homme.
— Quoi , s'écria vivement Alwyn , me donneriez-vous à entendre que vous avez courtisé Sybill Warner pour l'épouser.
— Vraiment , oui.
— Et vous avez essuyé un refus ?
— • J'ai essuyé un refus.
— Pauvre Marmaduke.
— Il n'y a pas ici de pauvre Marmaduke , Nicholas Alwyn ; — si une jeune fille m'aime, c'est bon. Sinon, ily ena trop d'autresde par le monde pour que je prenne le chagrin à cœur. Pourtant , ajouta-t-il en soupirant , pourtant si vous ne l'avez pas vue depuis son installation à la cour, vous la trouverez étonnamment changée.
— Tant pis , répondit Alwyn en faisant écho au soupir de son ami.
— Je veux dire que Tair de la cour l'a rendue plus belle encore ; et je crois , le diable m'emporte, que le seigneur de Hastings, avec ses flatteries mielleuses , a inoculé aux courtisans la rage de papillonner autour d'elle.
— J'aimerais à revoir maître Warner; où loge-t-il ?
— Là bas, près de la petite poterne ; au troisième étage , dans la tourelle qui flanque le corridor (*) ; porte à porte avec le moine Bungey, le magicien... mais nous sommes en plein jour , et partant il n y a pas autant de danger.
(*) Cette description se rapporte à une partie de la Tour appelée le Pavillon du roi ou de la reine^ et détruite depuis longtemps»
Néanmoins, tu ferais aussi bien de marmotter un ave en montant l'escalier.
— Adieu , maître Nevile , dit Alwyn en souriant, — je vais trouver le mécanicien... Si je rencontre mademoiselle Sybill , que lui dirai-je de votre part ?
— Que sous le règne d'Edouard IV les jeunes gens n'ont pas à craindre de manquer de belles amoureuses , répondit le Nevile en carressant complaisamment sa chemisette de linon.
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Montrant les avantages que le génie relire du patronage royal ; de plus, le premier amour du seigneur de Hastings, ainsi que plusieurs autres choses édifiantes et réjouissantes.
La fournaise fonctionnait encore ; la flamme n'avait pas cessé de pétiller-, les soufflets de gémir, mais ce n'était plus au profit d'une grande invention pratique. Le mathématicien , le philosophe, était descendu aux fonctions de l'alchimiste. L'époque avait triomphé d'un génie fait pour triompher de Tépoque et du temps. Ces études , avant-coureuses de la grande victoire des siècles à venir , avaient été délaissées pour les jouets de la sagesse au maillot. Oh ! vrai Tartare du génie ! Toujours rouler la pierre qui retombe toujours, toujours verser de l'eau dans le tonneau sans Ibnd !
Les hommes supérieurs ont tous une fièvre intellectuelle qui les précipite dans les folies évitées par les sots. En voyant sa machine en pièces y en sentant qu'il lui fallait du temps , du labeur et de l'argent pour la réparer ; en s'entendant offrir , pour prix de travaux alchimiques , l'or dont il manquait , Adam Warner s'était jeté dans l'alchimie , comme il se fût jeté dans le métier de laboureur ,.. comme il s'était déjà jeté dans les conspirations , uniquement pour faire de l'alchimie le moyen d'arriver à son but chéri. — Mais la fascination , que le grand secret a exercée sur tous les premiers savants , n'avait pas tardé à ensorceler rapidement son esprit. Si Roger Bacon, tout en devinant la machine à vapeur, s'était cependant voué à la pierre philosophale ; si , dans un siècle plus éclairé , Newton lui-même devait perdre plus d'une heure à s'occuper de la transmutation des métaux , il était bien naturel que le sage isolé du règne d'Edouard se laissât absorber , pendant quelque temps du moins , par une science qui promettait de si augustes résultats. — Ainsi donc , il était là , dans son laboratoire , lui, le génie pratique, travaillant sans relâche à changer le cuivre en or.
— Eh bien ! maître Warner, dit le jeune orfèvre, il me semble que vous reconnaissez
-^ 49 — à peine votre vieil et grand ami, Nicholas Alwyn.
— Vous reconnaître!., oh! certes... sans doute un des gentilshommes qui entouraient le Koi quand on a voulu me mettre à la torture.
Appuyez un peu de ce côté, s'il vous plaît... Que désirez-vous?
— Je ne suis pas un gentilhomme, et j'aurais eu peine à rester les bras croisés en entendant parler de torture pour un libre enfant de TAnterre , savant ou non. Et où est votre jolie fille, maître Warner ? — Je suppose que vous ne la voyez que rarement, maintenant qu'elle est attachée à la personne de la grande dame.
— Et pourquoi cela, s'il vous plaît, maître Alwyn, demanda une voix gracieuse ? — Et les regards d'Alwyn se portèrent pour la première fois sur la charmante jeune fiile, alors debout dans lembrasure d'une fenêtre, d'où on apercevait dans la cour, un groupe de courtisans et de seigneurs, vêtus de draps d'or; et au miheu desquels se dét cliait, simple et sombre, le costume deHasthigSo — Ahvyn sentit sa langue se coller à son palais , uo indicible trouble s'empara dé lui et il oublia tout ce qu'il avait à dire.
Ualchimiste était retourné à son fourneau, — et les deux jeunes gens étaient aussi seuls que s'il eût été au ciel.
— Et pourquoi la fille délaisserait-elle plus
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son pèro à la Cour, où ralTection (îst chos(3 si rare , que dans une plus humble demeure où ils auraient moins besoin peut-èlrc l'un de Tautre ?
— Je vous remercie de cette rebuffade, mademoiselle, dit Alwyn charmé de ces paroles, car j'aurais été désolé que votre cœur eût été gâté par les vanités qui en étouffent tant d'autres. A peine eut-il prononcé ces mots, qu'il se sentit tout effrayé de son audace , car il venait de remarquer la grande métamorphose à laquelle Marmaduke avait fait allusion. Maintenant Sybill portait un costume en harmonie avec sa nouvelle position : une fine gorgerette frangée d'or, un kyrtel (petite tunique), dont l'azur foncé allait à ravir à sa fraîcheur et à ses cheveux châtain, et par-dessus tout cela, cette robe si gracieuse, nommée sasqiienipe, dont le vieux poète français a dit :
Car nulle robe n'est si belle A dame ni à demoiselle.
Ce dernier vêtement avait peut-être une origine classique, et se retrouve, à peu de chose près, sur les vases étrusques ; il était ample et long, du lin le plus fin, avec des manches pendantes et ouvertes sur le côté. — Mais ce n'était pas seulement sa nouvelle toilette qui avait embelli U liUe du savant ; sa tenue, sa physiono-
niiiî, tout son être enGii était méconnaissable. — On eût dit que Tair des cours était son élément. C'était bien toujours la même simplicité, la môme modestie, mais il s'y mêlait maintenant un sentiment de dignité, presque même de puissance , car la femme avait appris la puissance de son sexe. Elle avait été admirée, recherchée, flattée, elle avait compris l'empire de la beauté. Ses talents (rarement alors le partage des femmes), avaient prêté le concours de leur charme aux charmes de sa personne. L'orgueil qui jusque là n'avait fait que sommeiller, nourrissait son cœur de douces espérances ; une brillante perspective semblait s'ouvrir devant elle ; et rassurée sur la sûreté de son père , délivrée des soucis tenaillants de la pauvreté, elle laissait son imag'nation poursuivre en liberté les visions de l'ardente jeunesse, à travers le domaine aérien des rêveries. — Voilà pourquoi la jeune fllle était si changée.
Alwyn ne s'étonna plus des refus essuyés par Marmaduke, et, pâlissant soudain, il tressaillit au souvenir des espérances audacieuses qu'il avait osé caresser en se rappelant l'indigence et l'isolement de la fille du savant. Sybill sourit de la confusion du jeune homme.
— Ce n'est pas la prospérité qui gâte le cœur, dit-elle avec une naïveté touchante, à moins
qu'il iiesoii naturellement bien bas; vous savez, maître Mwyn, que c'est par i adversité et Talllictionque J)ieu a éprouvé son fiis.
— Puissiez-vous être sortie de toute épreuve de ce genre! — Mais les petits doivent se consoler de leur position, en pensant que les grands ont, eux aussi, leurs épreuves; et comme le dit le proverbe : ce qui est bon à la bouche n'est pas toujours bon au cœur. — Vous voyez souvent mon gentil frère de lait, mademoiselle?
— Seulement aux danses de la Cour, maître Alwyn ; car c'est là que je passe la plus grande partie des beures que ne réclame pas m*^dame la Duchesse. Ch ! mon père espère de grandes choses; et il louche enfin à la gloire.
— Je suis enchanté de l'apprendre, bi demoiselle ; et maintenant que je vous ai présenté à tous deux mes hommageS; je me retire, en vous demandant la permission de revenir de temps en temps, ne l'ût-ce que pour consulter votre docte père sur certains perfectionnements que sa science m'aidera sans doute à apporter au mécanisme de l'horloge. Adieu; j'ai à faire voir des bijous à madame de Bonville.
— Madame de Bonville , répéta Sybill en changeant de couleur; c'est une dame d'une beauté remarquable.
— Ainsi le dit-on, et de plus mariée à un sot.
— Mais la médisance, qui épargne si peu de personnes, est muette sur son compte : éloge bien flatteur pour une dame de la cour. Peu de familles r>euYent se vanter, comme celle de Warwlck, qu^elies ne complent que des hommes sans peur et des femmes sans tache.
— On prétend, remarqua Sybiil, les yeux baissés , que monseigneur de îlastings a beaucoup aimé aulTefois la dame deBonvilie. Avez- \ous ouï parler de cela?
— Certainement. Dans la cité, nous connaissons tous les bruiis de îa cour; car maint courtisan, à Texemplo du roi Edouard, dîne aujourd hui avec un citoyen, pour pouvoir lui emprunter demain de l'argent. Oui, certes; et c'est là, à ce qu'on assure, la cause de rantipatbie que le sage lîastings a vouée au robuste comte.
— Contez-moi cette histoire! Asseyez-vous donc, maître Alwyn.
— Voici. Alors que William de liastings était simplement écuyer, et jouissait d'un grand crédit auprès de PJchard, duc d'York, il leva les yeux sur madame Catherine Nevile, la sœur du comte de Warv^ick, que sa dot, sa beauté et sa naissance rendaient digne d'un fils de roi.
— Et sans doute madame Catherine ne fut pas insensible à son amour.
— On le dit, du moins; mais le comte de