‹ Le dernier IrlandaisChapitre 146 sur 149 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Et au lieu de continuer leur route, Us s'enfoncèrent de nouveau dans le fourré*

Les colporteurs s'avançaient rapidement vers le pavillon, sans paraître songer davantage à ceux qu'ils laissaient derrière eux. Néanmoins Kennedy regarda furtivement par-dessus sa balle et constata le changement de direction des deux fonctionnaires de Stone-House.

— Ils se doutent de quelque chose! dit-il d'un ton laconique.

— Je ne les crains pas , répondit-on avec insouciance.

Au bout d'un moment, ils se trouvèrent devant ces ruines où la fantaisie du feu lord Avondale avait établi un réduit dans le goût du moyen âge. Lors de l'incendie de l'habitation et de la dévastation du parc, le pavillon avait été religieusement respecté, en raison des souvenirs qui s'y rattachaient pour la famille O'fiyrne. Il était donc absolument tel que nous l'avons dépeint, sauf que les plantes et les arbustes parasites semblaient vouloir le cacher sous leur luxuriante verdure. Le silence, l'abandon, la tristesse qui régnaient i l'entour contrastaient avec sa destination actuelle de plaisir et de fri- 'élassement.

ress Jones, qui, sans doute, guettait les

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voyageurs, sortit de la tour et accourut au-devant d'eux.

— Par ici, messieurs, leur dit-elle. C'est de vous que m'a parlé cette bonne vieille femme mistress O'Flanagan? J'ai eu tort de céder & sa demande, et peut-être vais-je être bien grondée par mîlady. Entrez cependant, et nous tâcherons d'arranger les choses à la satisfaction de tous.

Les colporteurs saluèrent poliment et entrèrent dans le pavillon, tandis que Kennedy adressait à la gouvernante quelques remerciments assez convenables sur sa complaisance.

Mistress Jones était une femme simple, de mœurs austères, et même un peu puritaine, comme on pouvait le reconnaître i ses manières roideS) & sa mise où dominaieirt les couleurs foncées. Néanmoins , elle était fille d'Eve , après tout, et elle grillait d'envie de voir les colifichets que contenait la balle tant vantée des colporteurs. Au premier désir exprimé par elle, Kennedy s'empressa d'ouvrir son sac et d'en tirer une foule d'objets qu'il se mit à vanter avec l'as* sorance et la volubilité habituelles de sa profession. Bientôt les meubles furent couverts d'étoffes, de broderies, de petits ustensiles à l'usage deïB femmes ; l'industriel puisait toujc dans son énorme ballot sans qu'il en parût

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minué. Livrée à Fagréable occupatîoQ de oontempler ces belles choses, la gouvernante oubliait ses craintes au sujet de sa maîtresse et discutait avec vivacité le prix des marchandises dont elle désirait faire l'acquisition.

M. Poster restait complètement étranger aux démêlés mercantiles de son compagnon et de la gouvernante. Debout près de la porte, il contemplait avec un intérêt profond la pièce où il se trouvait. Le pavillon , à l'intérieur comme k l'extérieur, n'avait subi aucune modification : c'était encore le même mobilier de chêne noir, les mêmes sièges à dossiers élevés, les mêmes tentures sombres. Sur la table aux pieds tors, un thé était préparé , comme le jour où miss Avondale avait attendu en cet endroit l'infortunée Julia, qui ne devait [^us se rendre à ses invitations. Deux tasses de vieux sèvres étaient disposées de chaque côté d'une fontaine d'argent où frémissait Teau bouillante et dont le murmure monotone avait quelque chose de mélancolique.

Tout à coup Foster tressaillit. Un bruit léger qui avait échappé à son compagnon et h mistress Jones venait de frapper son oreille. Il se dressa et jeta un r^ard vers la porte restée ouverte.

Deux personnes montaient le sentier sinueux qui conduisait à la tour : un jeune homme d'une suprême élëgance et une jeune femme éblouissante de beauté , de parure et de grâce. Elle s'appuyait sur le bras de son cavalier, qui, se penchant à son oreille, lui parlait bas avec vivacité. Bile ne répondait pas et elle tenait ses yeux baissés vers la terre ; cependant, à son sourire k peine formulé, au coloris de plaisir et de pudeur qui se répandait sur son charmant visage, on devinait qu'elle écoutait sans colère de tendres paroles d'amour. C'étaient lady Clin- • ton et le jeune Français dont les assiduités auprès d'elle défrayaient déjà la malignité des commères de Neath.

Les deux promeneurs, tout occupés d'euxmêmes et de leur conversation confidentielle, arrivèrent à la porte du pavillon sans savoir où ils étaient. Mais au moment d'entrer, le cavalier ne put retenir une exclamation de surprise et de mauvaise humeur.

— Ah ! milady, s'écria-t-il en anglais avec un accent qui trahissait sa nationalité, vous m'aviez dit que nous déjeunerions seuls !

Lady Clinton ne comprit pas d'abord la cause de ce mécontentement. Puis, dardant son perçant dans l'intérieur du pavillon , elle a{

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