CHAPITRE IV
trompe se répétèrent dans diverses directions, comme des échos lointains ; deâ nuages de fumée parurent sur certains poins désignés d'avance ; au bout de quelques instants» il devint évident que tout le pays avait pris Talarme.
Les prosorîtt.
Lliabitalion de Fairy-Mount, vers laquelle se dirigeait Angus, était célèbre daos le pays, quoique son existence fût un mystère, même pour la plupart des proscrits. Sa situation exacte et les moyens d'y arriver n'étaient connus, en effet, que d'un petit nombre de vétérans du Cunnemara, à qui elle servait de retraite dans les moments de danger. Elle avait été occupée par des rebelles illustres, on par des chefs de brigands qui, de là, avaient bravé, pendant de
longues années, les atteintes de la justice. Aussi faisait-on les récits les plus incroyables sur les crimes dont elle avait été le théâtre, sur les obstacles qui en défendaient rapproche, sur les passages souterrains qui y conduisaient et qui permettaient, en cas de siège, à ses habitants, d'aller sortir, à une grande distance, derrière les lignes ennemies.
Les aventures d'un certain Thomas Glendore qui s'y était établi vers ja fin du siècle dernier, avant l'insurrection de 1798, défrayaient surtout les légendes de Fairy-Mount. Cet homme, d'une force herculéenne, était un chef de whiteboys, fort redouté des comtés voisins pour ses attaques et ses violences contre les riches landlords. On assurait qu'il en avait conduit plusieurs prisonniers dans son repaire, et que, pour les obliger à se racheter ou pour venger d'anciennes injures, il les avait fuit périr au milieu d'horribles tourments. Suivant ces récits, les grils de fer, les instruments de supplice qui avaient servi à torturer les victimes existaient encore, et les traces de sang étaient demeurées visibles sur les parois des obscures cavernes où les malheureux propriétaires avaient été enfermés. Enfin, Thomas Glendore avait été tué . une escarmouche contre les soldats angl
CHAPlTlg T. It9
mais on prétendait que depuis cette époque, son âme errait choque nuit, en proférant d'effroyables blasphèmes, dans ces sombres lieux où s'était exercée autrefois sa cruauté.
Ces légendes donnaient à Fairy-Mount un caractère fantastique, surnaturel, que l'ignorance où Ton était de sa véritable situation tendait à exagérer encore. De leur côté, les proscrits, qui avaient succédé plus tard à Glendore dans cette espèce de forteresse, n'avaient pas négligé de propager les contes absurdes où ils trouvaient des avantages pour leur sûreté. Aussi la police anglaise, déconcertée par les détails bizarres, souvent contradictoires, toujours incroyables, qui lui arrivaient sur cette retraite inconnue des rebelles, avait-elle fini par douter de son existence et par considérer comme des fables ce qu'on lui rapportait.
Fairy*lV int existait pourtant réellement, et pour prei e, nous allons, en vertu de notre omnipotei de romancier, y introduire le lecteur, a it même l'arrivée d'Angus et de ses compagnons.
Cette ancienne demeure du farouche Glendore était située à peu près à mi-côte d'une des montagnes appelées les Trois -Sœurs. Aucun sentier n'y conduisait-, les initiés seuls connais- 3. «2
iSD LE DERNItTR HILâKdAIS.
saienl les mille détours qu*il fallait prendre pour atteindre à cette élévation; un visiteur étranger se serait vu arrêté à chaque pas par des difficultés insurmontables. Vers le milieu du versant, on trouvait une 'sorte de teirafsse qu'un parapet naturel de rochers empêchait de voii* d'en bas ; là ^'élevait l'habitation de Faîty-Mount. Un petit bâtiment, de forme basse, construit en pierres et voûté, était adossé à la montagne, qui, i' partir de ce point jusqu'au sommet, paraissait tout à fiait inaccessible. Le bâtiment, d'aspect fruste et grosi^ier, à la porte solide, aux nombreuses meurtrières, cachait entièrement l'entrée des grottes immenses qui en étaient les dépendances. Tout, dans ce fort en miniature, témoignait des précautions imposées à ses habitants pour leur sûi^eté. Le passage conduisant à la terrasse avait seulement la largeur suffisante pour une personne ; 11 se fermait instantanément au moyen de gt*ossea pierres mobiles disposées h cet effet, d; qu'un homme seul, arméd^on levier; eût aiséînent déplacées. On ne pouvait parvenir à rhabitation sans être exposé au feu d'une sorte de rempal*t qui commandait le chemin. EnGln^ en eas dé blocus, les habitants de F^"^- Mount n'euss^ent été pifivés ni d'air, ni lumière, ni même de pr^omenade ; au de'^
GHAAITRE V. {31
Mtimaot, la terrasse s'élargissait 4e manière à iormer un jardin, ombragé de ^ombreux arbustes .;'uo bassio creusé dans le roc, et qui rece- Tait les eaux venues du sommetxle la.montagne, offrait en toute saison une })oissoQ pure et aboodaute qui >ne pouvait manquer.
Malgcé Taspect sévère de l'IiabÂtatioa et les affreux souvenirs qui s'y rattachaient, l'exté* rieur de Faiiy-Mouiit n'avait donc rien de 4rop jrepoussant le jour dont nous parlons, a^u mojuent où Angus O'Byrne recevait l'hospitalilë cbez Tom Irwing. Le soleil, si avare de ses rayons pour les régions inférieures, se jouait inarmi les arbres du jardin et dorait les extré- «nités de Ja corniche de rochers. Sous sa douce chaleur, we mésange, pauvre petit oiseau égaré à cette hauteur, chantait sous un houx épineux dont elle égrenait les fruits vermeils. »Une chè* yre privée, qui ^rait .en bondissant au milieu deSfbaUiers, lui x^ondait par ses joyeux bêle- 4i)ents. Le .bassin* gelé pendant la miU prëoédente^ ibndait lentement la plaque de cristal jdoat il était couvert, d l'eau scintillait en perles Jiquides.par-4easus ses bords. ÇàiCt là le^^son v^t, les mousses et les lichens aux couleurs vives ^ égayaient le regard qu'eut fatigué ila brune monotonie des rochers.
ISi LE DBftiaBR lELAllDAIS.
A rextrémité du jardin, du haut d'un bloc de basalte qui surplombait, on dominait un vaste et rude paysage. D'un cdté était la vaUée des Trois-Sœurs, avec son lac noir et immobile, sa eascade bruyante, ses ténèbres humides et sa solitude de mort ; de l'autre, l'espèce de petite plaine où demeurait Irwing, avec ses précipices, ses cottages dont le toit fumai.t, ses troupeaux bariolés qui s'éparpillaient dans les pâturages. A Tarrière-plan, il y avait des monts majes* tueux dont les cimes blanches de neige se perdaient dans les pâles vapeurs d'un ciel d'hiver.
Une femme, appuyée contre ce bloc^ contemplait tristement le chemin, invisible pour tout autre, qui montait à Fairy-Mount. Son grand châle était drapé autour de sa tête et de ses épaules, comme le plaid d'une Écossaise. Néanmoins, au milieu des plis nombreux qui encadraient son visage, on distinguait des traits d'une beauté et d'une délicatesse que Ton ne devait pas s'attendre à trouver en pareil lieu. Immobile, malgré le vent du nord qui, par moments, lui imprimait ses acres baisers, elle sanblait attendre quelqu'un avec anxiété, et des larmes coulaient lentement de ses yeux.
Enfin, elle quitta son poste d'observal