‹ Le dernier IrlandaisChapitre 3 sur 149 · CHAPITRE PREMIER. if · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. if

vie pour la malheureuse Irlande; quand, sans prononcer toutefois le nom du libérateur, il eut rappelé que Dieu allait peut-être se servir d'un Hirand et généreux citoyen pour délivrer son peuple persécuté, Témotion devint suprême. Un frémissement électrique parcourut l'auditoire. Tous les assistants tendirent les mains vers le prêtre, toutes les lèvres remuèrent comme si elles avaient voulu dire : « N'est-ce pas , oh ! n'est-ce pas qu'O'Connell nous sauvera ? »

Mais la fin de ce discours pathétique fut lé* gèrement troublé par une circonstance singulière.

L'église regorgeait de monde, et bon nombre de retardataires avaient dû rester en dehors, saisissant de loin ce qu'ils pouvaient de la parole sa(»*ée. L'un d'eux cependant, plus fervent ou plus hardi que les autres, avait grimpé, au péril de sa vie, sur les décombres entassés par l'écroulement que nous connaissons, et était apparu tout à coup en haut de la brèche. Là , s'agenouiUant sur une corniche étroite, refuge ordinaire des corbeaux et des oiseaux de nuit, il était resté immobile comme une statue oubliée dans ce vieux monument. On eût dit d'un «j de grande taille, robuste, bien propor- "^ - il était enveloppé d'une sorte de manteau

iâ LE DERNIER IRLANDAIS.

de voyage dont le pan retombait sur Tépaule. Il avait la léte découverte, et une profusion de cheveux noirs flottaient sur son cou ; malgré la distance, son visage mâle paraissait bruni par l'action d'un soleil méridional. Celte sombre silhouette, qui se détachait sur le ciel lumineux à quarante pieds au-dessus du pavé de l'église, avait attiré un moment l'attention des fidèles; mais bientôt le sentiment de la sainteté du lieu avait étouffé cette velléité de distraction, et les paroissiens s'étaient absorbés de nouveau dans leurs prières.

Pendant une partie du sermon , l'inconnu resta impassible à son poste élevé, et on avait fini par l'oublier tout à fait. Ce fut seulement quand le prédicateur s'étendit sur la nécessité de se soumettre avec résignation aux volontés de la Providence, que le personnage mystérieux donna les signes d'une vive émotion. On le voyait s'agiter, et ses yeux brillaient d'en bas comme deux escarboudes. Mais au moment où le prêtre , en finissant , exprima l'espoir d'une prochaine délivrance par le secours d'O'Connel, l'inconnu sembla ne plus pouvoir se contenir; il se leva debout, étendit le bras avec énergie et poussa un cri de protestation qui retentit dans toutes les parties de l'église.

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