‹ Le dernier Duc de GuiseChapitre 4 sur 12 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le temps était fort noir, et la mer menaçante ; mais Téqurpage avait le coeur ferme et banne contiance dans la fortune <hi prince. Quand le soleil se leva , les pîlotes» reconnurent les rochers de Terra»

cine près desquels se tenait une partie de la flotte espagnole. Le bruit lointain d*un coup de canon avertit Son Altesse qu'on avait aperçu «es voiles. Deux galères d'Espagne répondirent au signal et se ntfrent à'^a poursuite des felouques; mais )a violence du vent les rejeta dans le port de Gaïète , et , lorsqu'elles réussirent à re^ prendre le large , ^es barques françaises avaient déjà fait bien du chemin. Cependant ces galères en attirèrent d'autres à

leur suite ; Talarme se répandit jusqu'à Napies, et bientôt les abords de la côte furent entièrement sillonnés par des cha* loupes armées.

M. de Guise , pensant qu'il serait difficile d'achever le voyage sans une mauvaise rencontre, imagina un stratagème pour

dérouter l'ennemi. Il prit les devants avec sa felouque , en commandant aux six autres de former un groupe , afin de donner à croire, en cas de surprise , qu'il était au centre de la flottille. Le vieux, marin qui conduisait le prince , sentant l'approche du danger et la corde qui menaçai son cou, n'était plus aussi tranquille et regardait Son Altesse fort gravement en récitant ses prières.

— Est-ce que nous avons peur? demanda M. de Guise.

— Hélas! répondit le marin , il n'y a que la Vierge et les saints qui nous puissent garder d'un malheur.

— Grois-tu donc que je me serais mis en cette passe si je ne savais que le ciel est pour moi ? Va sans crainte. Tu ne peux

mourir sans que je sois pris , et je ne dois point l'être.

Le jour baissait, lorsqu'on découvrit une galère sous le vent ; mais on la perdit bientôt de vue , à cause de l'obscurité. Le prince ayant fait plier les voiles, ce navire ennemi traversa au milieu des Français sans les voir. Pendant la seconde nuit » la mer alla toujours grossissant. Les felouques en souiTrirent considérablement. Celle du prince eut son gouvernail brisé ; on y suppléa du mieux qu'on put avec une rame, et la marche de la flottille ne fut pas arré* tée. Vers six heures du matin, on se trouva devant Ischia , tout près de quatre galères espagnoles.

— Jésus ! s*écria le pilote , nous sommes perdus ! qu'allons-nous faire ? .

— Marche tout droit sur la capitane, dit M. de Guise.

Quand ils furent à portée de la voix, une sentinelle leur cria :

— Qui êtes-vous?

— Un courrier pour le vice-roi ! répondit le prince.

-^ ÂTflncess mv ncms !

La felouque ne ehangea poii^ de direetioa: pendant le temps nécessaire pour concerter une manœuTre, pnis eUe tourna fiubUânenl eteîDgla rer^NapIes* T^a sentinelle déchargea son mousquet ; une autre Fimita ^Uj eut un fen général. I/artillerie des torts joua au hasard. Les quai» et les kaitleurs se garnirent de monde, et lés NapoDtaiss acccNirurettC de toutes parts svr le rÎTageu Henri de Lorraine entra dans le pert au miUe» de la grêle des balles ennemies. Le prince, tenant d'un bras le mât de la felouque , agitait de l'autre son chapeau en criant :

— Guise ! Guise ! à moi , braves gens de Maples l

La barque fui bientôt hors de danger et Tînt toucher terre au faubourg de Lorette, où était le peuple. Le reste de la tlottille arriva de même sana avoir perdu un seul homme. Les applaudissements de la foule éclatèrent alors sur une ligne immense, ce qm était nn spectacle fort singulier. Don Juan d'Autriche y assistait de son vaisseau

amiral , et dès ce moineiil ilpriâ une grande estime pour renoemi qui venait de lui échapper par tant d'audace et de courage* Gomme on attendait H.iieGuiae à Naplea depuis troia jours ^ on lui ayait préparé une espèce de triomphe. On lui amena un cheval magnifiquement harnaché, sur lequel il fit son entrée. dans la Ytlle, En quelques instants, les rues où il devait passer fuf eokl ornées de tapisseries. Les femmes «gH^îent leiirs mpuchpirs» JDes enfants r tenant ûe$ branches d*arbre$» dansaient devant le cbevaK On brûlait de Tenoens à toutes les portes* Il y eut des rues entières où le payé se trouva couvert de tapis oiii de feuiUai;e$. Les fleurs, qui étaient rares en cette saison, pleuvaient cependant des fenêtres.

On is'embrassait dans les rues en se félicitant d'avoir un prince très-beau et d'un grand nom. Le cortège marcha jusqu'à Téglise des Carmes^ où la messe fut célébrée.

Bn quittant l'église , 'Henri de Lorraine trouva les chefs du peuple qui lui firent leurs soumissions. Il y manquait seulement

Gennare Annese, celui qui avait succédé à Masaniel. Annese envoya prier M. de Guise de le venir voir au tourjon des Carmes, où il demeurait enfermé.

M. de Guise passa bizarrement la matinée dans ce tourjon des Carmes. Il y mangea une cuisine détestable que la femme d*Annese prépara elle-même, avec des robes magnifiques, des diamants k son cou et des

pendants d'oreilles qui venaient de la duchesse de Matalone que son mari avait tuée. Les chambres étaient encombrées de richesses provenant des maisons pillées , et le prince vit tout cela d'un fort mauvais ceil , mais sans témoigner son déplaisir.

Son Altesse n'était pas aul>out. Un chef populaire , nommé Louis del Ferro , et qui était plus d'à moitié fou, servit à table comme un valet , et , se mêlant à la conversation,*disait mille ordures. Le dîner fut interrompu par l'arrivée d'un boucher, qui «'en vint accuser Annese de trahison et qui

leva son couteau en déclarant qu'il le voulait tuer. D'autres bouchers étaient aux

portes, criant ^u'on leur jetât sa tête par

la fenêtre* I]D bandit, appelé Michel de San- ^ tis , entra brusquement et demanda pourquoi on ne Tavait point invité. Pour le premier jour, M. de Guise voulut bien supporter ces împerlinences ; il fit même en sorte de mettre tous ces misérables d'accord; mais il sortit du tourjon des Carmes avec un grand dégoût et le dessein de se débarrasser bientôt de ces canailles.

Ayant pris possession du palais de l'ancien gouverneur, Henri de Lorraine se composa un état-major des nobles qui n'avaient point encore fui de la ville, et le nombre n'en était pas fort grand. II s'informa ensuite de l'état des finances , des provisions et du nombre des troupes armées. Il trouva les choses bien au-dessous de ce qu'on lui avait annoncé. Les chefs ^*étaient partagé le trésor; les marchés ne contenaient guère de vivres ; la plupart des soldats n'avaient que de méchantes armes et point de poudre. Quant à la discipline, elle n'existait pas; chacun abandonnait son poste ou passait, à sa fantaisie, d'une troupe dans l'autre , ou même s'en retournait chez lui

S4D9 «teniander de permiMîon à ses ehefa.

M. de Guise ne s'aveugla point sur les difficultés ^u'il avait à surmonter. Il vît les Espagnols entourant la place et fermant les portes» des vaisseaux gardant la mer, l'en^ nemi nombreux et approvisionné , la ville roenacéed'unedisette;et, pour lutter contre tant de dangers, il n'avait qu'une armée en guenilles, malaisée à conduire, point d'argent ni de munitions, un peuple turbulent et extrême dans ses passions, qui l'adorait aujourd'hui et pouvait l'abandonner demain ; avec cela , pas un officier intelligeiit et pas un bataillon régulier. 11 comprit que, pour établir sa puissance, il fallait d'abord anéantir celle des chefs, sans fàchét* le peuple, ce qui demandait de la priKlenoe et de l'énergie. I) fallait aussi mettre fin au blocus , emplir les magasins de provisions et obtenir de la France l'envoi d'une flotte. Le premier soin de M. de Guise fut de sa faire connaître aux gens de Naples, de visî^ ter à cheval tous les quartiers de la ville et de passer en revue les troupes. Il eut quei^ que plaisir à recevoir de si vifs témoignages

d'ftmourf qu'on n*aursut pu faire éaTftotage $'i\ eût été un Dieu.. On se prosternait de^ Tant lui sur scwi passage en l'aotablant de bénédictions; les malades lui venaient de^ nan<ler de leur imposer lea mains. €*était comme une fête universelle. Annese, qui en sentait de la jalousie , accompagnait 1»

prince sur un beau cheval noir qu'il ne sayait point coiMiuire, et caracolait en grande parade , sans vouloir se tenir au second rang. Il Gt tant que sa monture W jeta par terre et que le peuple se moqua de lui. Louis del Ferro courait à pied*, en tête 4u cortège, avec une perruque en crins de cheval, comme une furie, et»

soit par joie ou par folie, donnait aux passants des coups d'épée. Il en blessa plusieurs. H. de, Guise , perdant patience , l'appela sot devant tout le monde en lui commandant de se retirer. ,

Arrivé sur la place de la Concherie , le prince trouva une troupe de.oes vauriens qu'on appelait lazares. Us étaient conduits par Michel de Santis. Ce bandit s'avança devant le cheval du prince :

— Altesse, dil-ilr à haute voix , jç vous demande , au nom du peuple , pourquoi vous avez donné à un Français la garde de la porte d'Âlbe.

La foule du populaire tourna aussitôt les yeux vers M. de Guise pour voir comment il ferait sa réponse et s'il se laisserait perdre le respect.

— Maître Michel ^ répondit le prince , je donnerai ici les commandements comme il me plaira de le faire et à qui bon me semblera. Ce n'est pas à vous que j'en rendrai compte, mais^au conseil, quand il y en aura un. Si quelqu'un trouve mauvais ce que j'ordonne, il peut le dire ; je l'enverrai pendre tout droit.

— Je ne suis pas de ceux que Ton envoie pendre. Je suis un chef du peuple , et j'ai là six cents hommes qui m* obéissent. C'est plutôt mol qui vous couperai la tête, comme à Philippe Caraffa.

Michel remuait en l'air un couteau avec des gestes de forcené ; mais le duc l'interrompit dans cet exercice en poussant sur lui son cheval, et le renversa rudement par

terre. Le bandit passa aussitôt de l'iaso" lence à la prière, avec une soudaineté par-* ticulière aux Napolitains.

— Grâce ! grâce ! Altesse , criait-il à genoux. Ne me faites pas pendre. Je ne dirai plus rien. Je suis votre serviteur.

— Relève-toi, dit M. de Guise. Je te pardonne pour cette fols ; mais que ce soit la dernière.

Puis, se tournant vers les lazares :

— T a-t-il encore ici un drôle qui ait à parler ? demanda-t-il avec une figure terrible.

Un autre chef, apothicaire de son état et qui était un des plus féroces de ces bandits , se plaça devant Michel.

— Moi, dit cet homme; je ncTeux pas que les portes soient données à des Français.

Avant qu*il eût achevé , le duc lui brisa sa canne sur la tête.

— Pardonnez ! pardonnez , Altesse ! cria Tapothicaire; c'était pour badiner. J'aime Votre Seigneurie comme les autres , et je lui veiix obéir.

Le Tatirien baisait les pieds du prince et pleuraU de tous ses yeux. ï^e peuple applaudissait et s'émerréfllaft du courage de M. de Giiise.

• 0*1 bourgeois s'avança , et , prenant Tapothicaire au collet , déclara que cet hiômme lui avait pillé, le matin, sa maison avec six autres la^Kares qu'il déisigna.

M. de Guise fit un| signe à quatre de ses gentilsfaomiiies français , qui arrêtèrent les s*x lazares et leur prirent leurs armes.

— Que cesscélërats soient penthis avant une heure , dit le prince.

9Êt , s^adress^nt à la troupe tlégtienîllée :

— Rendez-vous au quai de Saiwte-Loretle , et attendez-y mes ordres. Le premier de vous qui en bougera sera fusillé.

Les bandits firent retraite, sans murmu* rer, au milieu des huées du peuple et des bourgeois , qui étaient charmés de voir enfin leurs vies et leurs biens à Fabri du pillage. M. de Gtirse accorda pourtant la gràee des six lazares , et les envoya porter à leurs camarades des paroles moins dures.

Les officiers de Tétat-major ne pouvaient revenir de leur étonnement.

— Sav€z-vous , Altesse , dit Tun d'eux , <]ue vous <ridc|«uez beMicoup en traitâtit mmsi ces êtres sauvages?

-^ Apprenez , répondit le duc , que le ciel , en se donnant ]k peine de faire uii homme «de ma qualité, a soin de lui mettrte entre 4«s yeux quelque ch09e que la ^btmillevie peut soutenir.

— sPâir le Chrîsti dirent les Napolitain»

entre eux, nous avons justement ie vnaittd «pn'il n^us faikit.

M. de >G«îse nlgnorait pas s quelles gen»

il s'adressait^ Le peup4e àe Na{>les toi était eohmi^ il savait bien que^ sion ne réprimé pas tout d'abord son inso>ence , oh ne is'eii Iftit pius obéir^ tandis qu'àtec des coups et de sévères paroles , on le mène comme on vent.

ii» portie^'Àlbe avait été confiée ^u ^kfàt 4e€érisa;ntes ^ ^geMiihonnM ùcmné à H. de CMm parité mai^quis ée Fmtenay. SmAl^ tes»e trouva aru palais «m etivt>yé de teéri*^ suntes cftfi vtetiait anfioncet* imé réiiyKe. Les soldats ti^ntoutoient point s^ ^Outhefti^e à un Françaii5,àinoin8 qu'on ne leur payât

rarriéré de leur solde. Le duc courui en hâle au Heu du tumulte. L'affaire était sérieuse. Les mutins , assemblés sur une place, avaient chargé leurs mousquets et s'allaient répandre dans la TÎUe pour pilleré Du plus loin qu'ils virent le prince et sa suite , ils soufflèrent sur leurs mèches et se disposèrent à tirer sur lui. M. de Guise fit arrêter ses gens et Vapprocha seul du groupe des révoltés.

— Il faut pourtant qu'on m'obéîsse, leur dit-il. Le peuple ne m'a pas appelé de Rome pour que des bélîtres comme vous me donnent du souci. Qu'est-ce que vous demandez ?

— De l'argent ! de l'argent ! crièrent les soldats.

— Je voulais vous en envoyer aujour^ d'hui ; mais , puisque vous vous êtes mutinés, vous ne l'aurez que demain, et, si vous ne rentrez à vos rangs tout à l'heure, c'est du plomb qu'on vous mettra dans la tête.

Si tout le monde était aussi turbulent que vous ici, je partirais ce soir pour la France^ et, quand les Espagnols vous auraient pas'

ses au fil de l'épée ^ je dirais que vous l'ayez mërilé.

— De Fargent! de Targent! répétèrent les mutins.

-r-- J'ai promis que j'en distribuerais demain. Lequel de tous ne se veut pas fier k ma parole ?

— Moi I dit un soldat en s'avançant.

M. de Guise lui asséna sur la tête un coup de canne si violent, qu'il retendit aux pieds de son cheval.

— Qui est-ce encore qui ne veut pas me croire?

— Moi ! dit un autre soldat en brandissant un épieu de fer.

Le prince lui déchargea un de ses pistolets dans la poitrine et le tua sur la place.

— Lequel encore? demanda' Son Altesse.

La troupe entière tomba aussitôt à genoux

en criant pitié ! à l'italienne. M. de Guise se montra plus dur cette fois que la première.

Il s'informa des instigateurs de la révolte, et en fit pendre sur l'heure deux des plus coupables. Le reste eut sa grâce, et tout rentra dans l'ordre. Le prince condamna

encore pluMjsurs pîMarcU c»^ «ddilieux à être pendus; mais , leur youlant pardomier, î^ passa eooiine par hasard av lieu du supplice et les fit relâcher. On loua fort , dans Na^ pies, cette conduite énet|H4^tt^^ ot Tautonté de M. de avise s'en trouva établie en peu de jours, de telle façon que personne u'eût osé lui résister. Les notables et les chefs du peuple s'asseiublèrent soleuBellement et nommèrent Henri de Lorraioe duc de la république , généralissime de ses armées et défenseur de sa liberté.

Les honnéies gens , voyant Son AHesse disposée à les protéger utilement, lui vinrent offrir leur argent et leurs bras. Ils lui eoiâppsèrent unegarde nombreuse et fidèle pour 9a personne; le duc ehoisit parmi eux les offieiers dont il avait besoin. Il fit crier par la ville qu'il recevrait à toute heure du jour les pétitions, et y donnerait réponse à l'instant même ; qu'il accorderait des audiences à qui voudrait lui parler, à son palais et en tous lieux où on le pourrait rencontrer. Dès cinq heures du matin il était debout. Une foule de solliciteurs assié-

( toi )

g^ait $69 ftati^Aambres. Des femmeft l'abordaient en pleine rue et jusque clans les ^iises , ou il allait entendre la me^se tous les jours. Sto secrétaire était san« cesse derrière lui récritQire à la main* Le prince sigaaît les pétitions sur les balustrades de la n,ef , sur le bord de sa chai^ ou le pommeau de sa selle. Le seul moment de repos qu'il eut dans la jouruée était celui du diuer, pendant lequel on lui jouajit une musique , la itjeilLeure qui fût en Europe , coma^e dit Saint-Yon daBs son mémoire.

M. de Guise avait surtout à cœur de ramener à lui la noblesse , qui ne s'était retirée de Naples qu'à regret, et voulait des Espagnols comme d'un pis-aller, il visitait souvent , dans ce dessein , le couvent des earoiéliles, où se tenaient les dames de qualité. Il les comblait de soins et leur facililail les moyen» de correspondre avec leura ma^is ou leurs frères,' bien qu'ils fusAsp^l parmi les Espagnols j comme il s'était mil le mieun du wimi^ i^vec ces

jdlïm^ , elles dis^^ient à leurs foraill^s lout le bien imaginable sur les qualités aima-

blés, la courtoisie et le beau caractère de Son Altesse.

La noblesse en émigration établit par ce couvent une correspondance avec le prince pour le remercier de la protection accordée à ces dames. M. de Guise écrivait aux premiers et aux plus puissants , les priant de revenir dans leurs maisons, de prendre part à son gouvernement et de lui apporter le secours de leurs lumières. Sans oser en- <;ore se rendre à ses invitations , les nobles lui promirent de rentrer bientôt et de l'avertir en dessous main, par le couvent, dés projets des Espagnols contre la ville.

Âfln d*étre aussi agréable au peuple, M' de Guise fit chercher la veuve de Masaniel , et lui donna une grosse pension , des servileurs et un palais, ce qui produisit un excellent effet. Le prince allait tous les matins voir les travaux des fortifications, de sorte qu'en peu de jours les bastions et les portes furent à l'abri de toute surprise. Des bandes s'étaient établies dans les montagnes et inquiétaient fort les derrières de i'ariAée espagnole. On citait parmi leurs

chefs un peintre nommé Salvalor Ro8a,qui était un fort batailleur et un artisle ha* bile ; mais ses tableaux ne furent en grande estime qu*après sa mort. Le duc répondit gracieusement aux offres de service que ces brigands lui firent; maïs il n'eût voulu pour rien au monde les recevoir dans ses murs.

Un matin, après avoir entendu la messe, !M. de Guise retournait au.palais ducal pour présider une assemblée des chefs notables, lorsqu'une femme, qui vint arrêter sa chaise , l'avertit qu'on le devait assassiner comme César.

— Ne craignez rien, répondit-il ; je cens que mon heure n'est point sonnée.

- Le prince eut soin , à son retour au palais, de tenir ses gardes à portée de la voix , et de mettre derrière lui trois gen> tilshommes français d'un courage et d'un dévouement éprouvés. C'étaient les chevaliers de Rouvrou , d'Orillac et de la Taillade.

Dès son entrée dans la salle , Son Altesse aperçut un groupe de gens à mines mau«

▼aises. Un avoeat , nommé Thomas Basso, qui était au nombre des eonspirateups , prit la parole. Il fit un discours adroit et captieux où il déclara que la république n'ay^it pas entendu se donner un roi ; que Son Altesse devait s'expliquer, et que dV bord on devait composer un sénat pour contrôler les mesures du prince et gouver* ner d*accord avec lui. M. de Guise répondit qu'on ne pouvait composer un sénat sans la noblesse , qui était absente ; que, daD$ toutes les républiques , il fallait , aux mo* ments de crise où Tennemi était aux por* tes , confier l'autorité entière à un seul homme; que, pour lui , il ne croyait point avoir encore rien fait qui passât son pouvoir de généralissime des armées.'Son Altesse parla le mieux du monde pendant une heure entière , en déployant son aàx noble et loyal qui lui gagna tous les cœurs.

L'assemblée applaudit fort ■. à se^ paroles éfoquenles et mesurées. Les conspirateurs se levèrent alors et dirent que, si le prinee ne voulait point tromper te peuple, il ne refuserait pas d'exposer devant le conseil

^1 ^. qu'il avait df^eein d'eatrepreadre fiQiir 1^ ^alut de rÉtat , el q^*aii|$i on lui pourrais ^onoer des avis en aUen^ant la rorniatioa du «éaai.

-^ Rien de plus légiUm^^ répondit M. de Guisie : vous êtes mt^Si conseillera jusqu'au DEioi<«(ent où la nabje^se reviendra ; je veux qiu'on vous traite conune si ?ous éti^ d/es fénatews.

Le prince appela ses gardes , quiae vannèrent le long des murailles.

^— Quand measieura les notablea vien^* dront me voir, leur dit^il, vous leur rendiez les hofineurs n>ilit aires.

"•-^ Il ne doit pas entrer de soldats ici , crièrent les conjurés; oi^ nom veut violenter ! A bas le tyran !

M. de GuiV« ^^ns s'émouvoir, fit uaaigne à les gens qui >armèrent leurs mousquets , et les ivois gentilshommes debout à son fauteujl tirèrent leurs épées« Les turbulents se calmèrent admirablement k cette simple mancpuvre.

T^ Messieurs les notables » repriC le duc avec sa bonne grâce française, je vous der

mande pardon d'introduire mes gardes dans cette enceinte ; ce n*est point pour jouer le tyran ni pour usurper des titres dont je n'ai pas besoin, mais seulement pour me garder des poignards de quelques ambitieux qui veulent faire les tribuns et ne sont au fond que des voleurs. Je savais leurs intentions avant d'entrer ici ; ces petits Brutus en veulent à notre argent : faut-il les appeler par leurs noms ? Ce sont maître Basso l'avocat, Vincent d'Ândrea , Pierre Damico ; tous gibiers qui ne peuvent échapper à la potence. Je ne les y enverrai pourtant pas encore cette fois; je leur épargnerai la honte d*étre fouillés et traités comme des assassins. Voyez-les baisser les yeux et se troubler ! Eh quoi ! vous ne pouvez pas même supporter mes regards , et vous me vouliez tuer autrement que la nuit et par derrière! Assuréïneht, vous n'y songiez pas.

Messieurs les notables, je vous le dis une fois pour toutes : les Napolitains m'ont fort honoré en m'appelant pour les tirer du \yéT\\ ; mais, s'ils ont de moi quelque ombrage , demain je pars sans regrets pour la

cour de France: je ne n^^eslimerais pas davantage roi de Naples que duc de Guise*

L'assemblée répondit ^ d'une seule voix , qu'elle suppliait le prince de rester et que lui seul pouvait sauver le pays. Pendant ce temps-là, le peuple, ayant ouï parler de la conspiration , était accouru devant le palais et demandait à voir M. de Guise*

Il sortit avec les notables et fut accueilli par de grandes démonstrations de joie. La foule raccompagna partout aux cris de :

— Vive Son Altessef nous n'obéirons qu'à elle I Mort aux conspirateurs !

Le duc, voyant les Napolitains en si belle humeur et son crédit sur leurs esprits monté au plus haut point, voulut préparer un coup de main contre les Espagnols. Il envoya un chef populaire nommé Jacques Rosso, qui était homme de cœur , reconnaître les avant-postes ennemis sur la route d'Averse. Au lieu de suivre ses instructions^ Rosso engagea la bataille avec des forces insuffisantes et y pensa laisser tout son monde. M.^de Guise était à diner quand on lui vint apprendre qu'on entendait le feu«

Son a1tè89è en renv^ri^ la table de colère et courut au combat; quelques minuit plus tard, c'en était faft de Hosso et de son corps d'armée : on te trouva danè une pral* rie, cerné par les ennemis et défendant sa vie intrépidefment. M. de Guise Teut bientôt dégagé par unecfiarge fort impétueuse.

Comme il faisait &a retraite vers ia ville , le prince aperçut au loin un gros de ôavale- He qui s'avançait au gailop et lui préparait un choc terrible. Il fiti^achérdanë un fô^sé tous ses mousquetaires et marûha ati-devant des cavalfeirs avëcsesineillenreë troupes. La bataille y fat rude; les Napolitains ne purent résister auxESpagnol^^qui étaient de vieux soldats fort iiguerris ; ils furent culbutés et se replièrent sur Tarrfèré* garde en grand désordre. Alot^ , aux érts de M. de Gnise, les fantassins cdchés se montrèrent à nmpro^ste et firent unis décharge sur fènnemî pres^tke à bout portant. Ils l'eussent anéanti 'A la peur ne les eût aveuglés; tnàlheuVeusement, ils tirèrent en t'rertiblarit let le plus '^la1adroit^ ment du monde , car ils pettsèrev^t tuer le

prince qui eut à^ peine le temps de se baisser pour ne pas recevoir des balles dans la tète. Il eut même ses plumes et ses che* veux brulés^ par la poudte. Après cet exploit, les Napolitains s'enfuirent vers la ville de toutes leurs jambes; mais les Espagnols^ croyant que c^était une feinte , n'osèrent risquer un pas de plus, sans quoi ils faisaient

Son Altesse prisonnière. M. de Guise riait de tout son cœur ; il poussa l'audace jusqu!i défier l'ennemi; avec ses gentilshommes français.

— Holà! cria-t-il, ne trouverai-je point parmi vous un homme de bonne maison qui veuille faire le coup d'épée avec Henri de Lorraine?

Le duc de la Torella r sortit des rangs; mais, à dix pas, il tourna bride et regagna son monde. M. de Guise, qui le connaissait, l'appela par son nom et lui dit que ce n'était pas bien de refuser une partie d'honneur. Enfin , voyant l'ennemi qui rechargeait ses armes , il partit au galop avec ses trois gentilshommes.

Son Altesse eut alors le loisir de remar-

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