CHAPITRE II
Dans un mauvais cottage, situé sur le bord de lagrand'rue, non loin de la maison mortuaire, les vieilles matrones Jenny et Alison examinaient curieusement les passants par la porte entr'ouverte et n'épargnaient pas les commentaires peu charitables sur chacun d'eux. Jenny, la maîtresse du logis, était en train de raccommoder, tant bien que mal, une sale robe noire dont elle comptait se parer à la cérémonie funèbre; l'autre accoudée sur une table boiteuse, qui était ornée de deux verres et d'une petite mesure de whiskey, sirotait avec complaisance sa part de la précieuse liqueur.
— Tenez, voisine Jenny, dit Alison d'un ton narquois en désignant un groupe qui montait lentement la rue, voici encore Mac Too], avec sa sotte pécore de femme et ses grandes niaises de filles... Croirait-on, à le voir si tranquille, qu'il y a deux jours il faisait le coup de feu contre les soldats rouges avec un fusil volé aux constables? Ils rentrent tous, vous dis -je; O'Dogherty, Leinster, Fitz Moor, les plus endiablés de ceux qui sont allés dehors, et ils sont prêts à jurer sans doute qu'ils n'ont jamais ■tté leur cottage et leur champ de pommes de e. Il n'y a que ce pauvre Tom Irwing qui, -t-on dit, ne se hasardera plus à venir rôder
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54 LE DERNIfiK IRLAUDAIS.
par ici ; il n'ignore pas de quoi il retournerait pour lui, et il s'est décidé à se faire whiteboy ou distillateur, je ne sais pas lequel des deux... Toujours est-il qu'il ne distillera jamais autant de whiskey qu'il en pourrait boire...' Et k propos die whiskey, voisine, remarquez-vous qu'en voilà d'excellent et que mistress Flanagan nous a vraiment traitées en amies?
— En eflfel, ma chère, répliqua Jènny avec aigreur en interrompant son ouvrage, et je crois que vous vous en apercevez trop... Remplissez mon verre, je vous prie ; je ne méprise pas non plus les biens de Dieu, et je ne céderai volontiers à pei'sonne ma part légitime dis quoi que ce soH.
Et quand elle eut vidé fa ration que sa commère s'était empressée de lui verser :
— Voyez-vous, AUson, reprit-elle en faisant claquer sa langue, nous avons besbrn de forces aujourd'hui, nos pauvres yeux vont avoir de la besogné à cet enterremeiit, et il nous faudra gagner rudement les deux schellings que Sa Révérence nous donne pour pleurer sa sœur d'une manière décente <• Entre nous, ma chère, Sa Révérence a fait les choses avec une
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^ Go sait que les pleareases à gage sont encore d^usage Irlande.
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