CHAPITRE III
En ce inoment, il n'y avait plus dans le cimetière, outre les deux frères, Nelly Avondale et Jack Gunn, que le vieux Sullivan et John Morris. L'aveugle, toujours assis sur un tombeau, semblait avoir été oublié ou s'être oublié lui-même, et il attendait l'événement avec la résignation d'un martyr. Quant à Morris, pétrifié devant la fosse de Juiia, il paraissait avoir perdu à la fois le sentiment, la pensée et la mémoire.
Richard, cédant enfin aux sollicitations de ses amis, se dirigeait vers son cheval, quand une voix insolente retentit sous les arcades sonores.
— En avant, mes amis, disait l'officier anglais aux soldats ; dispersez ces damnés papistes, ces chiens de rebelles... chassez-les comme un troupeau de bétes. Arrêtez tous les hommes, et s'ils veulent résister, feu sur eux! La loi martiale est proclamée. En avant donc pour la joyeuse Anglet^re !
Tous ceux qui étaient restés dans les ruines tressaillirent d'horreur. C'était moins l'atrocité de ces paroles que la voix même de l'officier qui était cause de ce mouvement : on avait reconnu la voix de sir George Clinton.
Bientôt il parut lui-même, dans son bel uniforme de lieutenant de dragons, l'épée à la
S6 LE DERMIU IRLANDAIS.
main. Il poussait son cheval à travers les croix et les cercueils, qui se brisaient avec d'horribles craquements sous les pieds ferrés de Fanimal. Derrière lui marchaient les constables, la baïonnette croîsëe. En voyant le cimetière presque vide, ils éprouvèrent une sorte de désappointement.
— Arrêtez toujours ceux-ci, dit sir George en désignant de la pointe de son épée le petit groupe réuni autour de la tombe de Julia.
Il s'avançait aussi pour reconnaître ces gens qui demeuraient calmes au milieu de la terreur générale. Richard^ déjà en selle et le pistolet au poing, se plaça en face de lui.
— Soyez le bienvenu, sir George, dit-il avec une sombre ironie; soyez le bienvenu aux funérailles de ma sœur*., ma sœur que vous avez déshonorée et qui est morte de douleur ! C'est la volonté divine qui vous a amené ici... Allons! le pistolet h la main, monsieur, ajouta-t-il avec violence; tout infime que vous soyez, je ne veux pas vdus assassiner !
Le piétinement des chevaux ne permit pas à sir George d'entendre distinctement ces paroles. Gomme il hésitait, ne sachant quel était cet ^^ versaire qui se plaçait ainsi sur son pass Richard reprit :