‹ Le dernier des baronsChapitre 3 sur 7 · HI · texte numérisé non relu

HI

et fanées qui jonchaient le sol, se retourna brusquement à rapproche d'Alwyn.

A l'aspect de son formidable rival. Alwyn avait conçu une de ces résolutions qui ne viennent qu'aux hommes doués, comme il l'était, d'un caractère décidé, franc et énergique. Sa finesse et sa pénétration exquises lui avaient permis de pénétrer à fond les nobles qualités aussi bien que les faiblesses de Hastings ; et sa confiance dans les premières lui avait dicté la détermination à laquelle il venait de s'arrêter. Les réflexions du Chambelian en ce moment étaient de nature à favoriserles vues de l'humble amant; car les scènes agitées auxquelles il s'était trouvé mêlé depuis qu'il avait quitté Sybill, l'avaient passablement soustrait à l'influence de la jeune fille ; et se sentant hors d'état de concilier son honneur et son ambition avec la continuation d'un amour témérairement exprimé sans être profondément ressenti , — il avait résolu de trancher franchement le nœud gordien qu'il ne pouvait dénouer, et d'avouer à Sybill qu'un mariage entr'eux était chose impossible. C'était dans ce but qu'il lui avait demandé un rendezvous, et son entretien avec le Roi n'avait fait que le confirmer dans sa résolution.

Il était dans cette situation d'esprit quand Alwyn l'aborda :

— Mon seigneur, dit celui-ci, oserai-je vous demander, pour un instant, d'écouter avec indulgence quelques paroles, qui, je le crains, pourront vous paraître présomptueuses?

— Soyez bref alors, maître Alwyn, car je suis attendu.

— Hélas ! mon seigneur, je devine par qui, — par celle que je cherche aussi, moi; — par Sybill Warner.

— Et quoi, sire orfèvre, dit Hastingsavec hauteur , que savez-vous de mes démarches , et que m'importent les vôtres?

— Ecoutez, mon seigneur de Hastings, écoutez, dit Alwyn réprimant sa colère et d'un ton de voix si pénétré qu'il commanda toute l'attention de son interlocuteur; — ne me jugez pas comme un noble juge un artisan, mais comme un homme juge un autre homme. Car, que dit le proverbe? Nous sommes tous égaux dans la tombe! Du premier jour où j'ai connu Sybill Warner, je l'ai aimée. Oui, souriez avec dédain, mais écoutez-moi : son existence alors était obscure et malheureuse. Je ne l'aimai pas seulement pour ses beaux yeux ; — je l'aimai pour ses bonnes qualités, pour sa patience, pour sa piété filiale, pour les efforts qu'elle faisait pour donner du pain à son vieux père. Je ne me suis point dit : cette jeune fille ferait une jolie amou-

reuse, une maîtresse distinguée ; j'ai dit : cette fille dévouée fera une épouse à qui un honnête homme pourra donner son cœur et sa tendresse. — Le pauvre Alwyn s'arrêta, les yeux remplis de larmes, la voix étouffée par des sanglots; — enfin, il continua : — ma fortune paraissait promettre plus que la sienne ; il n'y avait pas de raisons pour me défendre d'espérer. A la vérité, j'avais un rival alors, jeune comme moi, mieux né, plus beau ; mais elle ne l'aimait pas. Je prévis que l'amour de cet homme, si c'était de l'amour, n'aurait qu'un temps. Il me sembla que l'ame de Sybill comprendrait la mienne, comme la mienne, je puis le dire, était altérée d'elle. Je ne pouvais considérer les filles de mon rang que je voyais autour de moi, sans que... oh ! non, mon seigneur, je ne dis pas la beauté de Sybill, mais ses qualités, son ame, son cœur les rejetassent toutes dans l'ombre. Il peut vous paraître étrange que moi, un commerçant, un ouvrier, un homme grossier, positif, travailleur, j'aie tous ces sentiments dans le cœur, mais je vais vous expliquer pourquoi mes égaux, mes semblables, les ont et les caressent, et s'en repaissent bien plus que vous autres seigneurs et gentilshommes , avec tous vos gracieux moyens de séduction! Rien ne nous distrait de notre passion principale! nous ne savons pasce

que c'est que les amours légers. Nous autres enfants posés de l'échoppe et de l'atelier, nous n'offrons pas à toutes les femmes un hommage banal , nous aimons franchement, nous n'aimons qu'une fois et nous aimons de tout cœur. Mais qui ne sait pas le dicton : un gentilhomme ne connaît que son plaisir, et où est le plaisir, sinon dans le changement? Quand Sybill vint habiter le palais, j'entendis bientôt son nom accouplé au vôtre, je la vis rougir quand vous parliez... Bien, bien, après tout, comme nous disent les vieilles commères : la rougeur est la hvrée de la vertu > me dis-je. C'est une jeune fille chaste et de nobles sentiments. — Cela passera et. le temps viendra où elle pourra comparer son amour au mien. — Maintenant ce temps est venu, monseigneur ; je sais que vous êtes ici pour la voir ; oui , en ce moment je sais qu'elle guette avec un cœur battant d'impatience le bruit de vos pas. Dites seulement un mot, dites que vous aimez Sybill Warner avec l'intention de Tépouser. — Jurez-le, noble Hastings, sur votre honneur de pair et de gentilhomme et je m'agenouillerai à vos pieds et je vous demanderai pardon de mes vaines folies et je retournerai à mon atelier et je travaillerai sans me plaindre. Oh ! parlez!... Vous vous taisez ! alors je vous supplie, comme pair et comme gentilhomme^ de laisser

Tamour honnête sauver la jeune fille de l'homlîiage qui flétrirait la paix de sa vie , et entacherait son nom d'infamie. — Et maintenant seigneur de Hastings, j'attends votre réponse.

Mille sensations contradictoires se disputaient le cœur de Hastings,lorsqu'Alwyn cessa de parler; mais dans le principe ce furent l'admiration et la pitié qui parlèrent le plus haut.

*— Mon pauvre ami, dit-il avec bonté, si vous avez un tel amour pour une demoiselle qui mérite tout mon respect, vos paroles et vos sentiments justifient pleinement vos prétentions, — mais croyez m'en, mon bon Alv^yn , ne venez pas, vous qui sortez du Cliepe, ne venez pas chercher une femme à la cour. — Oubliez ce caprice;..

— Monseigneur c'est impossible , — l'oublier j'en suis incapable ; m'en repentir, cela se peut.

— Tu ne réussiras jamais, mon garçon, reprit plus froidement le gentilhomme , et quand même WilUam de Hastings n'eût jamais vu le jour, tu ne réussiras encore pas davantage. — Les yeux des femmes habituées aux dehors brillants du monde, sont aveugles pour apprécier je mérite, sous des formes simples comme les tiennes. — Il eût pu en être autrement si la Jeune demoiselle n'eût jamais mis le pied dans

un palais, mais dans le cas actuel ce que tu as de mieux à faire, c'est d'apprendre comment on fait cicatriser les blessures du cœur et comment on rend l'endroit sensible à jamais dur et calleux. Qui es-tu donc maître Nicholas Alwyn, continua Hastings d'un air sombre et avec un sourire jaloux, qui es-tu donc pour prétendre à un bonheur qui m'est refusé à moi, qui nous est refusé à tous tant que nous sommes , le bonheur de poétiser la vie et de rajeunir l'âge mûr, en obtenant la femme du premier amour. — Mais, ne va pas croire , pauvre amoureux, que c'est par jalousie ou par dédain que je te tiens ce langage. Regarde là-bas , à côté de cet orme défeuillé, c'est la robe blanche de Sybill, — va plaider près d'elle la cause de ton amour.

— Je ne sais si je vous comprends bien , mon seigneur, dit Alwyn tout ahuri par le ton et les manières de Hastings ; le bruit public serait-i\ donc menteur? N'aimeriez- vous pas cette jeune fille?

— Maître Alwyn , répliqua dédaigneusement Hastings, vous n'avez pas droit, que je sache, de fouiller au fond de mes pensées et de mes secrets. Je ne puis vous reconnaître pour juge, mon bon orfèvre ; c'est assez de courtoisie assurément que de vous céder le pas. Sois aussi élo-

— Gi — quent , si tu veux , que tu l'as été avec moi. — dis de moi tout ce que tu te crois en droit de soupçonner, et si tu gagnes ton procès , ne man(}ue pas, maître Alwyn, de m'inviter à ta noce.

Le langage, le ton, l'attitude du courtisan respiraient cette légèreté superbe, ce sentiment indicible de supériorité, cette froide impassibilité ironique qui déconcertent et humilient bien plus qu'un grave dédain, ou qu'un emportement impérieux. Alwyn grinçait des dents en face de tant de calme ; mais son désespoir et sa rage restèrent silencieux.

On ne pouvait, à la rigueur, dire que l'un ou l'autre de ces deux hommes fut beau. Alwyn avait l'avantage de la jeunesse, d'une plus haute taille, d'une constitution plus robuste , quoique moins souple et moins gracieuse. Contrairement aux habitudes générales, leur habillement trahissait peu la distance de leurs rangs, car la tunique et le surtout de drap brun de Hastings formaient un costume beaucoup plus simple que le vêtement à couleurs éclatantes du marchand , avec sa large garniture de fourrure et ses aiguillettes de riches dentelles. Où était donc le secret de l'inégalité de ces deux hommes pour tout ce qui charme l'imagination et captive les yeux? En quoi consistait donc entre eux cette différence marquée, puissante , irrésistible que s'a-

vouait Alwyn en considérant Hastings? Hélas , comme les distinctions les moins sujettes à l'analyse sont cependant les plus capitales ! Quelle noble aisance dans cet air de gentilhomme! que de triomphes semblait raconter ce tranquille regard qui se reposait dans son impérieux éclat l Quelle magie de commandement sur ce front pâle ! Quel charme de persuasion dans ces lèvres finement dessinées! Alwyn murmura quelques mots à voix basse, inclina involontairement la tête, et s'éloigna de Hastings pour se diriger vers Sybill, qui s était arrêtée à une distance de quelques toises, étonnée de voir cette conférence entre le noble et le bourgeois.

Mais en s'approchant de Sybill, le pauvre Alwyn sentit s évanouir toute la fermeté et le courage dont il avait fait preuve près de Hastings, et le tremblement qu'occasionne toujours une craintiva mais profonde affection chez les hommes de son caractère, rendit ses mouvements plus gauches et [lus gênés que de coutume, tandis qu'il s'abaissait sous le regard de la jeune fille qu'il aimait si sincèrement.

— Est-ce moi que vous cherchez, maître Alwyn , dit d'une voix douce la gentille Sybill en voyant que , bien qu'il s'arrêtât près d'elle, il gardait le silence?

— Oui, répondit précipitammeut Alwyn, —et il se tut de nouveau.

Enfin, levant les yeux et regardant autour de lui, il vit Hastngs à quelque distance, appuyé sur le rempart, les bras croisés; le contraste de l'arrogante et froide indifférence de son rival, avec le l'eu qui brûlait ses veines et l'agitation de son cœur déchiré, excita son énergie, et donna à sa langue l'éloquence que trouve Témotion dès qu'elle brise les liens dont elle s'enchaîne elle-même.

— Regardez, regardez, Sybill, dit-il en montrant Hastings, regardez cet homme dont vous croyez être aimée ! Ah ! s'il en était ainsi ! s'il vous aimait, Sybill, resterait-il là, — regardezle, — à récart, dédaigneux, indifférent, quand il sait que je suis près de vous ?

Sybil! jeta sur l'orfèvre un regard rempli d'une innocente surprise, un regard qui disait, autant que peut le dire un regard : « — Et pourquoi pas, maître Alwyn? »

Alwyn comprit le regard de Sybill, et lui répondit comme si elle eût réellement parlé : — parce qu il doit savoir combien la faible fantaisie, qui seule peut naître dans une ame énervée par le plaisir, est pauvre et décolorée auprès de ce que j'éprouve pour vous et que j'avoue aujourd'hui, auprès de l'amour d'un cœur jeune et ruisselant de sève ; parce qu'il devrait craindre que cet amour ne l'emportât auprès de vous ;

parce que cet amour devrait l'emporter. Sybill, entre nous il n'y a ni disproportion, ni obstacle. — Oh ! écoutez-moi, écoutez-moi encore , ne vous fâchez pas, ne vous détournez pas de moi. Le pauvre jeune homme était si excité par la vue de son rivalj si enflammé par une lutte dont le repos de sa propre vie et le bonheur de Sybill pouvaient dépendre, que sa voix était comme le cri d'une agonie mortelle» et troublait la jeune fille jusque dans les profondeurs de son ame.

— Oh î Alwyn, je ne me fâche pas, dit-elle avec douceur, ohî Alwyn, je ne me détourne pas de vous ! je suis au désespoir de causer de la douleur à un cœur aussi bon et aussi noble que le vôtre; mais...

— Non, n'achevez pas ! je vous ai étudiée, — j*ai lu dans votre ame comme un étudiant Ht dans un livre. Je sais que vous êtes fière, je sais que vous êtes ambitieuse, je sais que vous êtes vaine de votre sang noble, et que vous dédaignez mon extraction plébéienne. Je ne suis pas aveugle sur vos défauts, mais je vous aime malgré vos défauts; et pour leur complaire, j'ai travaillé, j'ai entrepris, j'ai rêvé, je me suis élevé. Je vous offre l'avenir avec la certitude d'un homme qui peut en disposer. Voulez-vous de la fortune? soyez patiente (comme l'ambition l'est toujours) t dans peu d'années, vous aurez plus d'or que là

femme du seigneur de Hastings n'en possédera jamais: vous serez plus superbement, plus somptueusement logée ('), oui ! Voulez-vous des litres? j'en gagnerai. Richard de la Pôle, qui a été le fondateur du plus grand duché du royaume, était plus pauvre que je ne le suis , alors qu'il servait dans la boutique d'un marchand. On achète tout avec de l'or aujourd'hui 1 ah ! plût au ciel qu'avec de l'or je pusse t'acheter!

— Maître Alwjn, ce n'est pas avec de l'or que Ton achète l'amour ! soyez calme ; que puis-je vous dire pour adoucir le mot «non? »

— Vous me repoussez donc, et sans hésiter. Je ne vous demande pas votre main pour le moment, j'attendrai, je patienterai, j'espérerai, — peu m'importe que cela doive être pendant des années; — j'attendrai jusqu'à ce que je puisse réaliser toutes mes promesses.

Sybill touchée jusqu'aux larmes, secoua tristement la tête; et il se fit un long et pénible silence. Jamais déclaration d amour ne fut accompagnée de circonstances aussi étranges, — l'un des rivaux plaidant sa cause sous les yeux de l'autre,

(*) Ce n'était pas là une vaine promesse de la part de maître Alwyn. A cette époque, un marchand qui réussissait faisait fortune avec une incroyable rapidité et étalait un plus grand luxe que la plupart des barons. Tout l'or dupaysaffluaildans lescoffresdes marchands de Londres.

lui ardent, passionné, Tautre calme et passif ; et le silence de celui-ci ayant, hélas! tout le succès que ne pouvaient obtenir les discours du pre' mier. On peut dire que le choix offert à Sybill était le type du choix toujours offert, mais en vain, à l'enfant du Génie. D'un côté une vie calme et paisible, une position honorée, un sort tranquille, privé, il est vrai, du prestige des visions idéales, mais exempt également des inquiétudes, des terreurs et des orages des passions ; — de l'autre la fatale influence d'un attachement, né de l'imagination, sinistre, équivoque, accompagné de funestes présages, mais irrésistible. Et l'enfant du Génie accomplit sa destinée.

— Maître Alwyn, dit Sybill appelant à elle tout son courage pour frapper le coup nécessaire : — je ne cesserai jamais de me rappeler avec reconnaissance votre généreuse amitié. — Je ne cesserai de prier avec ferveur pour votre bonheur ici-bas; mais aujourd hui comme toujours, n'espérez pas davantage, je ne puis rien de plus. — Subjugué par l'accent grave et solennel de Sybill, Alwyn étouffa le soupir prêt à sortir de ses lèvres, et répondit d'une voix sourde:

— Je vous obéis, ma belle demoiselle, et je retourne à la routine de ma vie laborieuse; mais avant de vous quitter, je vous en prie, ne ra*en

voulez pas si j'ajoute encore ce peu de mots : ce n'était pas seulement pour avoir le bonheur d'espérer vous appeler mienne un jour que je vous ai ainsi importunée; — je n'ai pas moins cédé, — oh! oui je le jure, je n'ai pas moins cédé au désir ardent de vous arracher à ce qui, j'en ai peur, ne doit vous conduire qu'à la douleur et au remords, au danger et à la souffrance, à des jours de tourments et des nuits sans sommeil. « Mieux vaut un petit feu qui réchauffe, qu'un grand feu qui brûle » pensez-vous que le seigneur de Hastings, l'orgueilleux, le dissolu...

— Assez, monsieur, dit fièrement Sybill, adressez-moi des reproches si bon vous semble, mais ne diminuez pas mon estime pour vous, en vous attaquant à une autre personne.

— Quoi ! s'écria Alwyn avec amertume, un seul mot de conseil vous irrite-t-il à ce point? Je vous le dis , si vous croyez que le seigneur de Hastings aime Sybill Warner comme on aime la jeune fille qu'on veut épouser, vous vous abusez pour votre perte. Vous en faut-il la preuve, allez à lui, — dites-lui : « Voulez-vous me donner cette existence de paix et d'honneur, cet asile pour la vieillesse de mon père sous le toit d'un fils, que m'offre vainement ce marchand que je méprise? »

— Et si tout cela m'avait déjà été offert par

lui ? dit Sybill à voix basse et en rougissant. Alwyn tressaillit : — Alors , dit-il, je l'offensais; et — et — ajouta-t-il généreusement, quoiqu'il sentît son cœur défaillir, — je puis encore être heureux en pensant que vous Têtes, vous ! Adieu , madame, que les saints vous préservent de garder un souvenir de regret de ce qui s'est passé entre nous !

Enfonçant vivement son bonnet sur ses yeux, il s'éloigna d'un pas rapide et inégal. Lorsqu'il passa près de Hastings, toujours accoudé au mur, la tête appuyée sur sa main, le grand seigneur le regarda et lui dit :

— Eh bien! sire Orfèvre, avouez au moins que vous avez eu beaujeu! Puis, frappé de l'angoisse empreinte sur le visage d'Alwyn, il s'avança vers lui, et cédant à un mouvement de franchise et de compassion, il posa sa main sur Tépaule du marchand : — Alwyn, lui dit-il, j'ai ressenti ce que vous ressentez maintenant; j'y ai survécu, et mon existence n'en a pas moins prospéré ! recevez l'assurance d'une compassion qui vous respecte et ne vous rabaisse pas.

— Ne la trompez pas , Monseigneur ; elle vous aime et a foi en vous. Vous n'avez jamais trompé aucun homme, — tout le moode le dit, — ne trompez pas une femme! les actions tuent les hommes, les paroles tuent les femnpies. — Après

cette allocution pleine de simplicité, Alwyn continua sa route et disparut.

Hastings s'approcha de Sybill à pas lents et en silence. Le mauvais accueil qu'elle venait de faire aux propositions d'Alwyn, n'avait nullement réveillé en lui l'intention de tenir ses promesses de mariage. Il était assez naturel de supposer que la jeune fille, même saris céder aux suggestions de l'amour , ne pouvait hésiter entre un puissant seigneur et un obscur orfèvre. Son orgueil était profondément blessé de voir que ce dernier eût eu seulement la pensée de se poser en égal d'une (emme que, lui, Hastings, avait eu le dessein, quoique uniquement dans un élan de passion irréfléchi, d'élever jusqu'à lui. Et cependant , comme il s'approchait de Sybill, et que la jeune filie, les yeux remplis de douce joie et de confiance, s'élançait au devant de lui d un pas léger, il recula devant un aveu qui devait porter la mort dans un cœur dont toute la jeunesse et les tendresses s'épanouissaient pour l'accueillir.

— Ah ! Monseigneur, dit la jeune fille, n'estce pas bien mal à vous d'avoir permis que le pauvre Alwyn me causât une peine si cruelle, et d'être resté froidement loin de moi ! Certainement hélas! quand même votre humble rival eût eu à offrir une couronne, c'eût été la même

chose pour Syhill! Oh! combien je souffrais de me sentir cause de tant de soufirances ; et pourtant au milieu de tout cela , j'ai éprouvé un coupable sentiment d'égoïsme satisfait, en pensant que je n'aurais pas inspiré tant d amour, si j'étais tout à fait indigne du seul amour que je désire et que j'ambitionne.

— Et cependant, Sybill, ce jeune homme, à part la fortune et un nom sonore, peut vous donner plus que je ne le puismoi-même> — un cœur qui n'est pas flétri par des souvenirs fiéleux, — une ame que n'a point aigrie l'amère et fatale expérience de la fragilité humaine et des chagrins d'ici-bas. Vos âges sont assez en accord , et vous pourriez marcher d'un pas presqu'égal , et la main dans la main, vers une tombe commune ; tandis que moi, plus vieux encore par le cœur que par les années, quoique j'aie déjà bien des années de plus que vous, mes cheveux seront blancs , et ma taille voûtée quand vous serez encore dans toute la fleur de votre beauté ; et — mais vous pleurez !

^ — Je pleure de vous entendre jeter la pensée attristante du temps au milieu de mes pensées qui ne reflètent que l'éternité. L'amour ne connaît pas d'âge, il ne prévoit pas de tombeau î son bonheur et sa confiance ne voient sur la terre qu'une splendeur qui va se fondre avec les III. Q

Splendeurs du ciel, où ceux qui aiment d'un amour durable, passent avec calme pour y vivre éternellement ! Voyez, je ne pleure plus à présent.

— Et cet honnête bourgeois, poursuivit Hastings attendri et embarrassé, mais ne s'efibrçant pas moins d'adhérer à sa cruelle résolution, ne vous a-t-ilpas dit qu'il fallait vous défier de moi? que mes promesses étaient mensongères?

— Il me semble que , quand même un ange viendrait me le dire, je ne le croirais pas!

— Eh bien! voyons, Sybill, supposez que ses avis soient véridiques ; que, maintenant, je sois uniquement venu pour vous avouer que la destinée dont l'ambition se tisse à elle-même la trame, m'empêche de tenir une parole trop légèrement donnée; — que je ne puis vous épouser, — ne vous paraîtrais-je pas un amant perfide, — un misérable qui se serait joué de la tendresse de votre cœur, — ne pourriez-vous pas alors rappeler l'amour de celui dont Ihommage plus sincère et plus digne retentit encore à votre oreille, et être heureuse avec lui?

Sybill leva ses yeux noirs encore tout humides sur le visage impassible de Hastings, et fixa sur lui un regard plein d'une tristesse interrogatrice; puis s'éloignant un peu de lui, elle croisa ses bras sur son sein et lui dit ;

— Si jamais depuis que nous nous sommes quittés, une pareille pensée a pu seulement traverser voire esprit... si jamais vous avez re* grêlé le sacrifice d'orgueil... d'ambition... le discrédit que...

Elle hésita, s'interrompit, et termina ainsi :

— En un mot, si vous voulez vous rétracter, oh dites-le maintenant, et loin de vous accuser de perfidie, je bénirai votre franchise.

— Votre orgueil de femme pourrait donc vous consoler de la perte d'un amant indigne ?

— Monseigneur, sont-ce là des questions qu'il convienne de faire?

Hastings garda le silence. Les instincts ai* manls de sa nature livraient une lutte terrible à ses mauvais penchants. L'orgueil de Sybill le touchait autant que sa confiance; et l'un comme l'autre révélaient un amour si évident , si profond, si délicieusement au-dessus des froides et frivoles organisations au milieu desquelles le courtisan avait passé sa vie , qu'il hésita à rejeter un cœur qu'il ne remplacerait jamais. Il était sur cette espèce de pont, dans la vie, d'où l'on voit la vieillesse devant soi et derrière soi la jeunesse. Il sentit qu'il n'inspirerait plus jamais une telle affection , ou que s'il l'inspirait ce ne serait jamais à une femme aussi digne de tout ce qu'il restait encore de pures tendresses et de

jeune poésie àsoname solitaire et mélancolique.

Il prit la main de la jeune fille ; quand celleci sentit le contact de son amant, toute sa fermeté l'abandonna ; elle laissa tomber sa tète sur son sein et versa un torrent de larmes.

— 0 Sybill, pardonne-moi! que je te voie sourire encore, Sybill, s'écria Hastings subjugué et attendri.

Mais, hélas! le cœur une fois froissé et rempli d'amertume est lent à se remettre, et il fallut longtemps pour que les plus douces paroles de l'éloquence amoureuse du Seigneur réussissent à sécher ces larmes brûlantes et à ramener sur ces lèvres souffrantes leur sourire enchanteur ; — et encore, ce sourire était-il forcé et vide de joie. Pendant quelques instants, ils se promenèrent tous deux absorbés par leurs pensées ; enfin, Hastings rompit le silence : — Tu m'aimes, Sybill, dit-il, et tu es digne de tout l'amour que puisse inspirer une jeune fille à un homme : cependant, réponds-moi à la question que je vais t'adresser, et ne m'en veuille pas de te l'avoir faite : n'aimes- tu pas encore plus le monde et l'opinion du monde que tu ne m'aimes moi-même ? Qu'estce que les femmes appellent honneur? pourquoi repoussent-elles tout amour qui ne prend pas la forme et la livrée des vides usages du monde? L'amour cesse-t-il d'être de l'amour, parce

qu'un prêtre n'a pas murmuré une vaine bénédiction sur ses trésors de foi et de sentiment? Dans ton gracieux orgueil, tu serais blessée que moi, en l'épousant, je songeasse au sacrifice que les hommes de ma sorte, je l'avoue loyalement, regardent comme le plus grand qu'un homme puisse faire ; et cependant, tu renoncerais à mon amour s'il te demandait à toi un sacrifice?

La question était habilement posée, et Hastings souriait intérieurement en pensant à la réponse que devait lui attirer sa question ; Sybill répliqua avec une rougeur bien naturelle en pareil cas :

— Hélas! mon seigneur, je suis une mauvaise casuiste, mais je sens que, si je vous demandais de me sacrifier tout ce que les hommes respectent : — votre honneur et votre réputation de vaillance, — de devenir un traître et un lâche, vous ne pourriez plus m'aimer; pourquoi donc vous étonner qu'une femme, quand un homme lui demande de forfaire à ce que son sexe regarde comme la première des vertus, — d'être comme femme ce qu'est un traître et un lâche comme homme, — entende sa conscience et son Dieu lui parler plus haut que ne peut le faire toute voix humaine? Nous sommes libres de renoncer aux pompes et aux biens de ce monde,

et le véritable amour n'en lient aucun compte ; mais le véritable amour ne peut sacrifler ce qui constitue l'amour; il ne peut sacrifier le droit d'être aimé ici-bas, et l'espérance d'aimer encore dans le royaume des cieux , le pouvoir de prier le ciel, avec une conscience pure, pour celui à qui il brûle de donner le bonheur , la joie d'être toujours estimé et honoré par le seul être dont il tienne à être apprécié ; c'est pourquoi, mon bien-aimé seigneur, le véritable amour ne prévoit jamais un pareil sacrifice, et quand une fois il se croit sincèrement payé de retour, il se confie avec une foi entière à l'amour sur lequel il s'appuie.

— Sybill, plût au ciel que je t'eusse connue dans ma jeunesse ! Plût au ciel que je fusse plus digne de toi ! Et dans cette entrevue, Hastings n'eut pas la force de dire comme il l'avait résolu : Sybill, je n'ai cherché à te voir que pour te dire adieu !

TI

Retour de W'arwick. — Il appaise un prince méconlent.-^Son entrevue avec un conspirateur avide de vengeance.

La soirée n'était pas encore très avancée, lorsque Warwick arriva à sa magnifique résidence de Londres , où Tattendaient non- seulement Marmaduke Nevile, mais encore un plus auguste visiteur, George, duc de Clarence. A peine le Comte eut-il franchi le seuil que le Duc le prit par le bras et le conduisit dans une chambre attenante à la grande salle.

— En vérité, lui dit-il, Edouard est plus que jamais abruti par la famille de sangsues de sa femme. Vous savez ma nomination au gouvernement d'Irlande; Isabelle, comme moi, ne peut supporter le vasselage de subordination que

nous sommes obligés de subir à la cour, non plus que les troids regards et les paroles mordantes de la Reine ; vous savez aussi avec quels vains prétextes Edouard m'a éconduit ; et maintenant, aujourd'hui même, il me dit qu'il a changé d'idée, — que je ne suis pas assez sévère pour les paysans Irlandais; — que d'ailleurs, il m'aime trop pour m'exiler, et que Worcéster, le boucher du peuple, mais le favori delà Heine, doit obtenir le poste qui m'avait été si solennellement promis. Je vois, dans tout cela, la perfide malice d'Elisabeth. Cette lutte entre les membres de la famille royale et les parents de la Reine doit-elle donc durer élernellement?

— Calmez-vous, George, je dois voir le Roi demain matin et j'espère vous faire obtenir votre demande qui n'a rien d'exorbitant. Certes, un frère du Roi est le vice-roi le plus convenable pour ces turbulents paysans d'Irlande, que l'on contient dans l'obéissance avec des cérémonies et des dehors de parade. Le gouvernement vous a été promis, Edouard n'a pu parler sérieusement ; en outre, Worcéster, quoi qu'il soit sans contredit un homme d'érudition , — (mort-dieu ! je crois que la science n'entre dans la tète que pour dessécher le cœur!), s'est rendu si odieux par ses cruautés, que son arrivée en Irlande suffirait pour exciter une nouvelle ré-

bellion à ajouter à nos autres maux et à toutes les plaies qui ne saignent déjà que trop. Calmez-vous^ vous-dis-je. Où ayez-vous laissé Isabelle?

— Avec ma mère.

— Et Anne? la froideur de la Reine ne glacet-elle pas son jeune cœur?

— Vraiment, la Reine n'ose pas déchaîner sa malice contre la volonté d'Edouard; et pour rendre justice au Roi, il a comblé d honneurs la fille du seigneur de Warwick.

— C'est un aimable prince, avec tous ses défauts, dit le père du fond de son cœur ; il faut bien l'accepter tel qu'il est, George car, en vérité, il a un talisman pour gagner les hommes et s'en faire aimer. Demeurez avec moi et partagez mon repas improvisé ; nous causerons de vos projets au dessert, en vidant une coupe de vin. Excusez-moi pour un instant, j'ai assez de travail a préparer pour une nuit sans sommeil. Cette rébellion du Lincolnshire nous promet beaucoup d'ennuis; le seigneur de Willoughby s'y est joint, — plus de vingt mille hommes ont pris les armes. J'ai déjà envoyé convoquer les chevaliers et les barons sur lesquels le Roi peut le plus compter, et il faut que je les presse de se jendre à leurs châteaux, pour y rassembler des hommes et marcher contre l'ennemi. Pen-

dant qu'Edouard s'amuse, son ministre doit travailler. Attendez-moi, je reviens à l'instant.

Le Comte entra dans la salle, et fit un signe à Marmaduke qui se tenait au milieu d'un groupe d'écuyers.

— Suivez moi, lui dit-il, je puis avoir besoin de vous. — Warvvick prit un flambeau des mains d'un de ses serviteurs, et se dirigea vers ses appartements. Sur les degrés de l'escalier, près d'une petite porte, se tenait son écuyer particulier. — Le prisonnier est-il là, dit le Comte?

— Oui, monseigneur.

— C'est bon î Warwick ouvrit la porte devant laquelle l'écuyer était en sentinelle et ordonna à Marmaduke de l'attendre en dehors.

L'homme qui occupait cette chambre avait des vêtements où se voyait la trace d'un voyage récent et d'une rude course à cheval; en entendant le Comte, il releva brusquement la tête.

— Robin Hilyard, dit Warwick, j'ai beaucoup réfléchi au moyen de concilier le service du Roi avec la reconnaissance que je dois à un homme qui m'a sauvéd'ungrsnd péril. On t'aprisenflagrant délit de conspiration et on t'a amené vers moi ; le^ papiers saisis sur toi font preuve d'une révolte lancastrienne, qui menace tellement de s'étendre et qui devient si formidable par le nombre des alliés auxquels l'or et les intrigues

du roi Louis ont persuadé de jouer leurs biens, leurs vies pour la Rose Rouge, que tous les amis du Roi doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour sauver son trône. Dans cette révolte tu as été la tête qui conçoit, le bras qui dirige, la mèche de la bombarde, le tison qui met le feu aux étoupes. Tu souris, Robin ; hélas! ne vois-tu pas qu un austère devoir m'ordonne de te faire conduire pieds et poings liés devant le conseil du Roi, pour que la torture t'arrache tes coupables secrets, et que le gibet termine tes jours?

— Je suis prêt, dit Hilyard ; quand le canon fait explosion, la mèche ne sert plus à rien. — • Quand l'incendie s'élève vers le ciel, il y a longtemps que le tison est consumé.

— Audacieux ! quel profit espères-tu tirer de cette révolte ?

— Je vois à travers les brèches et les déchirements faits par la guerre civile dans l'ordre féodal, l'image gigantesque d'un peuple libre.

— Et voudrais-tu t'immoler comme un martyr pour les masses qui t'ont abandonné à OIney?

— Comme vous pour le Roi qui vous a déshonoré à Shéne !

Warwick fronça le sourcil et il y eut un moment de silence ; enfin le Comte prit la parole : — Ecoutez, Robin , dit-il , il me répugne de teindre mes

mains du sang d'un homme qui m'a sauvé la vie. Je vous crois sincère quoique l'anatique et moitié fou. Je crois que votre parole est loyale autant que vos actions sont téméraires. Jurez-moi sur la croix de cette épée, que vous renoncerez à toute complicité avec cette révolte, que vous ne donnerez plus aide, ni assistance aux discordes civiles, et je vous rends la vie et la 'liberté. Dans ce but, j'ai fait venir mon proche parent, Marmaduke Nevile. 11 attend à la porte de cette chambre, il vous conduira sain et sauf au bord de la mer; vous gagnerez sans être inquiété mon gouvernement de Calais, et mon sénéchal vous y fournira tout ce dont vous aurez besoin : des aliments pour votre corps et de l'argent pour vos plaisirs. Acceptez la faveur que je vous offre; prononcez le serment, et partez.

— Monseigneur , dit Hilyard avec la plus vive émotion , ne vous reprochez rien si ce misérable corps devient la pâture des corbeaux ! que mon sang ne retombe que sur ma tète ! Je ne puis prêter le serment que vous me demandez , je ne puis vivre en paix ; le bruit et les combats sont devenus pour moi aussi nécessaires que le boire et le manger. Oh ! monseigneur, vous ne savez pas quels souvenirs funestes et déchirants ont fait de moi l'instrument de la main de Dieu contre l'impitoy^^ble Edouard!

—Alors, la pâleur sur les lèvres et les traits bouleversés, Hilyard raconta avec chaleur à Warwick, frappé de stupeur, la même histoire qui avait excité à un si haut point la sympathie d'Adam Warner.

Le Comte dont les affections étaient essentiellement patriarcales et domestiques, fut encore plus indigné que ne l'avait été le savant lui-même en écoutant ce terrible récit.

— Pauvre infortuné, dit-il les yeux baignés de larmes, je le plains du fond de mon cœur. Mais toi , qui as été la victime de la guerre civile, comment peux-tu songer aujourd'hui à la rallumer?

— Si Edouard vous avait traité, vous, noble comte, comme il m'a traité, moi, pauvre franctenancier, quelle serait votre réponse? C'est en vain que l'on sermonne celui que le spectre d'un enfant assassiné, et lescris d'une femme réduite en démence poursuivent sans cesse pour le pousser à la vengeance! — Envoyez-moi donc à la torture et au supplice. Ce sera un forfait de plus sur la conscience d'Edouard !

— Tu ne mourras pas sur mon témoignage, dit brusquement le Comte ; et en même temps il quitta Tapparlement.

Après avoir lait fermer la chambre en dehors au moyen d'un solide verrou, il ordonna à son

~ 8(> — éciiycr de veiller à ce que rien ne manquât au prisonnier; puis, étant rentré dans son cabinet avec Marmaduke , il lui dit : « Je vous avais mandé, mon jeune cousin, dans le dessein de confier à votre garde une personne à qui je croyais devoir faire quitter l'Angleterre. — J'ai dû renoncer à ce projet. Retournons au palais, et faites en sorte, si la chose est possible , de voirie Roi avant son coucher; dites-lui que le soulèvement du Lincolnshire est quelque chose de plus qu'une émeute ; que c'est le premier éclat d'une révolution ! que je tiens conseil cette nuit, chez moi, et que chaque comté, avant le lever du soleil, aura son chef désigné. J'irai trouver le Roi, demain matin. Ecoutez encore, — cherchez à voir ma fille Anne; demain elle quitte la cour. J'irai la! prendre; qu'elle fasse ses préparatifs ; elle et la Comtesse se rendront à Calais ; l'Angleterre recommence à ne plus être un séjour convenable pour des femmes ! »

— Que faire de ce pauvre rebeller murmura le Comte resté seul. — Je ne puis le mettre en hberté, et je ne veux pas qu'il meure. Hum ! il y a dans ces murs assez de place pour cacher un captif.

Page 1