CHAPITRE f^mmm
qu'an lui adressait , Glîok répondait avec d'effroyables blasphèmes qu'il «vaît reçu du grand comte O'Byme la consigne d'empécber le pillage de Stane-Housc et qu'il rempécherait , dut- il casser la tête au premier récalcitrant, enfin qu'on n'emporterait rien, fàt-ce un tison nssez gros pour allumer un feu de tourbe sous la inarmite aux pommes de terre. Force avait donc été aux fourmis prévoyantes de Neath de s'en retourner les mains vides, comme elles étaient venues, non sans déplorer l'entêtement de ce bouledogue de Clink, « qui les privait, disaient-elles, de ce que le bon Dieu avait destiné pour leur part. »
A la chute du jour, la vallée de Glendalough prit un aspect plus sinistre encore. On vit de grands feux s'allumer sur les hauteurs; il y avait de ces fanaux lugubres qui brillaient & plusieurs lieues de distance et qui, par leur élévation, semblaient des météores sortis des nuages. On entendiiit des sons étranges qui se répétaient n\\ loin d'écho en écho, avec des intonations sauvages : c'étaient les trompettes rustiques qui, suivant les instructions de Richard, afopdaient aux armes les habitants des itagnes. En outre, plus la nuit approchait et s le calme se Msait dans la nature, plus le
4 LE DERNIER IRLANDàlS.
bruit d'une fusillade incessante dans la direction du défilé du Bon-Messager devenait distinct. Or, on savait que de ce côté, la population masculine de Neath et des villages voisins était aux prises avec un fort parti de ces soldats rouget si redoutés, et malgré les ardentes prières adressées à Dieu et aux saints du pays, malgré la confiance qu'inspirait Thabileté do Richard O'Byrne, chaque explosion de fusil avait un douloureux retentissement dans le cœur des mères et des épouses.
Aussi, dans le village même, ce qui restait d'habitants éprouvait-il une anxiété inexprimable. Devant les portes étaient réunies des familles inquiètes, attentives au moindre événement. L'obscurité empêchait de voir les visages consternés, mais des gémissements et des plaintes éclataient çà et là dans l'ombre. Par intervalles, de fâcheuses nouvelles, venant on ne sait d'où, augmentaient encore la terreur des pauvres gens de Neath. Chaque fois que le feu cessait dans le lointain, on disait que les soldats rouges, après avoir battu les insurgés et tué le capitaine O'fiyrne, avaient forcé le passage du Bon-Messager et allaient envahir la vallée ; à tous moments on s'attendait à les voir paraître pour mettre le village à sac et venger