‹ Le dernier IrlandaisChapitre 129 sur 149 · CHANTRE IV · texte numérisé non relu

CHANTRE IV

daire au plus tAt,.afin que je lui donne les moyens de se sauver.

Tom Irwing manifestait beaucoup d*embar-» ras et de malaise ; il regardait tantdt ses pieds, tantôt les nuages, et semblait fort en peine de sa personne.

— Que puis-je répondre, mon révérend mon* sieur? ré(fliqua*t-il enfin ; je suis un homme simple, qui a de bonnes intentions, mais qui ne sait pas toujours agir pour le mieux. Mais venez avec moi ; on ne m'a rien dit, et cependant il serait possible... avec l'assistance de Dieu et de saint Kevin... Enfin, venez, venez.

— Vous vous défendez mal, Irwing, s'écria Angus, et vous savez, j*en suis sûr, ce que je vous demande... Eh bien, si vous êtes impénétrable au sujet de mon frère, parlez-moi du moins de cette infortunée jeune fille dont Richard s'est emparé avec tant de déloyauté. Si sa vengeance devait s'exercer sur quelqu'un, ne pouvaitril choisir une autre victime que la compagne, la meilleure amie de notre bonne sœur? Ou l'a-t-il cachée? Comment la retient-ii prisonnière dans cet horrible pays? N'y a-t-il aucun moyen de la voir, de s'entendre avec elle, de l'arracher de la captivité où elle languit sans doute?

114 LE DKMflIft tMiàHDàlS.

Cette fois, Tom sourit et il parât (^illend'eii^ vie de lancer quelque observation maligne; mais, se ravisant aussitôt, il se contenta de murmurer avec sa réserve ordinaire « qu'il ne saurait dire,» mots sacramentels d*on paysan irlandais quand il est pressé de questions auxquelles il ne se soiieie pas de répondre.

-^ Allons ! je le vois, dit Angus en soupirant, on a exigé de vous qnelqtie- serment solennel, et vous avez raison <de ne pas l^freindre... J'agt« rai donc seul, puisqu'il le fout, et le ciel pevtélre bénira mes efforts. Maïs du moins, mon cher Tom , vous m'indiqnerefe bien oè se trouve dans ees montagnes nti lieu appelé Fairy- Mount?

Tom s'arrêta brusquement.

— Fairy-Mount! répéta4-il stupéfait; qui vous a appris?... Mais vous savez tout alors?

— Hélas ! je ne sais rien de plus que ce nom; c'est celui du lieu ou j'aurai, m'a-t-on dit, des nouvelles certaines de mon malheureux frère... Irwing, pouvez- vous me fournir des renseignements sur cet endroit?

Le paddy ne répondit rien et continua d'avancer en grommelant, comme s'il se pariait k hiiméme.

— Ma foi| je m*y perds. Il sait et il nt

CIAIITM* UU ' III

pas. Heuf euaemeQt noas voici au cottage, et je trouverai sans doute moyen d'instruire... Ah! paiivce Tom S jamaîs. ta cervelle a*a eu autant d'occupations depuis six mois !

Pendant cette conversation» ils étaient sortis de la sombre vallëe des Trois-Sœurs, et ils avaient pënébrë dans un pays beaucoup plus habitoble* Le gnaoïi et les arbres étaient moins rares de ce côté; le soleil ne dédaignait pas d'é* clairer certaines parties d>u paysc^e* Quelques troupeaux de chèvres, quelques vaches de petite taille^ gatdés par des pâtves invisibles, paissaient sur les versants. Au bord du sentier, qui côtoyjiitua précipice, on voyait deux ou trois cottages d'assez pauvre apparence penchés sur l'abkne. On y arrivait par l'étroite corniche, où ua iauz pas devait coûter la vie. Des pra^crits seuls ajvaieqt. pu établir leurs demeures dans eette situation bizarre et dangereuse.

L'unde ces cottages^ le BM>ins misérable, était occupé par Irwing et sa famille. Tom le montra de loin a M.. O'Byme avec satisfaction ; et afin sans doute de couper court à un entretien emr barrassanL pour lui^ il se mit à exposer longuement les. avantages de sa nouvell» habitation. Quand on n'en fut plus qu'à une courte distance, le fraudeur, oour annoncer son arrivée, poussa

119 U DIftmiE mUHDAIS.

un cri particulier de toute la vigueur de ses poumons.

Âussitdt une vive agitation se manifesta dans les cottages ; on vit apparaître aux portes, aux étroites fenêtres, des femmes et des enfants qui considéraient avec avidité les arrivants. Mais sans doute le signal de Tom n'était pas un signal d'alarme, car ces gens ne montraient aucune inquiétude, malgré la présence de l'étranger, et leur ardente curiosité prouvait la rareté de semblables visites.

Ângus n'avait pu se défendre d'un mouvement de surprise au moment où cette clameur bizarre avait été poussée tout à coup. Son guide le rassura.

— Âh ! Votre Révérence, dit-il, nous ne sommes plus ici en pays ordinaire. Si je n'avais eu la précaution d'avertir de notre approche, nous eussions pu recevoir une pierre ou une balle de fusil, avant qu'on eût eu le temps de nous reconnaître.

— Et vous vous vantiez d'être si heureux ! remarqua le prêtre.

Irwing se tut, et on atteignitenfin son cottage.

Réellement, cette habitation était beaucoup plus confortable que l'ancienne. On y v~ quelques meubles grossiers, des ustensile.

Page 1