CHAPITRE
elle se mit k errer, comme au hasard , dans le jardin de Fairy-Mount.
— // ne vient pas, soupira- t-elle; je suis seule, toujours seule dans cette horrible maison, où je crois toujours entendre le râle des mourants, où les murs suintent le sang ! Je ne l'accuse pas; c'est à lui de veiller h nos besoins, de pourvoir à notre sûreté. Mais qui m'eût dit, mon Dieu ! que je pourrais supporter tant d'humiliations, tant de misères, tant de terreurs, sans mourir?
Elle s'arrêta et s'abandonna un moment à une irrésistible douleur.
— Calmons-nous, reprit-elle enfin; il peut venir d'un nnoment k Fautre, et il ne faut pas qu'il se d( '?... Oui, oui, je lui cacherai mes souflrancei , pour lui mes yeux n'exprimeront que de l'ai our, mes lèvres ne s'ouvriront que pour sour; e. Il ne saura rien, il ne verra rien, il ne devin 'a rien. Je me le suis promis, je ferai mentir l'aveugle de Lady's-Church.
Elle s'approcha du bassin, et trempant l'extrémité de ses doigts dans l'eau, elle en huraecta ses yeux et son visage pour effacer toute trace de larmes. Comme elle était encore occupée de ce soin, un sifflement aigu partît k quelque distance et se répéta jusqu'à trois fois.
«134 LE DEANIBt IRtàNDAIS.
— C'eâtitti! itturmuranUeUe.
Aussitôt elle traversa, ilégére comble uo iMm- * neau, Je jardin et la eour de Ft^iry-Atotfht. Arrivée à >mi portîcfue de rochers qui donnciit necès dans cette singulière babîtatîoa, elle s^éoria avec une gaieté affectée :
— Qh ! oh ! que de préeaotiOBS aujourd'hui^ mon cher Richard! Y aurait-il duino^voau dans la plaine ? Entres, toutefois ; tvos «luaemîs ae: sont pas ici.
Un homme vif.et alerte, vêtu de peaux, oomme ks gens eu ipay6, let équipé en dhasâeur, un fusil sur répaule, s'élança d'un.enfoneeiiieiit4)ji jl s'était tenu caché jusqu'à ce qu'on eut répondu k son signal. Bientôt il se trouva près de la jeune femme:; ^Ue lui tendit sa main, qu'il ibaiaa ehaieureusemelit.
— Ne vous effrayez rpas, ma cbève NeUy, f©pondit-iil ; en chassant, j'ai rencontsé un pâtre qui iprétend avoir aperçu ce matin un .voyageur à cheval dans la vallée des Trois-Sœurs. Vou^ savez combien la présence d'un étranger doit nous élre suspecte; c'est pour cela que .toiit.|i l'heure... mais il n'y a rien de sérieusem^ inquiétant, J'eapère, dans l'apparition de œt inconnu. Jack Gunn e$t-»il .rentré?
— Non, Riahard j je p'ai vu peraonne.
€oiiliie le ifmyeur me gagne quand je suis lougtemps seule dans la salle de Eoiry-Mount, je suis sortie peur prendre Fair sur celte terrasse. .
— Eobat! que .pouvez-vous donc craindre ioi?
— Excusez-moi, Riobard; mais on iait des eootes .si affreux sur celte maison et sur les grottes .qui s'étendent au-dessous d'elle... £n i^érilé, j'ai honte de moi-même !
— Nally! pauvre Nelly ! dit O'Byrne avec un soupir, -vQUSiu'éliez jpas née pour cette existence av<e|itu9euse...; je m'en aperçois chaque jour •davantage !
Touteii causant, ils s'avançaient vers l'habitation. Richard reprit d'un ton j)lus gai :
— <£n af *^-"d^nt Tennemi, s'il doit venir, il y aura fête )urd'hui dans notre pauvre .demeure... li i($inez, mon ange, que j'ai tait ce ;malin une nsse .miraculeuse : quatre superbes .canards sa jges abattus de «mes deux coups ^urie l^c I jir! Nous voilà des iprovisioos pour plusieurs j -irs, et Jack, notre cuisinier, va joousprépe jr un véritable festin, itfais vous.ne me dites ^ri .n , nia chère ?
.En effet, Nelly avait été si émue des paroles jif^cédentes du proscrit, qu'elle craignait de se
— Ncflj, dit-fl; TOUS ara pleué.
— Moi, mon au? je toos assare qve tous TOUS trompez... Tous voyez peot-étre sur mon ▼ÎMge Vélki de ee Teot pîqoaDt aaqad je me aûê imprudemment eiposée.
Richard seeoua la tête d*un air sombre, maia sans prononcer une parole. Ils entrèrent dans une pièce voûtée, presque dénuée de meubles. Un bon feu de touibe brûlait dans la cheminée, répandant autour de lui une bienfaisante chakor et une vive clarté. Richard jeta sur un banc son carnier et son fusil. Puis il ?int s'asseoir auprès du feu, en face de sa compagne. Tous les deux gardèrent un moment le silence.
— Nelly, dit enfin Richard, tous êtes malheureuse!
Et comme elle tentait un geste de dénégation :
— Oh ! ne vous en défendez pas, reprit-il ; ces soupçons, que j'ai conçus depuis longtemps déjà, deviennent maintenant une certitude. . . Je savais bien que vous présumiez trop de vos forces, vous, vous si jeune et si délicate, vous habituée aux douceurs de la vie opulente , en voulant parta* ger le sort d*un proscrit... J'avais prévu inévitable retour quand je vous associai ^
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malheurs, à mes dangers ; et vous m'êtes témoin vous-même que, malgré les ineffables consolations que je devais trouver dans votre dévouement, j'éprouvais une sorte de remords è Taccepter!
— Ne dites pas cela, mon Richard, reprit la jeune femme en passant un de ses bras autour du cou du proscrit et en donnant un libre cours & ses larmes. Eh bien ! oui, je ne m'en cache plus... je pleure... Oui, j'avoue qu'au milieu des privations^ des terreurs, des souffrances qui m'accablent, je pense parfois au passé et qu'alors mon courage m'abandonne! Mais, Richard, me reprocherez-vous ces quelques larmes accordées k ma joyeuse et paisible enfance, & mon vieux père, dont j'oublie les torts pour ne me rappeler que les soins et la tendresse? Ne soyez point jaloux de ces regrets, Richard; je vous aime toujours, et...
— Ce n'est pas votre amour que j*accuse, reprit O'Byrne avec chaleur, vous m'en avez donné trop de preuves pour que je puisse en douter encore... Mais que faire maintenant? Comment vous voir souffrir sans chercher à vous délivrer du fardeau qui vous pèse? Il est donc vrai, chère et généreuse enfant, ajouta-t-il avec attendrissement, j'ai causé votre malheur, je
438 LB DEANIER IIUJk,IIDAlS.
VOUS ai entraioée daDS Tabioie avec mai... J'ai donné une apparence de raison i ceux qui m'accusent de vous avoir choisie pour victime expiatoire de nos longues et crueUes dissensions de famille !
U se cacha 'le visage dans ses maÎAS et étouffa quelques sanglots. Tout à coup Nelly se Jeva et essuya ses yeux.
— Pardonnez-moi, Richard, reprit-elle d'un ton plus ferme; vous saves que j'ai toujours eu l'orgueil de me croire supérieure k la (aiblesae de mon sexe et de mon âge; éxcu9cz un instant de veràge dont je rougis. Xes avantages que ^ ^regrette valent-dls celui de vivre jprès de vpus, d'être votre compague, l'objet de toutes vos pensées? Et quant à mon père, ne jn'a-t-il pps donné rexemjrie de rindifférence et de l'abandon? Allons, c'est âni, Richard. Voyez, je ne pleure plus. Je souris, je suis heureuse, car je t'aime, mon Richard, et je ne te quiUerai plus.
Ces paroles affectifeiiscs étaient prononcées avec tant de naturel et de sincérité que k proscrit tressaillit ; ses Iraits, si mornes tout & J'heure, ^'illuminèrent d'espérivnce. II prit la jeune «femme dans ses rbras et la s^rra contre as poitrine.
£o ce moment Jes sons d'une trompe l
tàttni au dehors. Les deux jf$Qnes gens s'étoignèrent l'un de Fautre eC écoutèrent.
— C'est une fenfare d'ularme, dit Richard ar^c agitation; plus de doute! ce Toyageur k chenal qu'on a aperça ce matin était un agent dtt gonvemeaient ou tout au moins un espion déguisé.
— JSti bien, mon ami, qu'importe? répliqua NelJy Avondale avec légèreté; vous êtes trop brave pour redouter un homme seul. Mais nous allons avoir des nouvelles précises, car le son parait se rapprocher, et Jack Gunn, qui fait tout ce vacarme, vient certainement ici.
— C'est probable. Cependant je vais me mettre en observation sur la terrasse. Dans notre position, on ne saurait prendre trop de précautions pour n'être pas surpris.
Il allait sortir, en effet, quand trois hommes se précipitèrent dans la salle.
— Laird, s'écria Irwing éperdu, sauvez-vous bien vite avec la jeune dame. Nous avons vu les soldats rouges.
La jeune femme poussa un cri d'épouvante; mais Richard, qui se défiait de la simplicité de Tom Irwing, se tourna vers Jack comme pour lui demander ce qu'il devait penser d'un pareil rapport.
Ii9 LE DEINIBU IKLAHDAIS.
— Cela n*est que trop vrai, dit Jack à son tour; les soldats arrivent bon train. On nous avait donne Téveil ce matin, mais nous ne les attendions pas de sitôt. Oui, ils sont a un demimille d'ici tout au plus, et ils forment un joli corps de troupes avec de la cavalerie et des nuées de constables et de policemeu... Enfin, ils sont trop pour nous; voilà tout ce que je peux en dire.
— Fort bien, répliqua le proscrit avec calme; mais rien ne prouve encore que ces troupes sachent la situation de Fairy-Mount et...
En ce moment son regard s*arréta sur^Angus, qu'il avait pris d'abord pour un paddy de la vallée. Le prêtre, voyant que sa présence excitait la défiance de Richard, écarta vivement son manteau.
— Richard, dit-il avec émotion, vous pouvez parler sans crainte. Celui qui vous écoute est un frère qui vous aime et veut vous sauver.
En même temps il embrassa chaleureusement le proscrit, sans que celui-ci cherchât à éviter ou à lui rendre ses caresses.
A peine Angus s'était-il fait reconnaître que Nelly Avondale s'était réfugiée, rouge et tremblante, dans le coin le plus obscur de la . Mais ni l'un ni l'autre des deux frères ne ^