CHAPITRE nr
cuisine et même plusieurs de ces sacs de plume qui sont le coucher le plus délicieux dont les paddys du sud aient l'idée. La famille Irwing était réunie ; mistress Irwing d'abord , puis la vieille mère idiote, puis toute la ribambelle d*enfants, y compris notre ami Pat, encore vêtu de cet habit noir dont nous connaissons l'histoire. A peine Angus eut-il été reconnu, que la joie la plus vive brilla sur les visages. Mistress Irwing y dans ses transports religieux, se jeta à genoux devant Tancien directeur de sa conscience et lui demanda sa bénédiction. La vieille mère lui répéta pendant un quart d'heure le cead mile faite, en riant de son rire hébété ; les enfants eux-mêmes vinrent tour à tour baiser la main de Sa Révérence ; après quoi, Pat, toujours en habit noir, s'empressa d'aller prendre soin du poney, à qui il prodigua, sous un hangar voisin , la paille hachée et les soins affectueux.
Bientôt un grand feu brilla dans l'âlre, au grand détriment des yeux de l'assistance. Sur la table boiteuse on dressa une pyramide de pommes de terre fumantes, une jatte de lait, du fromage et un pot de whiskey auquel chacun était libre d'appliquer ses lèvres, car il n'y avait pas de verres. C'était le festin le plus somp- 3. 11
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tueux que pût offrir un cottage de paddy dans le Cunsemara. Toib, en promenant son regard sur cette table aînsî chargée, paraissait gonflé d'orgueil et de plaisir. Il invfta son hôte à prendre plaeby et lui-même, sans doute pour s'ouvrir l'ai^tit, attaqua dtstrattement le pot de wbiskey. Mais Angus refusa obstinément de revenir à cette liqueur dent il avait pourtant éprouvé les effets fortifiants; il se contenta de quelques pommes de terre et d*un peu de lait, qu'il mangea rapidement, pendant que mistress Irwing lui racontait comment ils s'etairat établis dans cet endroit.
L'histoire en était des plus simples. Après la dispersion des insurgés de Neath, Irwing, avec d'autres paddys trop compromis pour courir les chances d'un jugement, s'étatt retiré dans le Cunnemara. En rddant au milieu des montagnes, ils avaient trouvé par hasard ces cottages abandonnes et tombant en ruine. Les proscrits s'étaient unis pour les rendre habitables. Grâce k ee concours, grâce aussi h quelques ressources secrètes sur lesquelles mistress Irwing ne s'expliquait pas, Tom s'était trouvé seigneur et maître de l'une de ces buttes. Alors il avait sonsé k mander sa famille, qui errait de ferme en fc depuis son malheur. Mistress Irwing, '^~
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secrètement, se mit en route aussitôt avec son moQ4e, voyageant k pied et mendiant sur les chemins. Enfin, depuis quelques mois, ils étaient in^laUés dans ce logis, où ils n'avaient pas été inquiétés un seul instant, et leur prospérité toujours croissante donnait les meileures espérances pour l'avenir.
En écoutant ce récit, Angus O'Byrne attendait iopatiemment des aveux sur ce qui faisait l'objet de ses secrètes préoceupatioqs ; mais sans doute la bonne femme avait été prévenue par son mari, car, malgré quelques réticences embarrassées, elle ne prononça pas une parole compromettante. Le jeune prêtre commençait à désespérer -^'-^btenir aucun renseignement sur le sort de se .rère, quand une voix forte et un peu émue s'.-jva au dehors du cottage.
•^Eh! ]>ugald Mae^Carthy, vieux Uaireau enfumé, di&ait-on, ne sortirez-vous pas de votre tanière? Il y a de mauvaises nouvelles ce matin, et il va fallc'- dérouiller nos jambes d'ici k quel* ques l^eurei .
Au prem-er appel, Tom s'était levé ; mais un commencoLjent d'ivresse ne lui laissait pas sa lucidité d'esprit ordinaire. Il resta immobile en balbutiant :
— Eh ! c'est M. Jack, je crois.
IM ut WÊaaaKM. blutais.
— Vous Toolez dire Dancaa Ruthwel, le piptr de la vallée? inCerrompit sa femme en le regardant d'one maniàe significative ; Toas devriez aller ao-devant de lui ; peat-étre... enfin , n*aitendes-voas pas qu'on vous appelle?
— Oui ! oui, c'est juste, répliqua Tom, c'est Doncan... je vais voir... Que par!e-t-il donc de mauvaises nouvelles?
Mistress Irwing lui adressa un nouveau signe qu'il ne comprit pas. Cependant il allait sortir, quand la porte fut poussée brusquement, et un homme entra dans le cottage.
Il était vêtu de peaux de chèvre, comme Irwing lui-même, et paraissait fort agité. L'obscurité qui régnait dans la cabane l'empêcha d'abord de voir l'étranger; il s'écria avec colère en s'adressant à Tom :
— Eh bien! méchant pot à whiskey, est-ce le moment de vous enivrer quand je m'égosille à vous appeler? Voyons, tâchez de retrouver on peu votre raison si vous l'avez égarée âu fond de votre outre. Je vous dis qu'il ne s'agit pas de bagatelles aujourd'hui! Vous allez bien vite courir annoncer au laird de là-haut qu'il ait à se tenir sur ses gardes. Pendant ce temps, moi, je répandrai l'alarme dans la vallée. Où est ^ trompe?
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Et sans attendre de réponse, il se dirigea vers une partie du cottage où, parmi d'autres ustensiles grossiers, était suspendu un de ces cornets dont se servent les pâtres montagnards pour réunir leurs troupeaux.
Ces paroles inquiétantes, Taîr effrayé du nouveau venu, frappèrent tellement Irwing et sa femme, qu'ils en oublièrent eux-mêmes la présence d'Ângus.
— Mais que se passe-t-il donc, M. Duncan? demanda la ménagère toute tremblante.
— Oui, ajouta Irwing, qui commençait k se dégriser, que se passe-t-il ?
— Ma foi, vous ne tarderez pas à le savoir à vos dépens, si vous ne bougez pas plus que le roc de Finn sur la brèche de Giant-s*-Gut. Les soldats sassenachs ont couché à Goug la nuit dernière, et ils s'avancent rondement de ce côté. On dit qu'ils en veulent surtout au laird et à la jeune dame ; mais, si en péchant le gros poisson, ils trouvent le petit dans leurs filets, ils ne le rejetteront pas, soyez-en sûrs. Nous devons songer à ça, camarade; car vous. et moi...
Il s'interrompit ; son regard venait de tomber sur Ângus, qui, assis dans Tombre, écoutait ces nouvelles avec un grand intérêt. .
— Qui avons-nous ici? demanda-t-il avec ua
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mélaage 4é surprîge et de colère. £h! l'attii, V008 n*avez pas besoin de cinquan(ie paires d'oreilles, colame l'idole de Jaggrenal^ pour entendre mes paroles ; une bonne paire suffit, et vous ouvrez les vôtres... Qui étea-vous donc? eofttinua-t-ii en examinant sans laçon Tobjet de sa défiance; vous n'appartenez pas à notre assoeiation, je crois, et... N^abooligehl ajouta-t^il en bondissant en arrière, c'est le ministre, e'est M. O'Byfne lui-même ! Angus se leva.
— Vous m'avez reconnu, M. Jack Gunn, dit-il, et moi, à mon tour, j'ai reconnu en vous k fidèle compagnon de mon frère. Votre présence ici me confirme dans le soupçon que m'avait inspiré d'abord la rencontre de Tom Irwing ; maintenant, j'en suis ^ur, Richard est près d'ici.
— Votre Révérence peut se tromper, répondit Gunn; qui vous a dit^...
•^ Ce n'est pas moi, interrompit Irwing avec empressement; Votre Révérence me rendra ce témoignage que je n'ai pas trahi les secrets du laird !
Mistress Irwing poussa son mari du ce-''' pour Tobliger à se taire. Àngus reprit d'un persuasif:
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-* Jack Gunn, Irwing, n'essayez plus de nier; vous avez aisèz lultë pour défendre le secret de votre chef, de votre ami. Les monients sont précieux ; ce ^ue j'avais prévu se réalise ; on a envoyé des troupes pour battre le pays. Richard, si bien oaehé qu'il soit, est perdu si l'on ne le sauve ; j'en ai les moyens. Conduise^moi surle-champ près de lui ; je vous l'ordonne au nom de son salut!
Irwing et Gunn, ou plutôt Dugald el DuneaB^ comme ils s'appelaient, se regardèrent avec angoisse.
-1- Hum! fit Dugald.
•^ Diable ! fit Dunean.
Angus mit son manteau.
-^ Allons, mes amis, reprit-il avec entraînement, chaque minute qui se passe aggrave les dangers de Richard... Il me semble déjà entendre les trompettes de ces Anglais qui viennent l'arrêter.
-n- Les entendez-vous réellement? demanda le prétendu Dunean, dont les traits s'animèrent; autrefois, rien qu'au son des clairons je pouvais reconnaître, à trois milles de distance, le nu*méro de n'importe quel régiment des trois royaumes ou des colonies. Eh bien, moi aussi) avec ee méehant cornet, je vais les réguler dHine
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faufare qui leur fera dresser les oreilles... ÀlloDS, Votre Révërence, puisqu'il le faut, nous vous conduirons à Fairy-Mount ; il n'appartient à personne en effet de se placer entre deux frères, deux hommes du même sang... Mais si le laird nous blâme, vous vous souviendrez que vous nous avez force la main et surtout que nous n'avons trahi aucun de ses secrets.
— Il suffit... Mais partons, de grâce^ et je réponds de tout.
Un moment après, Angus gravissi.it avec ses deux guides une rampe escarpée de la montagne voisine. Il avait laissé son poney au cottage d'Irwing, vu l'impossibilité de continuer sa route à cheval, et, malgré ses fatigues, il s^avançait d'un bon pas. De temps en temps, Gunn, portant le cornet à ses lèvres, en tirait des sons plaintifs qui se prolongeaient dans les gorges et les vallées.
Alors, on voyait les têtes des pâtres se dresser avec inquiétude derrière les genêts ; quelquesuns assemblaient précipitamment leurs troupeaux et les chassaient vers les hauteurs pour les mettre en sûreté. Des femmes couraient à ' toutes jambes dans la piscine, tandis que '''^'' montagnards, armés de fusils, s'embusquiren haut des rochers. Bientôt les mêmes so**