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CHAPITRE X

Départ de Glascow. — Arrivée à Stirliug. — Prise de cette ville. — Blocus de la citadelle. — Arrivée des renforts de lord Drummond. — Force de l'armée anglaise. — Le général Hawley. — Sa présomption.

— Il part d'Edimbourg pour aller attapuer les rebelles. — Arrivée de l'armée anglaise à Falkirk. — Charles-Edouard marche à la rencontre des Anglais. ' — Il se dirige sur une hauteur qui domine la plaine de Falkirk.— Le déjeuner du général Hawley. — Son retour auprès de son armée. — Il ordonne l'attaque. — Joie de Charles -Edouard. — Charge des dragons repoussée. — Ils sont mis en déroute , ainsi que l'infanterie. — Fuite rapide de l'ennemi. — Pertes de l'armée anglaise. — Fuite honteuse de Hawley. — Son arrivée à Edimbourg. — Charles-Edouard fait enterrer les morts. — Accident arrivé au jeune Glengary. — Trait de mœurs des montagnards.— Retour à Stirling. — Vaines tentatives pour réduire la citadelle. — Désertion d'une partie des montagnards après la bataille de Falkirk. — Le duc de Cumberland va prendre le commandement de l'armée d'Ecosse. — Son arrivée à Edimbourg. — Il marche sur Stirling.— Charles-Edouard lève le siège de cette place. — L'armée jacobi te se retire sur Inverness. — Séjour de Charlec- Edouard au chiteau de Moy. — Tentative pour l'enlever. — Elle échoue par la ruse de lady Mac-Iutosh. — Prise d'inverness par Charles-Edouard. — Arrivée de lord Georges Murray.

— Retour des montagnards déserteurs. — Force de l'armée jaool)ite.

— Espérance qu'elle fait concevoir. — Arrivée de six mille Hessois.

— Retour du duc de Gumberland à Edimbourg.

Charles-Edouard s'arrêta huit jours entiers à Glascow, pour donner à ses soldats un repos dont ils avaient un si grand besoin après avoir parcouru cinq cent quatrevingts railles en cinquante-six jours de marche. Le neu-

\ième jour, l'armée se mit en route pour Stirling, où elle arriva le 5 janvier. La ville et la citadelle étaient occupées par les troupes du roi Georges; la ville se rendit après deux jours de siège, mais la citadelle refusa de capituler, et Ton se contenta de l'investir, sa garnison étant trop faible pour inspirer une crainte sérieuse, et trop bien retranchée pour exposer la vie d'une foule de braves gens qu'il aurait fallu sacrifier pour s'en rendre maître.

Les renforts amenés par lord Drummond rejoignirent le prince à Stirling, et son armée se trouva alors plus forte que l'armée anglaise actuellement en Ecosse. Celleci comptait environ dix mille hommes cantonnés à Edimbourg, sous les ordres du général Ilawley, qui remplaçait à la fois le feld- maréchal de Wade, mis de côté à cause de son âge, et le général Cope , jugé incapable depuis sa défaite de Preston-Pans.

Le général Hawley n'était pas moins présomptueux que sir John, et il parlait avec un égal mépris de la milice sauvage des montagnes, et de ce général, qui n'avait pas su les vaincre. Dans son impatience de détruire ce ramassis de rebelles , qu'il se vantait d'anéantir du premier choc, il ne voulut pas attendre les renforts qui lui étaient annoncés, et il partit d'Edimbourg le 16 janvier avec les dragons du régiment de Cobham. Avant de quitter la ville, il fit élever cinq potences, promettant aux whigs qu'ils y verraient , à son retour, figurer cinq des principaux chefs de la rébellion. Il s'était fait précéder par son major général Ilask, qui rencontra lord Georges Murray, venu en reconnais-

sance jusqu'au delà de Linlithgow. Murray se replia sans combattre sur Falkirk , où l'armée anglaise arriva le 17 et campa dans la plaine.

Hawley ne doutait point que son approche ne suffît pour faire le lever le siège de la citadelle de Stirling; il pensait que Charles -Edouard ne l'attendrait pas, et qu'il chercherait à gagner les montagnes. Il se préoccupait déjà des moyens de le poursuivre et de l'atteindre avant qu'il eût pu se réfugier dans le pays haut, où il eut été plus difficile de suivre ses traces. Le prince ne tarda pas à lui enlever ce souci. Laissant mille hommes pour bloquer le fort de Stirling, il s'avança jusque dans la plaine de Falkirk à la rencontre des Anglais. En route, il annonça à ses officiers qu'il était résolu à livrer bataille, et il prit toutes ses dispositions en conséquence. Apercevant un terrain qui dominait la plaine de Falkirk, et que les Anglais avaient négligé d'occuper, il y dirigea le gros de son armée. Cette position était d'autant plus avantageuse, que le vent ce jour- là soufflait avec violence du sudouest , et que la pluie qu'il amenait avec lui frapperait les Anglais au visage, tandis que les montagnards la recevraient par derrière.

Tandis que Charles -Edouard rangeait son armée en bataille et se préparait à combattre, le général Hav/ley déjeunait tranquillement dans le château de Callander, où l'avait invité la comtesse de Kilmarnock, l'épouse d'un des chefs de l'armée jacobite. Cette circonstance n'avait pas empêché le général d'accepter l'invitation de la comtesse, et il était en train de faire honneur au splendide festin de la femme jacobite, quand un messager

Yint lui annoncer de la part de ses officiers qu'ils allaient être attaqués. Hawley, qui ne pouvait supposer que le prince eût l'audace de prendre l'offensive , ne voulut pas croire à ce qu'on lui disait; il renvoya durement le porteur de cette nouvelle, le traitant d'importun qui venait le déranger au milieu de son repas pour queljue fausse alerte. La comtesse de Kilmarnock feignit d'être de l'avis de son hôte, et redoubla d'instances pour le retenir plus longtemps. Ce ne fut qu'à un troisième message qu'il se décida à se lever de table et à aller voir ce qui se passait. En sortant du château, il rencontra des habitants de la campagne qui fuyaient dans toutes les directions, pour éviter de se trouver entre deux armées prêtes à s'entre-choquer. Il entendait le roulement des tambours retentissant sans interruption, et quand il arriva, il vit ses soldats sous les armes qui accusaient la lenteur de leur général.

Quand Iluwley parut dans la plaine, Charles -Edouard manœuvrait, comme nous l'avons dit, pour s'emparer du tertre qui la dominait. Le général anglais, devinant son intention, fit partir à la hâte des dragons pour occuper eux-mêmes celte position, oii déjà se montraient quelques montagnards. Ilawleyse mit lui-même à la tête de ses fantassins pour soutenir sa cavalerie, et se fit suivre par son artillerie; mais les canons s'enfoncèrent dans une fondrière d'où il fut impossible de les tirer. L'orage, comme l'avait prévu Charles- Edouard, commença à éclater, et la pluie qui tombait à torrents était poussée par le vent dans le visage des dragons , qu'elle aveuglait; en même temps ils se trouvèrent arrêtés par

un marais situé au pied de la hauteur où les Highla^ders prenaieiit position et déployaient leurs colonnes sans rencontrer d'obstacles.

Le plateau élevé sur lequel était rangée l'armée jacobite, à un mille sud-oue^t de Filkirk, a reçu dès lors le nom de Champ-de-Bataille (Battle-Field) , et le ruisseau qui y prend sa source et va se jeter dans le Carron a été nommé Redhurn,ou ruisseau rouge.

En se voyant au moment de livrer bataille aux Anglais, Charles-Edouard parut tel qu'on l'avait vu avant la retraite de Derby; la tri-tesse et l'abattement avaient fait place à une audace chevaleresque qui brillait dans ses yeux, qui éclatait dans ses gestes et dans ses paroles, et inspirait un v'f enthousiasme à ceux qui l'approch lient. La même ardeur animait le dernier soldat comme le prince ; et lord Georges Murray eut beaucoup de peine à obtenir des clans qu'ils n'attaqueraient pas les dragons arrêtés au bord des marais, et qu'ils les laisseraient avancer à portée de leurs mousquets. Heureusement ils n'eurent pas longtemps à attendre.

Hhwley fit faire un détour à ses dragons, et lança les trois régiments de cette arme qu'il avait à ses ordres sur le plateau occupé par lesHighlanders. Celui qui marchait en tête était le même régiment qui avait fui si lâchement à Preston - Pans , et dont le colonel Gardiner s'était fait tuer bravement à la tête d'un corps étranger. Il était alors commandé par le colonel Ligonier, brave officier d'origine française : mais que pouvait le courage d'un chef sur une troupe dénioralisée? A peine ses dragons eurent- ils essuyé la première décharge des monta-

gnards, qu'ils tournèrent le dos et s'enfuirent à toute bride. Le régiment de Cobham imita celui de Ligonier j seulement il conserva un meilleur ordre dans sa fuite , qui n'en fut pas moins précipitée. Le troisième régiment osa seul charger sérieusement les montagnards sous la conduite de son lieutenant-colonel Wilhney. Cet officier fut tué dès le commencement de l'action, et ses dragons se jetèrent sur les rangs ennemis pour venger sa mort; ils renversèrent et foulèrent quelques hommes, entre autres le chef Clanranald ; mais les montagnards de la seconde ligne, se glissant sous le ventre des chevaux, les poignardaient et avaient facilement raison des ca- "valiers démontés. Enfin vint le tour de l'infanterie anglaise; elle allait s'avancer au pas de course, quand les Macdonalds se précipitèrent sur elle et ne lui donnèrent pas le temps de décharger ses fusils. Déjà ébranlée par la fuite des dragons , elle fut facilement mise en déroute.

Cependant deux régiments de ligne, soutenus de quelques dragons qui s'étaient raUiés derrière eux, rétablirent un instant le combat à l'extrémité de l'aile droite anglaise, et, comme ces troupes dépassaient de beaucoup l'aile gauche des montagnards, elles auraient pu reconquérir la victoire ou du moins la disputer glorieusement. Mais Charles -Edouard, ayant vu cet incident du haut du plateau où il se tenait avec sa réserve, fondit sur l'aile droite des Anglais et les eut bientôt forcés à la retraite.

Ce dernier mouvement termina le combat, qui n'avait pas duré un quart d'heure. On voulut en vain

poursuivre lenDemi; sa fuite avait été si rapide, qu'on ue l'aperçut nulle part , et qu'on craignait quelque ruse de guerre ayant pour but d'attirer les vainqueurs dans une embuscade : cette crainte sauva les vaincus. D'ailleurs la nuit était arrivée, et bientôt on apprit que le général Husk avait eu le temps de faire retraite en assez bon ordre avec les dragons de Cobham et les débris de Faile droite. A sept heures du soir il avait déjà atteint Linlithgow, à dix milles du champ de bataille. Il était donc impossible de songer à la poursuite , et il fallut se contenter de ce que l'ennemi avait laissé dans son camp et sur le champ de bataille , tentes , munitions , armes , canons, étendards, etc.

Dans ce combat, les Highlanders n'avaient perdu que quarante hommes tués; le double avaient été blessés : les Anglais avaient eu près de six cents hommes tués , dont trois lieutenants -colonels et neuf capitaines; les blessés et les prisonniers s'élevaient à peu près au même nombre, ce qui portait la perte totale des Anglais à douze cents hommes environ .

Le général Hawley, si présomptueux, si outrecuidant avant la bataille, désespérant de rallier les fuyards, s'était mis lui-même à leur tête. En traversant la petite ville de Falkirk , il fit tomber sa rancune sur une croix de pierre élevée au milieu de la place publique , et la mutila avec son épée : exploit bien digne d'un homme qui, sous prétexte qu'il était philosophe, se vantait de ne pas croire en Dieu. Quand il arriva à Edimbourg, le bruit de sa défaite l'y avait précédé. Les whigs étaient consternés. Ilawley eut l'impudence de publier dans les

journaux qu'il avait battu les rebelles, mais que l'orage l'avait forcé de sacrifier son triomphe à la conservation de ses troupes, qu'il avait préféré r.unener saines et sauves à Edimbourg. — Pour explicjuer la perte de ses canons, il fit dégrader publiquement le comnaanilant de son artillerie, qui, il est vrai, avait fui sur un cheval détaché par lui-même d'un caisson, maisi,qui n'était pas plus coupable, après tout, que son général. Du reste, comme on le pense bien, la conduite d'IIiwley fui promptement jugée pir la partie éclairée du public et par les hommes compétents. On lit dans une lettre écrite d'Edimbourg, le 22 janvier, par le général Wiglitman, le passage suivant :

« Le général Hawley est dans la situation du général Cope. On ne l'a pas vu sur le champ de bataille pendant l'action. Tout aurait été perdu comme à Preston-Pans et pire encore , si le général Hu^k n'avait agi avec autant délaient que de courage en se montrant partout. Ilawley paraît sentir sa mauvaise conduite. Quand je le vis same n matin à Linlilhgow, il avait un air bien misérable, plus misérable que Cope , deux heures après sa déroute, quand je le vis à Fala. »

Le lendemain de la bataille, Charles- Edouard fit ensevelir les morts : on creusa une fosse immense, oiî ils furent déposés pêle-mêle, excepté quelques officiers de distinction, qui reçurent dans le cimetière de Falkiik des obsèques particulièies. Pendant qu'on rendait ces tristes devoirs aux morts , un fâcheux accident causa de nouvelles funérailles, que le piince lui-même honora de sa présence. Voici cette anecdote, que nous i eproduisons,

parce qu'elle offre un des traits de mœurs des montagûards écossais de celte époque.

Un montagnard du dàu Ranald, voulant nettoyer une carabine qui lui était échue en partage lîans la distribution des dépouilles du champ de bataille, en avait déjà extrait une balle : il eut le malheur de décharger celte arme par une fenêtre aupiès de laquelle était un groupe d'ofOclers : une seconde baie était dans le canon et alla blesser le jeune Glengary, qui mourut une heure après dans les bras de ses amis, en les suppliant de ne pas exiger que le sang fût le prix du sai^g, jersuadé comme il l'était .le l'inuocence de l'auteur de sa mort. La loi de sang pour sang était inexorable dans l'opinion des Highlanders : Clanranald eût voulu vainement protéger la vie de son vassal. Le clan refusa de le livrer aux Glengarys , mais pour se charger en famille de son su[plice : il fut fusillé. On dit que son propre père tira sur lui , sachant bien qu'il n'y avait plus d'autre service à rendre à son fils que d'abréger son agonie (1).

Charles donna des larmes au jeune Glengary, et dans la cérémonie des funérailles il porta un des coins du manteau qui servait de drap mortuaire au jeune chef écossais.

Ces pénibles devoirs accomplis, Charles -Edouard ramena son armée à Stirling et recommença à presser le siège de la citadelle. Il perdit un temps précieux dans de vaines tentatives , et , après plus de trois semaines f m-

(1) Home, Flisiory of the rébellion, cité et traduit par M. Amédée Pichot. ♦

ployées à construire des batteries, on reconnut qu'elles étaient mal calculées et ne produiraient aucun effet. Dans l'intervalle, son armée avait été diminuée de moitié par l'absence des montagnards, qui, après la victoire de Falkirk, étaient allés, selon leur usage, porter leur butin chez eux. D'un autre côté, les fuyards anglais s'étaient ralliés à Edimbourg , des renforts leur étaient arrivés de l'armée de Wade , et le duc de Cumberland était chargé du commandement en chef des troupes anglaises réunies en Ecosse.

La retraite de Derby avait rendu le courage à Georges II et à ses partisans. L'extinction complète de la rébellion ne paraissait plus qu'une affaire fort simple, et, après la prise de Carlisle , le duc de Cumberland l'avait abandonnée à des généraux d'un rang inférieur, comme une opération indigne d'occuper un fils de roi ; mais après la bataille de Falkirk on comprit que ce n'était pas trop de toutes les forces du royaume dirigées par un prince du sang pour triompher du jeune prèlendant. Le départ du duc fut donc immédiatement décidé et effectué. Quatre jours après il arrivait à Edimbourg (30 janvier 1746).

Après quelques heures de repos dans le lit que Charles- Edouard avait occupé à Ilolyrood , le duc de Cumberland réunit autour de lui les principaux officiers de l'armée , s'occupa activement de régler les opérations de la campagne, reçut aussi les magistrats et les notables delà ville pour stimuler leur zèle ; et le soir, dans ces mêmes salons où le dernier des Stuarts avait reçu tant d'hommages, le nouveau prince voulut à son tour avoir une cour et une fêle, où furent conviées les dames du parti Nvhig.

Dès le lendemain , le duc de Cumberland se mit en route pour Stirling. Il avait sous ses ordres dix mille hommes, qu'il divisa en deux colonnes. Charles-Edouard, à l'approche de l'armée anglaise, leva le siège de la citadelle de Stirling, qui vingt- quatre heures plus tard se serait rendue à lui. Malgré l'infériorité numérique de son armée , il voulait livrer bataille aux Anglais ; mais , comme à Derby, son opinion dut céder devant celle des chefs , qui jugèrent plus prudent de se retirer dans les montagnes, où ils seraient bientôt rejoints par les soldats absents depuis la bataille de Falkirk , et où d'ailleurs ils pourraient facilement, même avec leur armée telle qu'elle était réduite, écraser les troupes anglaises si elles osaient les y suivre.

Il fallut donc encore songer à la retraite. Les canons furent encloués, et l'on fit sauter le magasin à poudre. Le 1" février, l'armée jacobite alla coucher à Dumblane, le lendemain à CriefF, et le 3, après un conseil de guerre , elle se dirigea en deux corps sur Inverness , lieu fixé pour le rendez-vous général. Le premier corps, sous les ordres du prince, suivit la route directe; le second , commandé par lord Georges Murray, prit par les comtés d'Angus et d'Aberdeen, en longeant les bords de la mer.

La ville d'Iaverness , située sur les bords de la mer, au fond du golfe de Moray ou de Murray, était considérée comme la capitale des Ilighlands; mais elle était alors au pouvoir d'une garnison anglaise d'environ deux mille hommes , commandée par lord Loudon , lieutenant général au service de Georges II. Charles-Edouard, arrivé

à dix millos de cette ville, jugea convenable (l'altendre lord Georges Murray avant de chercher à s'en emparer. Son corps d'armée se cintonna dans les environs , et luimême reçut l'hospitalité dans le château de Moy, appartenant à lady Mac-Iiitosh, une des héru'iues de son parti. Sachant que l'habitation qu'il avait choisie n'était entourée que de gens dévoués, le prince attendait sans inquiétude l'ariivée de son lieutenant général ; mais cette sécurité faillit lui devenir funeste.

Lord Loudon, instruit par ses espions du peu de précautions prises par Charles -Edouard, résolut de tenter, par un coup de main hardi, de s'emparer de sa personne, et de terminer ainsi la guerre d'un seul coup. Profitant d'une nuit obscure, il se mit à la tête de quinze cents hommes choisis dans la garnison, et se dirigea le plus secrètement possible vers le château de Moy, de manière à y arriver entre onze heures et minuit. Pour plus de précautions, il avait eu soin , avant de sortir de la ville, d'en faire fermer et garder les porter, afin que personne de l'intérieur ne pût donner l'alarme ; mais ce fut une précaution inutile. Ui.e jeune fille dt; qurttoze ans, ^iont le père tenàl une taverne, ayant futendu des officiers anglais parler entre eux de leur expédition nocturne , réussit à s'échapper de la villo avant la fermeture des portes, et courut jusqu'au château de Moy avertir lady Mac-Intosh du péril qui menaçait Charles -Edouard. Lady Mac-Intosh, dédaignant d'en prévenir son hôte, fît poster sur 1 1 route environ douze de ses serviteurs , leur donnant pour chef le forgeron du clau, homme déterminé et plein de ruse et d'audace. Il distribua scg ca-

marades à des distances considérables les uns des autres, et, quand l'ennemi fut à portée de fusil, ils firent feu sur le prenaier peloton de divers côtés et à des intervalles inégaux ; pendant ce temps - là , le forgeron ne cessait de crier: ce A moi, Lochiel ! à moi, Macdonald ! voici les Anglais qui voulaient nous surprenidre, » L'avant-garde de lord Loudon recula épouvantée, croyant avoir tous les montagnards sur les bras, et ses quinze ceîjts hommes firent une retraite précipitée jusqu'à Inveruess (1).

Le lendemain, le prince prit une revanche sérieuse de la tentative avortée de lord Loudon; il marcha sur Inveruess, dont il s'empara, et força lord Loudon à se retirer au delà du golfe de Moray, dans le comté de Ross, où il fut poursuivi par le duc de Perth, et réduit à se réfugier dans l'île de Skye.

Deux jours après la prise d'Inverness , le fort de cette ville se rendit et fut rasé , à la grande satisfaction des Highlanders. Pendant ce temps-là, lord Georges Murray avait rejoint le prince, et les soldats absents depuis Faikijk revenaient en foule sous les drapeaux, amenant avec eux de nouvelles recrues; toutes les côtes du golfe de Moray étaient soumises au parti jacobite , ainsi que les Highiands à cent milles de distance d'Inverness. Charles-Edouard compta bientôt un nombre de troupes assez considérable pour rouvrir la campagne; tous les forts furent peu à peu enlevés aux Anglais ; si les nouveaux secours d'hommes , d'argent et de munitions pro-

(1) M. Amédée Pichot, Hist. de Charles-Edouard, t. II, p. 213 et 214.

rais par la France arrivaient, on pouvait se flatter de battre au printemps le duc de Cumberland, ou de le laisser dans les montagnes pour marcher une seconde fois sur Londres. Ainsi paraissait justifiée l'opinion de ceux qui avaient conseillé la retraite de Stirling. En effet, l'armée du duc, entravée dans sa marche par les obstacles qu'elle rencontra dans la haute Ecosse , ne s'était pas avancée au delà de Perth. Là le duc ayant appris le débarquement de son beau- frère, le prince Frédéric de Hesse, au port de Leith , avec six mille Ilessois de renfort qu'il amenait , s'empressa de retourner à Edimbourg pour se concerter avec lui , laissant le champ parfaitement libre à Charles - Edouard pour fortifier sa position dans le comté d'Inverness et dans les comtés voisins.

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