CHAPITRE II
communîcatioD prompts et sûrs avec cette personne. Me suîs-je trompée?
— Expliquez - tous plus nettement , jeune dame ; je ne tous comprends pas.
— Vous me comprenez parfaitement, au contraire, William. Écoutez : celui dont il s'agit court les plus grands dangers, s'il n'est prévenu ; voulez-vous m'aider a lui faire parvenir de suite unavertissementdontdépendentsaliberté^savie?
— Quels sont ces dangers ?
— Ils sont éuumérés , ainsi que les moyens de les éviter, dans une lettre que voici, répliqua miss Avondale en tirant de sa poche un papier soigneusement cacheté. Sullivan, vous me connaissez ; vous savez si je serais capable d'une trahison envers le frère de la malheureuse amie que j'ai perdue. D'ailleurs, que pouvez-vous craindre ?
Elle parlait avec une extrême chaleur ; Wil~ liam l'écoutait d'un air de réflexion.
— Serait-il possible? murmura-t-il comme à lui-même ; j'aurais cru que l'eau et le feu se seraient confondus avant d'apprendre... Au fait, pourquoi non? Tout est fini maintenant, et les vieilles querelles doivent s'éteindre.. . Dieu
^t prononcé !
'1 reprit d'un ton plus ferme :
^6 LE BEAHUR ISLANDAIS.
— Il suffit, miss Avondaie. CeUe lettre sera remise à son adresse.
— Mais quand, mon boo William ? Uninstant de retard peut tout perdre, et celui dont nous parlons est peut-être loin d'ici !
— Avant que vous ayez atteint les premières maisons de Nealh, la lettre sera en route. Ayez l'esprit en repos... il l'aura cette nuit.
— Que le ciel vous récompense, mon cher William ! reprit Nelly avec un accent de joie ; je suis pleine d'espoir maintenant. Seulement, Sullivan , ajouta-t-elle avec embarras , ma démarche actuelle pouvant être mal interprétée, j'ose compter...
— Mes lèvres ne trahiront jamais votre secret, miss Avondaie ; mon cœur est celui d'un Irlandais loyal. D'ailleurs, ce secret, je n'aurai pas longtemps à le garder !
— Que voulez-vous dire, Sullivan? J'espère que vous n'êtes pas trop compromis dans cette funeste rébellion , et que vous n'avez pas à redouter pour vous-même les châtiments sévères qui sans doute vont bientôt dés^er ce pays! On n'oserait pas demander compte à un pauvre vieil aveugle de la part toute passive qu'il a pu prendre aux derniers événements. Dans le cas contraire, William, vous vous souviendriez que
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VOUS avca en moi une amie sûre et dévouée.
— Merci, jeune dame, mais vous ne m'avez pas compris. Ge ne sont ni les Anglais, ni leurs prisons, ni leurs vaisseaux de transportation^ ni leurs gibets qui oecupent ma pensée. J'ai reçu depuis peu une blessure qui me tuera plus sûrement que tous les supplices inventés par les vainqueurs contre les vaincus... Merci, néanmoins, encore une fois. Eh bien, Nelly Avondale, continua-^il d'un ton grave, si vous avez du crédit pour soustraire des victimes aux horreurs qui se prépaient , employez-le en faveur de plus jeunes , de plus braves , de plus nécessaires que moi... Hélas! ils auront besoin de puissantes protections pour se sauver.
Nelly se peneha vers le vieillard.
— Je vous entends, William^ di^elle avec entraînement ; mais si mon crédit était insuffisant pour protéger le plus brave de tous, les consolations du moins ne lui manqueraient pas, quand je devrais...
Elle s'arrêta, rougissant et pâlissant tour à tour. Le vieillard tenait toujours ses yeux vitreux attachés sur elle, comme s'il eut attendu qu'elle achevât sa pensée.
- Netty Avondak, Nelly Avondale, dit-il enen posant doucement la main sur la tête de
la jeone fille, votre àsœ est ardariect wlre ginalion s'eialte avee laeilîlé, je le sais depuis longtemps ; mais ce beau feo d'cndioosiasiiie ne s'étdndra-t-il pas bientâlecmime eesfeox de chaume qui brillent un momoit dans nos plaines? Prenez garde! les mauvais jours sont à peine commencés ; étes-YOus sure que votre courage ne faiblira pas avant la fin? Vous avez été élevée dans roi^ueil et l'opulence; vous ne connaissez pas le mépris, la proscription, la misère*. • C'est h cette épreuve qu'il faut attendre la fille unique de lord Avondale !
Il fit un signe de la main et rentra à pas lents dans les ruines^ laissant la jeune fille toute troublée de ces étranges paroles. Au bout d'un moment néanmoins, elle s'enveloppa de son capuchon, et rejoignit mistress Jones; puis, se tenant l'une et l'autre par le bras, elles reprirent furtivement le chemin du village. Quand elles furent à quelque distance, un son de trompe retentit derrière elles.
— C'est un signal, pensa Nelly ; sans doute Sullivan appelle un messager pour porter ma lettre à son adresse. Le vieillard est bizarre, mais il est fidèle. Je saurai bien lui prouver à mon tour qu'il avait mal jugé de ma constance et de mon courage.