‹ Le dernier fantômeChapitre 2 sur 37 · LF DERME?. FANT^^FE · texte numérisé non relu

LF DERME?. FANT^^FE

de bonheur devant les faussetés mélodieuses de la première cantatrice de Dublin.

A côté de ce caprice, Macdougall entretenait une habitude qui, de jour en jour, s'élevait à la hauteur de la passion. On parlait beaucoup alors d'une jeune veuve, connue sous le nom de mistress Lavinia. Elle était citée, à Dublin, comme le modèle des veuves, et beaucoup de jeunes demoiselles, en écoutant cet éloge perpétuel, faisaient, dans leur candide cœur, des vœux naïfs, pour mériter un jour le même éloge. Mistress Lavinia se donnait vingt-six ans, deux ans de moins que son acte de naissance, soustraction raisonnable pour une veuve; elle avait une taille suave de ciselure, un visage de chérubin déguisé en femme, un pied espagnol, des cheveux noirs de haute futaie, des yeux couleur de la baie de Dablin, quand elle est calme; et tous ces charmes étaient encore relevés par cette grâce naturelle que le même maître enseigne à leur insu à toutes les jolies femmes de Tunivers.

Lavinia ne manquait jamais de visiter tous les jours le tombeau de son époux; là,, elle se recueillait pieusement, et ce devoir rempli, elle rentrait dans la ville des vivants, en reprenant à la porte le sourire mondain qu'elle y avait déposé.

Le veuvage est une position fort difficile à tenir, par la faute de l'antiquité. Voici encore un paradoxe : l'antiquité n'a fait que des sottises; nous l'excusons parce qu'elle était jeune de son temps, et sans expérience. Il faut toujours que jeunesse se passe. L'antiquité avait une l.elle occasion de placer l'état de veuvage dans des conditions humaines et acceptables ; au lieu décela, qu'a-t-eile fait ? Elle a inventé une veuve. Artémise, laquelle, non contente d'élever à son époux, le roi Mausole, un mausolée de cinquante millions de notre monnaie, ce qni était déjà an exemple inimitable, avaitencore contracté l'habitude d'ava;er ch:iqu(j

h LE DERNIER FANTOME.

matin une cuillerée des cendres de son mari. En posant le veuY:ige sur ce terrain^ l'antiquité a jeté le découragement dans le cœur de toutes les veuves à venir. Aucune veuve n'ose entrer en concurrence avec Artémise. Les veuves qui seraient disposées à élever un tombeau de cinquante millions, reculent devant la cuillerée quotidienne : d'ailleurs, pour avaler des cendres de mari, il faut brûler un mari, et le bûcher est supprimé par l'administration des pompes funèbres. Que font alors les veuves ? elles volent à de secondes noces , lorsque le deuil de la robe est expiré. C'est la faute d'Artémiso; il fallait inventer une autre Artémise, élevant un tombeau d argile à peu de frais, laissant les cendres conjugales dans l'urne, portant une robe d'Érèbe toute la vie, et conservant le nom de son époux jusqu'à la mort. Cette simplicité de douleur n'aurait découragé personne, et toutes les veuves restaient fidèles, par imitation facile, à la mémoire des morts. Quand une femme accomplit un pénible devoir, elle trouve sans doute sa plus belle récompense en elle-même; cependant elle n'est pas fâchée de trouver sur ses pas un petit bruil d'admiration. Or, de nos jours, une veuve qui voudrait unir la satisfaction du devoir privé, et l'encens de l'hommage public , serait forcée de bâtir deux mausolées, et d'avaler deux cuillerées de cendres à son repas du matin. Il est beaucoup plus simple de se remarier au temps légal. Soyons indulgents, nous, dans notre sexe trop rigide envers les femmes. Si les hommes pouvaient être vcuve.<!, ils se remarieraient tous avant Texpiratioii du deuil.

Ces réflexions établies, j'annonce avec moins de peine à jnes lecteurs le mariage de Macdougall avec mistress Lavinia.

Un jour. Cil revenant de sa visite ordinaire au tombeau (le son mari, la bel le Irlandaise rencontra, devant

Phœnix-Park, un équipage superbe, chargé de deux nègres et d'un cocher poudré. On disait, parmi le peuple : voilà le nouvel équipage du riche Macdougall.

Ces paroles si simples frappèrent vivement la veuve inconsolable. Depuis deux mois, elle recevait les respectueuses visites de Macdougall, et elle détournait avec beaucoup d'art la conversation vers un sujet quelconque, lorsque le jeune Écossais la plaçait sur le terrain délicat du mariage.

La rencontre de Phœnix-Park bouleversa Lavinia, et humanisa sa douleur. Ce doit être bien doux pour une jeune femme, pensa-t-elle avec Taide du démon, de descendre de voiture devant un palais de Sakeville-Street, et d'avoir deux nègres pour marchepied !

Nous aurions tous excusé notre mère Eve, si elle avait oublié ses devoirs pour un châle de Cachemire ou un équipage orné de deux nègres; mais Eve ne devait pas nous exposer aux horreurs de l'hiver de 1845, pour un mauvais fruit normand, intolérable avant Pinvention de la Charlotte, et du sucre rafliné.

Nous excusons tous la faiblesse de mistress Lavinia.

Ce jour-là même, lorsque Macdougall prononça lentement les voluptueuses syllabes du mot mariage, Lavinia pensa aux deux grooms du Sénégal, et baissant ses yeux dun vert lumineux sur son fichu agité, elle ne répondit pas.

Le silence est la plus désirable des réponses, en certaines occasions.

En haine des détails intermédiaires, et des froides transitions, j'arrive au commencement de cette histoire. Ma préface est déjà intolérable de longueur.

Le mariage était donc décidé.

iO LE PERMER FANTOME.

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