VIJ
historiques qu'il permet d'esquisser, il peut à pcin(! manquer d'ouvrir à l'écrivain des sentiers encore inexplorés par tous ceux qui l'ont précédé dans le royaume de l'imagination.
Encouragé par vous, j'ai commencé ma tâche; encouragé par vous, j'ose espérer, en la terminant, que, bien que j'aie adopté en partie ce moyen terme entre le langage ancien et le langage moderne, cette diction que sir Walter Scott a si artistemcnt imitée de Strutt (en dépouillant de sa rudesse la phraséologie de ce dernier), mais que les écrivains postérieurs ont quelque peu rebattue et usée^ j'ose espérer, dis-je, que je n'aurai toutefois commis aucun grave envahissement sur des terrains déjà enlevés au désert. Quels que soient les produits du sol que j'ai choisi, je revendique au moins l'honneur, si honneur il y a, do l'avoir défriché de mes propres mains et labouré de ma propre charrue.
Le règne d'Edouard IV est propre à suggérer de nouvelles considérations et à offrir des sources presque vierges d'intérêt à quiconque l'étudié avec soin. Ce fut alors que commença la politique consommée par Henri VII ; ce fut alors que furent brisés les éléments du vieil ordre féodal et qu'une nouvelle noblesse fut appelée au pouvoir, pour aider la classe moyenne dans ses luttes contre l'ancienne aristocratie ; et le principe constitutif de notre civilisation actuelle était enveloppé dans le sort du héros de cette époque, de Richard Nevile, comte deWarwick, généralement appelé le Faiseur de rois, le plus grand aussi bien que le dernier de ces puissants barons qui tenaient précédemment enrespect la couronne {^), L'incertitude qui plane
(0 Hume ajoute : «Et rendaient le peuple incapable de tout gouvernement civil ; » phrase qui Irancbe peut-être trop péremptoirement toulc
— Viij —
sur cette période, dont Hume a dit avec vérité que « aucune partie de l'histoire d'Angleterre n'est aussi obscure, aussi incertaine, aussi peu authentique et conséquente avec elle-même, que celle qui a rapport aux guerres des deux Roses ; » cette incertitude , dis-je , ne sert qu'à étendre J'horizon de l'imagination qui se plaît à explorer le crépuscule. Les reclicrches hypothétiques^ qui peuvent rendre une oeuvre d'imagination si intéressante et si utile, acquièrent en ce cas d'autant plus d'importance, que cette profonde obscurité nous arrête précisément à la veille de la renaissance des belles-lettres (*). D'un autre côté, nous distinguons à travers les ténèbres, le mouvement de ces grandes et héroiques passions, ({ui offrent à l'imagination des sujets de peintures éternellement neuves, et nous nous trouvons en contact avec des caractères assez familiers à nos souvenirs pour intéresser, assez éloignés pour se prêter au roman et surtout assez fréquemment obscurcis par des témoignages contradictoires, pour que le lecteur écoute volontiers quiconque cherche à l'aider à juger les individus d'après des principes tirés de la connaissance générale de l'espèce humaine.
Autour de la grande figure du dernier des Barons, se groupent d'abord Edouard ÎV, à la fois franc et perfide; puis l'enfance brillante mais fatidique de Richard III; le seigneur accompli de Hastings, « bon et gentil chevalier, mais de mœurs quelque peu dissolues «f) la violente et • fougueuse Marguerite d'Anjou, la douce image de son Saint Henry, et l'ombre pâle de leur fils. Nous apercela question en jeu, dans les premiers temps de notre histoire, entre la jalousie des barons et l'autorité royale.
(0 Hume.
i^) Chronique d'Edouard V. Stowe.
vons aussi le somptueux prélat, nouant les fils de sa politique astucieuse et raflince, tandis que l'enthousiasme et l'énergie qui avaient précédemment soutenu l'ancienne Eglise, passent chez les sectaires sévères et persécutés du nouveau culte. Dans cette transition sociale nous voyons le commerçant positif dépouillant les préjugés du grossier vassal ou du rustique franc-tenancier dont il est issu, comprenant avec sagacité et soutenant avec énergie les intérêts du corps dont il fait partie;, et préparant les voies à la puissante classe moyenne dont notre civilisation moderne, avec ses vices et ses mérites, a fait sa forteresse.— D'un autre côté, et en opposition avec les idées modérées et réfléchies de liberté que nourrissent les prudentes communes, nous entrevoyons le fanatisme politique du mystérieux LoUard, la jacquerie du turbulent meneur des masses. — Enfin, au milieu des diverses tyrannies de l'époque, nous voyons un principe démocratique, s'alliant souvent en partie avec la belliqueuse aristocratie, (*) (toujours jalouse de tout despotisme royal), s'agiter inquiet et ignorant, pour être enfin comprimé, mais non étouffé, sous les Tudors, par la forte ligue d'une classe moyenne, demandant la stabilité et l'ordre, avec une autorité executive décidée à exercer un pouvoir absolu.
Pour que nous nous formions une idée complète de cette intéressante époque de transition, il nous faut suivre aussi l'influence que commençait à exercer sur les conseils des grands, la sombre et sinistre habileté de la poli-
(0 Car il est à remarquer que, dans presque tous les soulèvements populaires,—ceux de Cade, de Robin de Redesdale, et, plus lard, celui que Perkin Warbeck fit servir à son étrange tentative, — les proclamations des insurgés citaient toujours, au nombre de leurs griefs populaires, l'abaissement de l'ancienne noblesse, et l'élévation d'une aristocratie de parvenus.
iir|iic italienne; politique d'astuce raffinée, d'intrigues compliquées, de perfidie systématique, de violence impitoyable, mais secrète; — politique qui fut le mobile de la cruelle diplomatie de Louis XI, et qui assombrissait le caractère fastueux et jovial d'Edouard IV, chaque fois qu'il s'arrêtait à réfléchir et à calculer; — politique qui arriva chez Richard III, au plus entier développement de ses combinaisons de profondeur rusée et de volonté inébranlable; et qui, plus tard, adoucie et rattachée à des intentions plus plausibles et plus spécieuses, par la sagacité froide et contenue de Henry VII, atteignit enfin le but qui justifiait toutes ses vilenies aux yeux des princes du pays où elle prit naissance, à savoir la tranquillité d'un état affermi et l'établissement d'un despotisme civilisé înais impérieux.
Ajoutons à tout cela que, en face de cette période crépusculaire, sur laquelle se levait la grande invention qui donna aux lettres et à la science la précision et la durée des pages imprimées, il est intéressant de se demander ^gMcl aurait été le sort de tout progrès scientifique pour lequel le monde eût été moins mur. L'introduction de l'imprimerie en Angleterre, eut lieu précisément à l'heureuse époque où l'instruction et la littérature étaient en faveur auprès des grands. A l'exception d'Edouard, qui avait toutei^ois le bon esprit de déplorer son manque de savoir et le boa goût d'apprécier chez les autres ce qu'il n'avait pas lui-même, les princes d'York, avaient reçu une éducation fort complète. Les seigneurs de Rivers et de Hastings (*), possédaient au plus haut pointtous les talents et les connais-
(i) Le docte comte de Worcester avait été un des plus chauds prolecteurs de Caxlon ; mais ce seigneur était mort à l'époque où l'impriraerie jpasse pour avoir été iulrodiulc en Angleterre.
sances de leur siècle. Princes et pairspatronisèrentà Tenvi Caxton; et Kicliard 111 n'épargna rien pour populariser l'invention, destinée à transmettre sa mémoire à la haine et à l'horreur de tous les temps à venir.
Mais, tandis que le mécanisme qui sert à manifester la science reçoit mi accueil si favorable et si protecteur, la science elle-même est traitée avec la dernière intolérance. Les mathématiques surtout sont regardées comme la véritable cabale de la magie noire ; les accusations de sorcellerie sont plus fréquentes que jamais ; et cependant, chose étrange, ceux qui s'annoncent ouvertement comme pratiquant la science impie (*) et qui parviennent à faire tourner leur fourberie au profit de quelque vil but politique, semblent jouir d'une existence tranquille et quelquefois même honorée, tandis que ceux qui s'occupent de travaux pratiques, utiles et nobles, incompris des princes ou du peuple, et qui ne veulent pas être pris pour des sorciers, sont au contraire sacrifiés sans pitié ni merci. Le mathématicien et astronome Bolingbroke (le plus grand savant de son siècle), est pendu et écartelé comme magicien, et d'un autre côté, nous voyons non-seulement l'impunité, mais encore le respect devenir le partage d'un certain frère Bungey, auquel on attribue l'évocation de certains brouillards et vapeurs qui rendirent grand service à Edouard IV à la bataille de Barnet.
Nous ne pouvons donc connaître à fond le caractère intellectuel de l'époque sans mettre en regard le succès de
(') La nécromancie ou sorcellerie trouvait même place au nombre des professions reconnues. Ainsi], Thomas Vandyke, ci-devant de Cambridge, est désigné (Archives du Parlement^ VI, p. 273) comme nécromancien de proiession. Sharon Turner, JSist. d'Angl., vol. IV, p. 6; Hist. de Richard llîy par Bucke,
— xij -^
l'imposteur et la destinée du vrai génie. Et comme les préjugés de la populace se déchaînent avec violence contre toute invention mécanique tendant à changer l'organisation établie du travail ('), il est probable, d'après l'instinct et la destinée du génie, qui le poussent toujours à lutter contre les préjugés populaires, que c'est précisément vers de semblables inventions qu'un homme de grands talents et de haute intelligence, voué à l'étude des sciences physiques, eût tourné ses pensées et son ambition.
Quant à l'invention attribuée par l'auteur à son philosophe, Adam Warner, ceux qui ont étudié la partie déjà publiée des OEuvres de Roger Bacon, sont plus à même que tout autre de décider s'il a trop hardiment admis la possibilité d'une conception tellement en avant de l'époque.— Mais la supposition dont il s'agit appartient essentiellement aux prérogatives reconnues du romancier ; et la véritable, l'importante question sera évidemment, non de savoir si Adam Warner eût pu construire sa machine, mais si, en supposant qu'il l'eût construite, le sort que nous lui prêtons serait probable et naturel.
Après de mures méditations sur la manière de traiter le grand et précieux sujet que votre éloquence m'avait encouragé à entreprendre, des caractères tels que ceux auxquels je viens de faire allusion m'ont donc paru les symboles les plus propres à représenter les vérités multiples que l'époque de Warwick, le Faiseur de rois, offre à notre
(0 Même pour la fabrication des chapeaux, il paraît que certains moulins à foulon méritèrent, par leur perversité, un anatlième spécial sous Edouard IV. Ces machines sont accusées d'avoir cherché, par subtile imagination y à ruiner les anciens fabricants de chapeaux, qui employaient la force de l'homme, c'est-à-dire les mains et les pieds. —Et un acte du Parlement (22© d'Edouard IV) abolit la fabrication desdit§ cbapeaux par procédés mécaniques.
— xiij —
intérêt et suggère pour notre instruction. Je souhaiterais seulement que les capacités de l'auteur fussent plus dignes de son thème.
Il est nécessaire maintenant que j'expose brièvement le fondement de la partie historique de ce récit. L'histoire séduisante et populaire de Hume, qui, toutefois, est plus incorrecte que d'habitude pour ce qui touche au règne d'Edouard, aura probablement laissé dans l'esprit de la plupart de mes lecteurs, de ceux qui n'ont pas tourné leur attention vers des recherches plus récentes et plus exactes sur cette période obscure, une appréciation erronée des causes qui amenèrent la fameuse rupture entre Edouard IV et son puissant parent et sujet le comte de Warwick. On continue sans doute à croire généralement que ce fut le mariage conclu par le jeune roi avec Elisabeth Gray (tandis que Warwick négociait en France une alliance avec Bona de Savoie, belle-sœur de Louis XI), qui exaspéra le fougueux Comte et le poussa à s'unir à la maison de Lancastre. Tous nos historiens, de date plus récente, ont rejeté à juste titre cette fable apocryphe que Hume luimême, éclairé, à défaut d'érudition, par son extrême pénétration, n'admet qu'avec réserve (*). — Un court aperçu des motifs sur lesquels se base ce rejet, est donné par Lingard et transcrit ci-dessous (-). On a vraiment lieu de
(0 « Il peut même s'élever quelques doutes sur la proposition de mariage faite à Bona de Savoy e. » T. Hume, note de la page 322, vol. III, édit. 1825.
(0 Bon nombre d'écrivains nous disent que l'inimitié de Warwick provint du désappointement que lui causa le mariage secret d'Edouard avec Elisabeth. A les en croire, le Comte était alors en France, pour y négocier, au nom du Roi, un mariage avec Bona de Savoie, sœur de la reine de France, et ayant réussi dans sa mission , il revint en Angle, terre, accompagné du comte de Dampmariin, ambassadeur de Louis.Quan i
s'étonner que tant de nos clironùiucurs aient pu admettre une légende conti'edile par la conduite ultérieure de War- Nvick lui-même; car nous voyons le Comte faire un honneur tout spc'cial à la publication du mariage d'Edouard, tenir sur les fonts de baptême le premier enfant du roi (la princesse Elisabeth), remplir les fonctions d'ambassadeur ou de ministre, et combattre pour Edouard et contre les Lancastriens pendant les cin(| années qui s'écoulèrent entre le couronnement d'Elisabeth et la révolte du grand Baron.
Voici quelles semblent avoir été les véritables causes de cette mémorable querelle qui valut à Warwick son surnom de Faiseur de rois :
Il est assez probable , comme le suggère Sharon Turner (*), que Warwick ait éprouvé un douloureux mécompte en voyant qu'Edouard , bien que décidé à épouser une sujette , avait dédaigné l'alliance plus convenable qu'il aurait pu contracter avec la fille aînée du Comte; de plus,
à moi, toute celle histoire me semble une fable : l'' les anciens historiens n en disent pas un mot; 2° Warwick n'était pas en France à celte époque. Le 20 avril, dix jours avant le mariage, il était occupé à négocier une Irève avec les envoyés français à Londres (Rym., XI, 521), elle 26 mai, environ trois semaines après la célébration de l'union, nous le voyons chargé de conclure une autre trêve avec le roi d'Ecosse (Rym., XI, 424). 3° Il est impossible qu'il ait amené avec lui en Angleterre le comte de Dampmartin , ce seigneur ayant été enfermé à la Bastille en septembre 1463, pour n'en sortir qu'en mai 1465 (Monslrel, II, 97, 109). Trois écrivains contemporains fort bien informés, Wyrcester elles deux continuateurs de l'histoire de Croyland, allribuenl le mécontentement de Warwick aux alliances contractées avec les Woodville, et aux honneurs accordés à celle famille, ainsi qu'au mariage de la princesse Marguerite avec le duc de Bourgogne. (Lingard, vol. III, ch. xxiv, pag. 5, 19, édit. in-4o.
(') Sharon Turner, Bist. d'Angl., vol. III, p. 269.
il est impossible que le grand Baron n'ait pas été vivement blessé, ainsi que toute sa caste, de l'élévation des parents de la Ueine (*) , tous parvenus et apostats lancastriens. Mais il est constant d'un autre côté, que ces causes de mécontentement n'affaiblirent en rien son zèle pour le Roi, jusqu'en 14G7, époque où nous rencontrons la source évidente de la fable relative à Bona de Savoie , ainsi que la première dissension ouverte entre Edouard et le Comte.
Cette année-là, Warwick se rendit en France afin de conclure une alliance avec Louis XI , et d'obtenir la main d'un des princes (2) français pour Marguerite, sœur d'Edouard IV. Pendant son absence le Roi reçut le frère bâtard de Charles , comte de Charolois et plus tard duc de Bourgogne , et arrangea un mariage entre Marguerite et le prince Bourguignon.
L'ambassade de Warwick fut ainsi déshonorée , et l'affront s'aggrava encore de l'inimitié personnelle que le Comte avait vouée au prétendant préféré par Edouard (5).
(1 ) W. Wyr. , 506, 7 ; Croyl ., 542.
(2) Quel était ce prince? c'est là ce que rien ne nous apprend, et ce qu'on peut à peine conjecturer. VHistoire pittoresque d'Angleterre (liv.V, 102), nous dit d'un ton décidé que v^c'était undes fils de Louis XI,» mais, par malheur, Louis n'avait pas de fils à cette époque; le Dauphin ne naquit que trois ans plus tard. Quant à nous, c'est le frère de Louis, le duc de Guienne, qui nous semble réunir le plus de ])robabilités.
(3) L'historien de Croyland, qui, pour tout ce qu'embrasse sa maigre et succincte narration, est la meilleure autorité sur le règne d'Edouard, déclare positivement que le déplaisir de Warwick eut pour cause première l'alliance avec la Bourgogne, plutôt que le luariage du roi avec Elisabeth.—* Sur quoi (le mariage de Marguerite avec Charolois) Richard Nevile, comte de Warwick, qui avait , pendant tant d'années, pris parti pour les Français contre les Bourguignons, conçut une vive indignation; et je suis convaincu que c'est dans cette union qu'il faut chercher la cause de son ressentiment, plutôt que dans le mariage du roi avec Elisabeth ; car il eût préféré procurer pour mari è( la susdite princesse Mar-
— xvj —
Le puissant soii^neiir se rctiia indigne^ dans son château. Mais Warwick, dont Ilurno a représenté avec bonlieur le caractère comme franc , ouvert el incapable de calculs et de détours (*), ne paraît pas avoir conservé longtemps son ressentiment. L'intervention de rarclievèque d'York et autres, amena une réconciliation , et, l'année suivante,^ en 1408;, nous retrouvons Warwick en grande faveur, et oubliant assez ses griefs pour accompagner la procession faite en l'honneur du mariage de Marguerite avec le comte de Charolois (-). Toutefois l'année d'après vit naître la seconde dissension entre le Roi et son Ministre , dissension qu'Edouard souleva en refusant de sanctionner le mariage de son frère Clarenceavec la fille de Warwick, Isabelle. Le Roi apporta même dans son opposition une obstination qui dut vivement blesser l'orgueil du Comte ; car il alla jusqu'à prier le Pape (^) de refuser son autorisation à ce mariage, en raison des liens de parenté qui unissaient les deux fiancés : néanmoins le Pape accorda la dispense , et le mariage eut lieu à Calais.
Alors éclate en Angleterre une révolte populaire, et, à la tête de l'insurrection figurent quelques-uns des parents de Warwick ; bien qu'à vrai dire ils appartiennent à la branche des Nevile , qui a toujours tenu au parti de Lancastre et différé d'opinion avec le Comte. Le Roi, menacé d'un péril imminent , écrit une lettre à Warwick pour le supplier de venir à son aide (*). Le Comte oublie de nou-
guerile un prince du royaume de France. » L'historien de Croyland appuie aussi sur la forte auimosité qui existait entre Charolois et Warwick. Cont. Croyl., 551.
(0 Rume.Henry VI, vol. 111, p. 172, édit. 1825.
(0 Lingard.
(3) Carte. Wm. Wyrc.
(4) Lettres de Paston, cxcyiii, vol. II, édit. de Knighl. Voir Lingard,
— Xvij —
veau toutes Ics^'ancîennes causes de ressentiment , se hAtc de quitter Calais, délivre le Roi et étouffe la révolte par rinfluence de sa popularité.
Nous voyons ensuite Edouard au château|*de Middleham (un des manoirs de Warwick) où quelques historiens le représentent comme retenu de force, assertion que d'autres écrivains traitent avec un souverain mépris. Nous examinerons cette question dans le cours de ces volumes; mais, quoi qu'il en soit de cette histoire, Warwick et le Roi continuent à vivre en si bonne amitié que le Comte marche en personne contre une révolte qui vient d'éclater sur les frontières de l'Ecosse , remporte une victoire signalée , et laisse décapiter par Edouard, à York, le chef des insurgés ( son propre parent à lui Warwick). Immédiatement après cette prétendue détention, Edouard'se montre à nous parlant du grand Comte, de Montagu et de l'archevêque d'York, comme de ses meilleurs amis (*), et fiançant sa fille aînée au neveu de^Warwick, héritier de la famille.
c, 24, pour la véritable date des lettres écrites par Edouardfà Warwick, à Clarence et à l'archevêque d'York.
(>) Lettres de Paston, cciv, vol. 11^ édit. deKnight. La date de cette lettre, qui a (orl embarrassé le digue annotateur, doit évidemment être reportée à l'époque où Edouard revint dYork, après son séjour à Middleham, en 1469. Le contemporain amoureux de commérages qui l'a écrite, n'y fait mention d'aucun bruit tendant à accuser le Comte d'avoir emprisonné le Pxoi. Celui-ci fail^une entrée]solennelle dans la cité, comme l'heureux vainqueur d'une formidable révolte. La lettre s'énonce ainsi : « Le Roi lui-même parle en bons termes des seigneurs de Clarence et de Warwick, disantlqu' ils sont ses meilleurs amis. » —Parlerait-il ainsi, s'il venait de s'échapper d'une prison?— Le sir John Paston, l'auteur de la lettre, ajoute, il est vrai : « Mais les gens de sa maison Jiennent un tout autre langage. » Il n'y^^allà rien d'étonnant; car les gens de la maison du Roi n'étaient autres que les courtisans toujours ennemis de Warwick, et ils devaient évidemment tenir alors leîmême langage qu'Us avaient été dans l'habitude de tenir auparavant,
— Xviij — Et voilà (\\\e tout à coup, trois mois sculoment plus tard (IV'vrier 1470), et sans aucune cause apparente, nous trouvons Warwick en état de rébellion ouverte, animé d'une haine morlelle contre le roi, repoussant du premier au dernier jour toute ouverture de conciliation, et tellement altéré de vengeance qu'il courbe un orgueil, jusquelà d'une susceptibilé maladive , devant l'insolence emportée de Marguerite d'Anjou, et forme la plus étroite alliance avec .le parti lancastrien dont la destruction avait été le but de toute sa vie.
En face de cette énigme, tandisque l'histoire nous laisse dans l'obscurité, et que notre curiosité est le plus excitée, l'imagination s'en va à tâtons au milieu des anciennes chîoni(iues, pour cherchera découvrir et à deviner la vérité. — Et ici l'imagination habituée à pénétrer les mystères du cœur humain saisit soudain l'extrême importance d'un fait que les historiens modernes se sont contentés de ranger au nombre des causes douteuses et secondaires de la rupture. — Il est clairement et fortement établi par Hall et autres, qu Edouard s'était grossièrement attaqué à la vertu d'une des parentes du Comte: Et de plusy il est bien vrai, dit Hall, que le Roi tenta vis-à-vis de la maison du Comte quelque chose qui était grandement contre l'honneur du Comte ('). Mais quant à savoir si la personne insultée était sa fille ou sa nièce , ajoute le chroniqueur, cela ne fut pas ouvertement connu , pour l'honneurde tousdeux. Toutefois il est certain qu'une semblable tentative fut faite par le roi Edouard.
Quiconque est quelque peu au fait de Hall (et à vrai dire de tous nos principaux chroniqueurs , excepté Fabyan) , ne s'attendra pas à une scrupuleuse précision quant à la
(') Did attempt a thing once in Ihe Earl's iiouse which was rauch against Ihe Carl's honesty.
date qu'il assigne à cet outrage. — Il le fait remonter à l'époque à laquelle il rattache également, par erreur, les autres griefs du comte (date reportée à une période postérieure de quelques années par tous les écrivains judicieux), c'est-à-dire à un temps où Warwick était encore le plus ferme ami d'Edouard.
Qu'on accorde seulement la probabilité d'un tel outrage (probabilité qu'admettent sans hésiter les historiens récents, et où Rapin, Ilabington et Carte voient un fait certain), et soudain se dissipe toute l'obscurité qui enveloppe cette mémorable querelle. — Une telle insulte était bien de nature à n'être jamais pardonnée, et pourtant jamais révélée. Comme Hall le donne à entendre, l'honneur du comte était intéressé à imposer silence au scandale, et celui d'Edouard l'était encore davantage à cacher l'offense. — Que l'insulte, si jamais elle a été faite^ ait dû avoir lieu immédiatement avant l'éclat de l'hostilité du Comte, c'est là une chose évidente. Des affronts de ce genre poussent les hommes à se venger sur-le-champ, ou s'il s'arrêtent à dissimuler afin de frapper plus tard un coup plus terrible, leur haine attend l'instant propice pour faire éruption. Que voyons-nous au contraire? le Comte prend poiu' tirer l'épée le moment le plus défavorable qu'il puisse choisir, et l'inopportunité de sa rébellion atteste l'influence d'un emportement soudain, d'une cause nouvelle et imprévue de ressentiment. 11 n'avait pas de troupes sous sa main , il n'avait pas même sondé son propre beau-frère, le seigneur de Stanley (puisqu'il n'était pas sûr de ses intentions), tandis que, quelques mois seulement auparavant, pour peu (ju'il eût désiré détrôner le roi, il aurait pu le laisser écraser par la révolte populaire ou disposer à son gré de lui quand il l'avait pour hôte dans son château de Middleham. — L'absence de tous préparatifs, le manque
(Icfomc prdcaution; fjui contraignirent à s'enfuir à la hdtc de l'Angleterre le puissant baron sous la bannière duquel marchaient soixante mille hommes quelques mois auparavant, prouvent incontestablement que sa rupture était déterminée par des motil^ tout récents.
Si donc la cause que nous avons mentionnée, comme citée par Hall et autres, semble la plus probable qu'il soit possible de trouver (et nous n'apercevons aucune autre cause qui puisse motiver une si brusque hostilité), il faut en reporter la date à l'époque à laquelle nous l'avons placée dans cet ouvrage, c'est-à-dire immédiatement avant la révolte du Comte. — La seconde question qui se présente est celle de savoir quelle fut la dame ainsi offensée... une nièce ou une fille de Warwick ? 11 est à peine admissible que ce fut une nièce; car bien que le comte eût un Irère marié, le seigneur de Montagu, et plusieurs sœurs épouses et mères, les maris de ses sœurs restèrent attachés à Edouard ('), et Montagu semble n'avoir eu que des filles en bas ge (-). D'ailleurs ce seigneur ne prit aucune part dans le principe à la rébellion de Warv^ick , et nous le voyons continuer à jouir de la confiance d'Edouard. Nous ne pouvons donc raisonnablement concevoir qu'un oncle ait été plus ardent à la vengeance qu'un père, défenseur légitime de l'honneur de sa fille. Il est donc plus probable
(0 Excepté les seigneurs de Fitzhugh et d'Oxford. Mais quoique Filzliugh ou plutôt son fils, se soit révolté contre Edouard, ce fui pour quelque motif qui n'eut pas l'approbation de Warwick , vu que la révolle fut étouffée par Warwick lui-même. Il est également impossible que la dame offensée ait été fille du seigneur d'Oxford; car ce dernier était attaché du fond du cœur au parti de Lancastre, bien qu'il n'avouât pas ses opinions ; et il semble s'être obstinément éloigné de la cour.
(0 La femme de Montagu ne pouvait guère avoir plus de trente ans lors de la mort de soair ^ri. Elle contracta un second mariage dont elle eut plusieurs enfants.