‹ Le dernier IrlandaisChapitre 104 sur 149 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Un étonnement réel se peignit sur les beaux traits de Nelly.

— Votre sœur?... Des intrigues auxquelles j'ai pris part? répéta-t-elle. Je ne vous comprends pas, M. O'fiyrne, et je vous prie de vous expliquer.

— Quoi ! s'écria Richard avec explosion, il serait possible!... Oh ! Dieu fasse que je me sois trompé en vous accusant de cette odieuse complicité ! Mais ce matin y quand vous avez écrit à miss 0*Byrne pour l'engager h se rendre ici , ignoriez -vous réellement que lord Avondale venait de signer l'ordre d'arrêter ma sœur?

— Arrêter miss O'Byrne ! c'est de la folie, de l'extravagance... Donnez -moi le mot de ces énigmes.

— Eh bien donc, miss Avondale, j'aurai encore le courage de vous apprendre moi-même cet horrible secret... J'ai bien eu la force, ajouta Richard avec un sourire amer, de le révéler tout à l'heure en présence de plusieurs milliers de personnes !

Et il raconta en peu de mots la triste histoire de sa sœur, ainsi que l'événement de la veille 'ac de Glendalough.

'n écoutant ce récit, Nelly rougit et pâlit plu- % 18

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si'eurs fois ; son Tisage exprimait tour à tour la pudeur, l'indignation, la pitié.

— L'infôme ! dit-elle enfin en songeant » sir George ; il est plus méprisable encore que je ne pensais... Je n'avais aucune idée de ces affreux scandales, capitaine O'Bjrne, ajouta-t-elle avec chaleur, et mon père ne m'avait rien dit de ses maTheureuux projets... Oh ! si j'avais pu les prévoir, je serais allée au milieu des constables prendre ma chère Julîa dans mes bras, lui faire un rempart de mon corps ! Non, je n'ai rien su, rien deviné... A la vérité , la pensée m'était venue ce matin que vous pouviez être pour quelque chose dans la mésaventure de sir George ; c'était pour m'en assurer que j'avais désiré voir Julia. Je voulais lui demander quelle part vous aviez prise à cet événement, m'en* tendre avec elle sur les moyens d'en prévenir les suites fâcheuses... Voîli tout, capitaine O'fiyrne, je vous le jure... Mais les apparences étaient contre moi ; vous avez dû me maudire !

— J'ai cruellement souffert de ces apparences, miss Avondale ; j'en ai souffert d'autant plus que j'avais pour vous une estime pins haute, et, pourquoi ne l'avouerais-je pas? uae affection plus vive , malgré nos dissensions de famille. Mais pardonnez-moi mes soupçons ;

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j'aurais dà penser que tous étiez trop franche, trop loyale pour qu'ils pussent vous atteindre. Il avait pris la main de la jeune fille , qui la retira, mais sans colère. Richard continua :

— Mes instants sont comptés, et je ne puis, sans m'exposer à de justes reproches, demeurer ici plus longtemps. Veuillez donc m'indiquer la retraite que vous vous êtes choisie pendant ces temps de troubles, et Ton vous y conduira surle-champ avec tous les égards qui vous sont dus.

— Ai-je pu y songer aii milieu de ce chaos? dit Nelly avec angoisse en portant la main à son front. £h bien, M. O'Byrne, ne saurais-je demeurer à Stone-House sous votre protection, gardée par mes domestiques ? Ce serait la retraite la plus convenable, je pense, pour une pauvre fille abandonnée de ses proches , même de son père.

— Avec votre permission, miss Avondale, je vois de grands inconvénients à ce projet. Si je devais résider constamment dans le voisinage de Stone-House, j'empêcherais bien que l'offense n'arrivât jusqu'à vous ; mais c'est la guerre qui commence, et Dieu sait où pourront me jeter Ias hasards de la guerre ! Or, en mon absence,

n'oserais répondre... Miss Avondale, contia-t-il avec un sourire mélancolique, je suis

LE KUK& ULLAimAlS.

eomine cet adepte alleiDaod qui avait trouve la formule pour évoquer le diable, mais qui ignorait comment le renvoyer après l'avoir fait venir. J'ai soulevé une tempête populaire, mais je ne suis pas encore sûr de Tapaiscr ou de la diriger à mon gré. Quant à vos domestiques, vous comprendriez quel fond vous pouvez faire sur de pareilles gens, si vous aviez vu tout à Fheure comment ils recevaient vos ennemis ! Mistress Jones, qui, en gouvernante bien ap* prise, était restée jusque-là comme indifférente à la conversation, se leva tout en larmes et vint se jeter dans les bras de sa maîtresse, balbutiant des protestations de dévouement.

— Calmez-vous , ma chère Jones , dit Nelly non moins émue ; ce n'est pas de vous que le capitaine 0*Byrne a voulu parler; vous êtes mon amie, ma compagne, et je suis sûre... Eh bien, monsieur, ajouta-t-elle avec résolution, si je ne puis rester à Stone-House, mon devoir est tracé : je dois rejoindre mon père. Faitesmoi donner mon poney, la Reine Mab, et un autre cheval pour mistress Jones , qui est aussi une écuyère passable ; chargez un homme sûr de nous accompagner, et nous partirons sans retard.

— Et où irez-vous, miss Âvondale? Savez

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