SCÈNE VIII
Les Mêmes, GAILLARD.
Eh bien, est-il arrivé ?
PRUDENCE, lui montrant Médard.
Le voilà, monsieur I
VERPILLON, à .Médard, lui moulrant Gaillard.
Ton pèrel
MÉDARD
C’est ça, Papa ?
II n’est pas aussi laid qu’il pourrait l'être !
VERPILLON, poussant le maron vers Gaillard.
Embrasse-le! Presse avec enthousiasme ce Bourgeois qui va t’accabler de ses bienfaits!
MÉDARD
Oh! Papa! oh! Papa! (il l’embrasse, et lui met du plâtre sur son habit.)
O nature!... (a Médard.) Tu m’as sali... et je t’engage à te débarbouiller !
* Verpillon, Médard, Gaillard, Prudence.
MK I)A Hl).
Damo ! je me lave qùéqu’ fois le dimanche!
Co n’est pas assez! Songe qu’il faut que tu deviennes un jeune homme très-bien !
MÉDARD
Oui, Papa.
Ça no sera pas facile... car tu es légèrement arriéré!
MEDARD.
Pourquoi que vous ne m’avez pas envoyé chercher plus tôt?
Je t’ài laissé gâcher du plâtre, parce que l’homme qui gâche du plâtre... du moins je l’ai toujours observé... est en général beaucoup plus... Enfin, j’avais de puissants motifs!...
• ' VERPILLON, à part.
Il barbotte dans le plâtras!
Comment t’appelles-tu?
MÉDARD
Plaît-il ?
Dis-moi ton nom !
MÉDARD
Oh ! oh ! Papa !
Quoi?.Oh! oh! Papa!... Ton nom?
MÉDARD
Vous savez bien ... pisque vous ôtes Papa ! (nie pousse en riant.) PRUDENCE.
11 s’appelle Médard ! '
Médard!... J’aurais mieux aimé Anatole!... Enfin, Médard, si tu es sage, tu seras content de moi... Je te donnerai tant par mois pour tes menus plaisirs.
MÉDARD
Mes menus... quoi ?
Pour t'amuser, làl
MÉDARD
Alors, Papa, donnez-moi tout de suite une pièce de vingt sous!
Tu es pressé?
MÉDARD
Je les dois à une marchande de pommes de terre frites pour des petits verres.
verpillon *.
Vingt sous! Un homme comme ton père, ne donne pas vingt sous à son héritier présomptif ! Demande-lui cinq cent francs!
GAILLAR D.
Cinq cents francs! comme tu y vas!
VERPILLON.
Comment veux-tu que ton fils fasse figure... et soutienne son rang dans la société avec vingt sous?
Le fait est, monsieur, que vingt sous...
Allons, je veux bien, pour cette fois seulement... J’ai un billet de cent francs sur moi...
VERPILLON.
Cent francs, c’est mesquin **!
Tiens, Médard, prends- les; c’est pour t’amuser... mais no les dépense pas ! (il loi donne le billet de banque.)
MÉDARD
Du papier !
* Médard, Verpillon, Gaillard, Prudence.
** Verpillon, Médard, Gaillard, Prudence.
Ça vaut de l’or !
MÉDARD
Je .pourrait-t’y m’acheter une montre en argent?
VERPILLON *.
En argent?... Ton père ne le souffrirait pas !..„ Il se fera un plaisir de t’offrir la sienne !
Ah! non, par exemple! -
VERPILLON.
Tu refuserais à ton fils unique une malheureuse montre?
Malheureuse!... un chronomètre!
VERPILLON.
Sois donc grand, Gaillard!.., Sois donc gentilhomme!... Que ton fils puisse dire : « J’ai un père noble 1 »
PRUDENCE
Je vous assure, monsieur, que cela lui fera plaisir!...
MÉDARD
Ah I oui, Papa ** !
Allons, je le veux bien... pour cette fois seulement!... mais ne t’y habitue pas! (il lionne sa montre !i Médard.)
MÉDARD, la prenant.
Je la tiens!... Merci, Papa! (fl met la montre dans son gousset.) VERPILLON.
Avec cette montre, il ne peut pas rester vêtu comme il l’est!
C’est assez vrai !... Prudence, vous allez le conduire à la Belle Jardinière !
VERPILLON.
Oh! la Belle Jardinière ! Mon Dieu, Gaillard, que tu es rétréci!... Conduis-le toi-môme chez Ponadère!
* Médard, Verpillon, Gaillard, Prudence.
** Verpillon, Médard, Gaillard, Prudence. ,
SIÉR A U D.
Qui ça,Pomadère? Un parfumeur?
Au fait, il en aurait besoin aussi !. v
PRUDENCE
Monsieur, votre tailleur vous a rapporte ce matin un habillement complet; je crois que ça lui irait à ravir!
Eh bien , et moi ?
Tu t’en fefas faire un autre !
MÉDARD, à Gaillard.
Oui! tu t’en feras faire un autre! (a part.) Je le tnloye... c’est Papa!
gaillard.
J’espère Médard, que ta n’as plus rien à me demander?
MÉDARD
Papa, je voudrais bien déjeûner : j’ai apporté mon pain!
PRUDENCE
Ceci me regarde; dans un instant, je vous servirai moimême!... (Elle sert par lo fond.)