CHAPITRE Vl. d
TOUS de quel c6té votre père et votre indigne parent ont porté leurs pas? D'ailleurs, y auraitde la prudence à parcourir ainsi, presque seule, un pays livré aux fureurs de la guerre , où les baines de caste, les vengeances particulières, les sanglantes réactions éclatent déjà sans doute de toutes parts?
— C'est juste; mais alors que devenir? Ah! Richard CByrne, ajouta Nelly avec un soupir, qui m*eût dit, quand je vous rencontrai sur le steam-packet de Dublin, et quand j'admirai naïvement, sans vous connaître, votre ardent amour pour l'Irlande, votre généreux et chevaleresque patriotisme ; qui m'eût dit qu'un jour viendrait où vous déchaîneriez sur moi et sur les miens tant d'effroyables maux?
Il y eut un moment de silence pendant lequel Richard sembla pensif. Il reprit enfin :
— Un seul parti vous reste à prendre : c'est de demeurer à Neath , où vous avez des amis et où vous êtes toujours assurée de trouver protection. Deux maisons s'empresseront de vous offrir un asile, à vous et à votre gouvernante. L'une est celle de M. Bruce, le ministre anglican, l'ami , le collègue de lord Avondale. Il est
* *e; il a une famille nombreuse, de jeunes s de votre âge.
210 LE DERNIER IRLAMBAIS.
— Ne me parlez pas du révérend M. Bruce et de sa famille, interrompit Nelly ayee une expression de répugnance ; comment pourrais-je accepter les services de gens a qui , malgré mes ejSbrts, je n*aî pu cacher Féloignement qu'ils m'inspirent? Etes- vous bien sur, monsieur, que, dans mon malheur, JQ trouverais chez M. Bruce la sympathie , les égards que je serais en droit d'attendre? Parlez-moi de cette autre maison où je pourrais demander asile, capitaine O'Bjrme, quelle qu'elle soit, je serais sûre d'y trouver des hôtes plus bienveillants, des cœurs plus sincères.
— Cette maison, miss NeDy, ce n'est qu'en tremblant que j'ose la citer : c'est celle de mon frère Angus.
— Avec ma chère Julia , avec votre bonne et malheureuse sœur ! s'écria miss Avondale d'un ton chaleureux ; je pourrai la voir à toute heure, lui prodiguer des consolations, réparer autant qu'il serait en moi les mortels chagrins que ma famille lui a causés? J'accepte, M. Richard; partons, allons trouver Julia... Mistress Jones, êtes-vous prêle?
— Miss Avondale, dit le capitaine avec émotion, votre âme est pleine de noblesse; si des circonstances funestes ne creusaient pas un abime entre nous. . . Mais avez-vous bien réflé-
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€hi ?ajoata-t-il en se reprenant; avez-vous bien songé à la terrible réprobation qui pèse aujourd'hui sur cette pauvre fille ? D'ailleurs, la maison est exiguë et mon frère n'est pas riche; je crains...
— Croyez-vous que de pareilles considérations m'arrêteront? reprit Nelly vivement. Julia est à mes yeux aussi pure qu'aux yeux de Dieu lui-même. Quant aux privations que je pourrais souffrir sous le toit de votre frère , elles seront compensées par l'affection et les égards que je suis sûre d'y trouver. D'ailleurs , M. O'Byrne , continua-t-elle en baissant la voix, une autre raison me fait vivement désirer de chercher un asile à la mensc catholique. Malgré votre confiance dans l'avenir, nul ne sait encore & qui restera la victoire. £h bien ! si Dieu voulait que la chance tournât en faveur de l'Angleterre, j'ai pensé que ma présence dans la maison de votre frère pourrait devenir une protection pour M. O'Byrne, pour Julia, pour vous peut-être.
— Merci de cette pensée^ miss Avondale; elle ne m'était pas venue, mais c'est du fond du cœur que je vous remercie. Si donc vous êtes décidée à accepter ma proposition , ne perdons
de temps. Votre gouvernante va prendre s votre appartement de Stone-House les
effets dont vous pourrez avoir besoin ; puis John Morris vous conduira l'une et l'autre.
En ce moment, un bruit confus se fit entendre au dehors du pavillon. Richard allait s'informer des causes de cette rumeur, quand la porte s'ouvrit brusquement et Morris entra.
— Milord, s'écria-t-il, oh! milord!
— Eh bien, qu'y a-t-il? demanda Richard avec inquiétude.
Le pauvre garçon ne pouvait parler; mais il montra par un geste significatif des tourbillons de fumée qui s'élevaient au-dessus des arbres, dans la direction de Stone-Housc.
— Quoi donc? s'écria O'Byrne, en pâlissant, quelqu'un aurait-il osé...
— Stonc-House est en feu , milord ! balbutia Morris.
Les deux femmes poussèrent un cri d'effroi.
— Impossible! reprit Richard ; Clink m'avait donné sa parole... Le scélérat m'aurait-il trompé? Voilà donc l'explication de ce sourire sinistre qu'il avait en m'écoutant.
— C'est Clink qui a mis le feu, milord... Ne pouvant plus contenir l'exaspération des paddys contre le landlord , il a jeté lui-même des brandons allumés dans toutes les salles de l'habitation, en criant qu'il vous avait promis d'em-