‹ Le dernier IrlandaisChapitre 143 sur 149 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

rien dire ; mais on le connait , cet insolent coquin qui vint donner la main aux rebelles, quand ils brûlèrent Tancienne maison, et qui a eu l'art de persuader au lord qu'il était resté pour la défendre.

— Et ce scélérat de Tyler, qui est aujourd'hui bailli de la terre d*Avondale, ne vaut pas mieux, voisine, dit Alison d'un ton larmoyant; ne sait-on pas que ce fut lui qui dénonça au grand comte Richard O'fiyrne le ministre firuce, caché dans une garde-robe? Eh bien, Tyler, que je rencontrai l'autre jour en allant rôder autour des cuisines pour obtenir les restes, dont ne voudrait pas la meute de milord, me chassa impitoyablement et me menaça de me faire conduire a la maison de correction, s'il me retrouvait dans l'enceinte de Stone-House, si bien que je lui dis...

— Allons ! commères, interrompit mistress O'Flanagan, pourquoi rompre les oreilles de ces gentlemen si vous ne pouvez leur rendre le service qu'ils demandent?... Quant à moi, pour être agréable a Leurs Honneurs, j'essayerai demain quelque chose. Je connais un peu mistress Jones, la première femme de milady ; c'est une bonne personne, pas fière, obligeante, qui parle avec tout le monde ; je lui demande-

i^ LE DEHWBli, IM>iN|>iIS.

rai $i eHe ne peut pas nous aider dans cetCo affaire.

— Bt la robe sera pour vous, voisine? dit Jenoy avec un accent de jalousie^ vous aves toujours eu du bonheur, vous.

— Oui, murmura Alison ; mislress 0*f lana* ga.n fait la pauvre, mais toutes les prospérités lui viicnnent l'une après l'autre; ce n*est pas elle pourtant; qui pleurerait les morts gratis ou qui donnerait un verre de whiskey à crédit.

— Allons, allons, voisines, dit la cabaretière d'un, ton aigre- doux, ne nous querellons, pas en présence dfi ces messieurs, qui sont des hommes civils et bien élevés ; aussi, bien, voilà leur souper près et ils désirent sans doute prendre leur repas en liberté. Bonsoir donc, voisines; je ne tiens pas la robe encpre, mais j'ose dire que si je l'obtiens, je l'aurai méritée mieux que vous ; car, griioe à Dieu, il n'y a rien à dire contre la veuve OTlanagan, pas même qu'elle est eavieuse et mauvaise langue, comme bien d'autres !

En même temps elle éconduisit, sans trop de cérémonie, les deux harpies, qui se retirèrent en grommelant çt drapèrent sans doute d'importance leur bonne amie dès qu'elles se ti vèrent seuljes.

CliHTItt TI. 187

Les voyageurs soupërent en silence, h ta lueur d*un méchant bout de chandelle que Fhôtesse vena'* d'allumer. Kennedy mangea atec appétit; s< maître, au contraire, ne toucha pas aux mets servis devant lui, la cuisine peu ^KeaCe de mistress OTIanagan n*étànt peUtétre pas dt son goût. Le repas fini, ils entrèrent dans la chambre voisine, où ils devaient couéber auprès de leurs ballots, et la veuve, après avoir soupe'^ de ce qu'ils avaient laissé, se coucha à son tour

Pendant quelques heures encore on entendit un chuchotement dans la pièce ou s'étaient retirés les étrangers; puis la porte de leur chambre, qui donnait sur la campagne, s'ouvrit doucement, et l'un des voyageurs sortit pôtir ne rentrer que fort avant dans fa nuit.

Il n'était pas facile d'ihaaginer qi\el but pouvait avoir cette promenade. Cependant, un pAddy de Neath, qui était allé la veille h une ville voisine chercher TauraÔne d'un schelling, et qui voyagea toute la nuit pour revenir à Ifeatfa, assura plus tard avoir vu sortir du cimetière de Rhefeart une ombre noire qui, comme lui, se dirigeait vers le village. Le pauvre homme, assailli de craintes superstitieuses, eut voulu fuir et revenir sur ses pas ; mais la

18S LE DEMfIBE IBLàNDAlS.

fatigue Taccablait ; d'ailleurs, le misérable secours qu'il apportait était attendu à son cottage, où l'on souffrait la faim, et le moindre rétard pouvait avoir des suites funestes. En dépit de ses terreurs, il suivit donc l'ombre, et ses pieds nus ne produisant aucun bruit sur la route rocailleuse, il put s'en approcher plusieurs fois de très-près. On eût dit d'un homme de haute taille, enveloppé d'un manteau, le visage caché sous un large feutre. 0e temps en temps, elle s'arrêtait; alors on entendait, au milieu du silence de la nuit, des soupirs et des sanglots. Arrivée en face de la grille de Stone-House, elle fit une halte plus longue que toutes les autres, si bien que le paddy fut obligé d'attendre longtemps pour continuer sa route, n'osant prendre le pas sur cet être mystérieux. Enfin, l'ombre gravit rapidement la grand'rue du village; parvenue à la mense catholique, elle se mit à genoux sur le seuil, et on entendit de nouvelles plaintes, de nouveaux gémissements. Puis, se levant comme avec effort, elle s'avança vers l'église en ruine de Saint-Patrick et disparut derrière les décombres. Le paddy rentra à son cottage , et il demeura persuadé qu'il avait vu le spectre d'un des anciens défenseurs ae lande, à qui Dieu permettait de veni** '

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