‹ Le dernier fantômeChapitre 33 sur 37 · SCÈNE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE DEUXIÈME

KOCR-jRHA>-. Elle est UiTce à une -profonde in\i iiliotu

Tout est prêt; je la vois se lever cett a : ore Qui doit rendre mon fils au Irône de Lahore f coule, dans le ciel, son innocente voix, 0 Dieu de l'Inde ! ô Dieu qui t'incarnas dix fois!

— Toujours rien vis-à-vis? demanda le lecteur en s'inlerrompanl.

— Rien, dit Rauzan, après avoir regardé dans la cour.

— Alors, il est inutile de continuer, dit Messains. Ce qui fut répété en chœur par l'auditoire.

— A demain donc, à la même heure, dit Gratiot. Nous serons plus heureux demain.

— Messieurs, je fais une proposition, dit Messains ; puisque cette soirée est encore perdue pour Gratiot, allons tout de suite chez notre ami Justin Fraizier; il n'est pas fort tard, et nous lui ferons cercle au moins une demi-heure encore. Que diable! il faut tous nous entr'aider jusqu'au bout.

Proposition adoptée à l'unanimité. On se rendit donc, un à un, chez Justin Fraizier.

Les auditeurs de Nour-Jehan trouvèrent peu de monde dans cette nouvelle réunion, et leur entrée fit un grand effet, surtout aux fenêtres du voisinage. Justin Fraizier, debout devant une table, avait, depuis assez longtemps, commencé sa leçon ; il désigna des sièges aux nouveaux venus, et continua en ces termes :

« Oui, messieurs, en terminant aujourd'hui la revue des poètes latins du siècle d'Auguste, je me crois obligé de donner un dernier regard d'admiration à ces hommes qui, dans leur époque si reculée, semblent avoir épuisé toutes les pensées de l'avenir.

» Pour écouter ces maîtres de la lyre, l'univers, agité depuis sa création par la guerre et la discorde, fit silence tout à coup et déposa les armes ; et les architec-

tes élevèrent les plus belles lignes monumentales connues, pour environner les poêles d'un horizon digne de leurs chanls.

» Les vers d'Horace, de Virgile, d'Ovide, furent traduits en strophes de pierres par les ouvriers sublimes qui bâtissaient le portique d'Oclavie, le théâtre de Marcellus, les édifices du Palatin, le Panthéon d'Agrippa. Pendant un demi-siècle, il fut donné au monde d'entendre cet hymne de la poésie et des arts, entonné par les voix de Tibur, et les prophètes de la Judée, au milieu d'un calme universel et d'une sérénité jusqu'alors inconnue.

» Les oracles mêmes des Sibylles se taisaient pour applaudir ces mélodies célestes des hommes et des anges ; ces concerts de Thumble Nazareth et de l'orgueilleux Capitole; ces allégresses de Rome, de Jérusalem. »

Le professeur Justin Fraizier, abaissant sa voix au ton de la familiarité, poursuivit ainsi : Messieurs, dans la prochaine leçon, j'expliquerai le passage de Tacite : Noctem minacem et in sceliis eruptum in fors loiivit, etje ferai par ainsi l'autopsie de la forme magistrale qui est le style de ce grand prosateur latin.

Je vous invite, messieurs, à l'exactitude. Sans exactitude, point d'instruction.

On entendit du côté de la cour un bruit aigu de fenêtres fermées ; les auditeurs se séparèrent. Michel de Rauzan serra les mains de Fraizier en lui disant : — Bon courage, mon ami, vous êtes sur la bonne voie. La réussite ne se fera pas attendre. Au reste, nous sommes

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tous, je crois, à la veille de triompher... excepté pourtant noire pauvre ami Gratiot. Je commence à désespérer du succès de sa Nour-Jehan.

— Ma foi ! dit Fraizier, il faut qu'il trouve une autre gamme et un autre voisinage. La voix qui crie du désert n'est pas payée comme la voix d'un ténor. Je chercherai quelque chose pour Gratiot, dans un voisinage peuplé convenablement.

— C'est bien, dit Rauzan. Adieu^ il est fort tard. Je vous écrirai de Ville-d'Avray, et vous, continuez à ne pas m'écrire, c'est essentiel. Adieu.

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