SCÈNE PREMIÈRE
uif SOLDAT siKB avançant une pièce sur Céchiquier,
Le vieux Fakir, qui joue avec Tobly, le bonze, Et sur douze dt!fis en gagne toujours onze. Me disait, l'autre jour : Écoute, mon enfant , Place devant ton roi, la reine ou l'éléphant. Ou bien tu seras mat. Le conseil était sage ; Ce matin , Nour- Jehan devrait en faire usage Et Lahore à sa reine ouvrira son chemin , Et son plus jeune fils sera fait roi demain.
En ce moment, la porte s'ouvrit ; un jeune homme, fort élégamment vêtu, entra et la lecture fut suspendue tout à coup.
— Quoi ! c'est vous ! — dit le lecteur, en posant son manuscrit sur la table, — vraiment, je ne vous attendais pas.
— J'ai pris le convoi de neuf heures et demie, dit le nouveau venu, en serrant les mains de Messains et de Graliot, — et je viens passer la nuit à Paris, rien que la nuit. Avant le lever du soleil, je serai demain à mon ermitage de Yille-d'Avray.
— Et où en sommes nous de nos affaires ? demanda Messains à voix basse.
— Jusqu'à présent, répondit le nouveau venu, je ne puis rien dire. Seulement, je m'ennuie beaucoup.
— Ce pauvre de Rauzan, dit Gratiot, il s'est fait ermite à Ville-d'Avray.
— Ne parlez pas si haut, — dit i'\îichel de Rauzan, notre mystérieux voisin de madame de Fontalbe, — ne prononcez pas mon nom, surtout! Paris a des oreilles grandes comme les tours Notre-Dame, et il me serait dur de perdre mon paradis terrestre pour une faute, comme Adam.
— Hélas! dit Gratiot, en lançant un rapide coup d'oeil dans la cour, sur les fenêtres du premier étage, — hélas ! personne ne nous écoule ! les lumières et les oreilles sont absentes. Voilà déjà deux soirées perdues; deux soirées où je commence ma lecture sans la finir!
— N'importe, dit de Rauzan, il faut persister,
— Persistons, dit Gratiot.
Et il reprit ainsi la lecture de son manuscrit ;
« On entend une fanfare de bins, de tamtams et de gongs. Deux esclaves, portant des éventails de plumes de bengalis, entrent en scène; les sentinelles fléchissent le genou et baissent la tête. Nour-Jehan paraît.