CHAPITRE PREHIBH
d'exaucer ces vœux que j'ai formés dans le secret de mou cœur. Déjà, sans doute, il a voulu, en vous réunissant autour de ce lit de mort , anéantir ces traditions sanguinaires , ces rivalités impies qui se sont perpétuées entre nos deux familles. Oh ! mon Richard , sois un frère pour ma chère Nelly ! Protégc-la quand elle aura besoin de secours ! Ai me- la comme tu m'aimais moi-même ! Vous, Nelly, soyez une sœur pour Richard; consolez-le quand il pleurera... Je serai en tiers avec vous du haut du ciel.
Par un mouvement spontané, les deux jeunes gens joignirent leurs mains à cette exhortation de la mourante , mais presque aussitôt miss Avondale retira la sienne, et se levant brusquement , elle se réfugia derrière le rideau du lit pour cacher son trouble.
Le regard de Julia s'arrêta alors sur Angus.
— Approchez aussi , mon frère, lui dit-elle ; vent'Z recevoir mes derniers remercîments pour les soins affectueux, les conseils si sages que vous avez prodigués à ma jeunesse. Il n'a pas tenu à vous que je n'aie toujours goûté les douceurs de rinnocence et de la paix de Tâme ; soyez béni pour tant de bienfaits... Mais il me reste )re un devoir à remplir.
Ile se souleva péniblement sur le coude. 3. 3
S2 LE BBUIim MLAKDAIS.
I, ÂDgiis, reprit-die en s*adrasant SMX deux frères, des naoges se sont âevés entre tous; peuUèire ma niort altëreratt-elle plus profondément encore cette vive amitié qae tods aviez l'un pour l'autre au temps heureux de notre enfance. Que je vous vole tous embrasser encore une fois : c'est mon dernier y<Bu... Mes frères, accomplissez-le. . . je vous en prie au nom de notre pauvre mère, qui nous chérissait tous d'une a£Eection égale !
L'aîné parut hésiter; mais Ângus s'avança vers lui avec émotion.
— Richard, dîUil, je n'ai contre vous ni fiel ni colère ; si ma conduite passée n'a pas oh^ tenu votre approbation, je suis prêt h m'humîlier...
— Assez, mon frère, interrompit Richard revenant aussitât k sa générosité naturelle ; je pardonnerais volontiers à mon plus mortel ennemi si Julia me le demandait ; comment, à plus forte raison, ne pardonneraîs-je pas à mon frère, surtout quand j'ai besoin peut-être qu'il me soit pardonné à moi-mèflie?
Ils tombèrent en pleurant dans les bras l'un de l'autre et demeurèrent un instant em* brassés.
— Bien , merci , mes frères , reprit luiîa en
s'affiaiâsant de nouveau sur sa couche , maintenant je movrrai en paix.
Elle ferma les yeux et resta quelques minutes sans mouvement.
— Mes amis , vous tous qui m'entourez , ajouta-t-elle enfin si bas qu'on Tentendait à peine, adieu... Je sens que mon heure est venue.
Aussitèt Angus se prosterna pour réciter la prière des agonisants. Les assistants Timitèrent, même la pauvre mîss Avondale , qui avait été élevée dans la haine du rit catholique, maïs qui oubliait en ce moment solennel la différence des écrites, pour invoquer en faveur de son amie le Père commun de tous les hommes.
La prière allait commencer quand des cris de joie , accompagnés d'explosions d'armes à feu , retentirent dans le village. Julia s'agita faiblement sur son lit funèbre.
— Mon Dieu ! que se passe-t-il donc? demanda Nelly avec une épouvante involontaire.
Une vieille femme qui entrait et qui n'était autre qu'Alison , la seconde matrone dont on avait réclamé les soins , se chargea de réiw^ndre.
- Ce que vous entendez, ma betle Aiiss ndale, dil-elle avec un accent de satisfaction
d4 LE DERNIER IRLANDAIS.
méchante, ce sont les paddys de Neath qui viennent de reraporJer la victoire sur les habits rouges dans le défilé du Bon-Messager... Le grand comte O'Byrne a fait un massacre de ces Anglais, et bientôt il n'en restera pas un dans la vieille Irlande. Hourra donc pour...
— Silence, femme ! interrompit Richard avec colère. Oh ! maudite soit celte victoire dont la bruyante joie vient insulter à notre recueillement !
— Et qui êtes-vous donc? s'écria la mégère avec rage, pour empêcher les bons Irlandais...
Mais un reflet de la lumière lui montra tout k coup le visage irrité de Richard ; elle recula d'un pas.
— Och! sirs, s'écria-l-elle, c'est Sa Seigneurie le grand comte lui-même... Et la jeune dame existe encore! Eh bien, je suis arrivée à temps pour pousser le keene.
D'un geste impérieux Richard lui désigna l'autre extrémité de la chambre ; Âlison rejoignit sa compagne Jenny, et elles se mirent à chuchoter avec animation.
Les prières commencèrent. Par intervalles les cris de triomphe poussés par les habitants de Neath s'élevaient de la rue et semblaient devoir troubler la cérémonie. Mais les personnes pro-^