‹ Le dernier IrlandaisChapitre 2 sur 149 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

mot de politesse à voix basse; les enfants le regardaient de loin avec un mélange d'admiration et de terreur; les femmes se trouvaient heureuses d'avoir pu toucher les vêtements de Sa Révérence. Mais, disons-le tout d'abord, quel que soit le respect des Irlandais pour la jeu* nesse et la beauté d'une part, pour le caractère sacré du prêtre de l'autre, ces démonstrations ferventes avaient d'autres motifs. La jeune fille et le prêtre étaient frère et sœur ; tous les deux, avec un frère aine, absent depuis plusieurs années, étaient descendants et héritiers directs d'une royale famille qui avait longtemps régné sur le Munster. Or, en Irlande, rien ne s'oublie. Après cinq siècles, on se souvient encore des actions d'éclat et des victoires, des spoliations et des assassinats, des alliances et des querelles de races, comme si ces événements s'étaient accomplis hier. Aussi les pauvres paddys de Neath , en honorant leur ministre et sa jeune sœur, honoraient-ils en même temps les enfants de leurs anciens rois, leurs maîtres de droit divin, suivant la hiérarchie féodale, que ni le temps ni les violences n'avaient pu abroger à leurs yeux.

messe fut écoutée avec le plus profond '^''•ment; puis le révérend M. O'Byrne

10 LE DERIflBR IRLANDAIS.

monta sur un reste de pilier qu'un charpenties voyageur avait surmonté d'une chaire informât! et commença le sermon d'une voix onctueuses Le sujet était bien de nature à captiver Tatten-* tion des auditeurs; il s'agissait, comme toujours, des malheurs de l'Irlande, car les souffrances de cet infortuné pays sont telles qu'il ne saurait s'occuper que de lui-même. Le curé de Saiot- Patoick, selon l'usage du clei^é catholique, exhorta ses paroissiens à la patience, à la résignation chrétienne. Dans sa vive et éloquente allocution, il ne laissa pas échapper une parole de haine et de révolte contre les oppresseurs de son pays. Le règne des justes n'était pas de ce monde; dans l'autre vie seulement ils connaîtraient les joies et les félicités des élus; plus leurs souffrances auraient été grandes sur la terre, plus leur béatitude devait être grande dans le ciel. Les fidèles écoutaient ces consolations avec avidité; on voyait que pour eux elles n'étaient pas de vains mots, de banales redites, surtout sortant d'une pareille bouche. Leur poi* trine semblait se dégonfler de soupirs ; un vague sourire d'espérance se jouait sur leur visage; les larmes se séchaient insensiblement dans leurs yeux. Mais quand le prédicateur, en terminant, eut fait allusion à des jours meilleurs dès cette

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