CHAPITRE III
Mon Dieu ! donnez^inoi la patience el le "v^i. rage!
Cette invocation ne semblait pas inutile. A 1» vue du prêtre catholique et de Julia, Sa Seigaeurie fit d'abord un mouvenient comme pour revenir en arrière; puis, se ravisant, elle doubla le pas, les yeux fixés sur eux, tandis que sir Geocge Clinton^ au contraire, montrait une sorte d'embarras et regardait à droite et à gauche avec affectation.
Aussitôt que le lord fut à portée de la voix, il dit d'un ton rude, sans même répondre à la salutation profonde des arrivants :
— Ah! vous voici, M. O'Byrne? Je savais bien que je ne tarderais pas à recevob votre visite. Chaque fois que ces ivrognes là-bas ont fait quelque beau cbeM'œuvre comme aujourd'hui, je dois m'attendre à cet honneur. Eh bien, voyons, qu'avez-vous à dire? J'en demande pardon k Votre Révérence, mais, je suis pressé de me rendre au village pour commencer l'enquête... Prétendriez-vous, par hasard, que le erime n'a pas été commis? Que Donnagh, mon garde, un homme revêtu de ma livrée, a'a pas* été lâchement assassiné par plus de cent vau> qui se sont rués sur lui tous h la fois ? Lssassiné! milord, répliqua M. O'Byrne
avec beaucoup de douceur; j'espère, en eflFet , qu'il n'en est rien. Donnagh a été, il est vrai, cruellemenl maltraité dans une rixe fortuite ; mais quand on l'a transporté à la inense pour recevoir les premiers secours, il avait repris connaissance, et j'ai maintenant lieu de croire. ••
— Allons-nous disputer sur les mots? s'écria le vieux comte aigrement. Je suis un bon et simple protestant, et non un casuiste aussi sub* til qu'un théologien de l'Église romaine... Assassiné ou assommé, mort tout à fait ou seulement mourant, n'est-ce pas une même chose? Mon autorité en est-elle moins méconnue? L'acte lui* même est-il moins lâche et moins atroce?... Mais, c'est assez ; je suis juge de paix, et en attendant le révérend M. Bruce, mon collègue, que j'ai envoyé prévenir , je veux ra'assurer par moimême. ••
— Milord , interrompit Angus , je supplie Votre Seigneurie de réfléchir sérieusement à ce qu'elle va faire; je ne voudrais pas soustraire tous les coupables à un juste châtiment, mais j'ose implorer votre indulgence pour ceux d'entre eux qui ont subi l'entraînement de l'exemple. Ils sont si malheureux ! ne les poussez pas au désespoir... Le désespoir, comme la faim, est un mauvais conseiller.
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Cet argument, d'ordinaire, produisait une certaine impression sur l'esprit du vieil Âvondale ; mais, cette fois, l'orgueil irrité fut le plus fort.
— Ah! vous voulez me faire peur? reprit-il avec ironie ; vous voulez me faire entendre sans doute que vos coquins pourraient m'assassiner ffloi-méme, piller Stone-House, brûler mes bois, que sais-je ? Oh! je les crois très-capables d'en avoir le désir ; le courage, c'est une autre affaire. Nous verrons s'il s'en trouvera d'assez hardis pour s'attaquer à un pair d'Angleterre , à un fidèle sujet de la reine !... Mais voilà où en sont venus ces mendiants audacieux depuis qu'on a eu la sottise de rétablir le culte papiste et depuis surtout que ce braillard d'O'Connell leur a fourré dans la tête de sottes idées d'agitation et d'indépendance. Les drôles se drapent dans leurs haiflons, ils menacent leur seigneur après boire. Os iront même jusqu'à assassiner un de ses domestiques. . . Puis ils croiront tous leurs méfaits effacés dès qu'ils les auront marmottés à l'oreille d'un de leurs prêtres, et ils recommenceront en sûreté de conscience!... Ne sont-ce pas là les effetedevotre belle religion romaine, M. O'Byrneî rétre catholique, si humble tout à l'heure, 'i^ssa majestueusement.
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— A mon tour, milord, dit-il d*un ion ferme, je lie saurais discuter de pareilles matières avee Votre Seignoi|irie«.. Vous avez sujet d'être irrité contre quelques-uns de vos tenanciers; je me suiB incljnë devant votre colère. Mais vous n'avez ni le droit ni le pouvoir de proférer ainsi des insultes et des blasphèmes eontre la sainte religion que je professe; aussi trouverez- vous boa que je refuse de les entendre davantage... Venez, ma soeur.
H prit la main de Julia et voulut s'éloigner ^ sans que lord Avondale fit un mouvement pour le retenir; mais sir George, qui n'avait pas paru compifendre jusque-là les regards suppliants de Julîa, intervint tout à coup.
— Un moment donc, par Dieu ! M. O'^vne, dit-il avec plus de chaleur qu'on ne devait en attendre de lui. Est-ce que d'anciens amis se fâchent ainsi pour des bagatelles ? Voyez djone le beau malheur, parce que des coquins nus et h moitié ivres ont étrillé un peu trop rudement un autre coquin en belle livrée et ivre tout k fait! Ce n'est pas que ce Donnagh ne a'eoitende assez bien à souffler dans une trompe et à découpler ses limiers sur la voie d'un renard ; il sait aussi , si j'ai bonne mémoire, fabriquer un emplâtre pour les pattes des chiens qui se sont
CHAnTRE ni. 91$
«fessdlfe en chasse ; mais, malgré ses talents, qui s'inquiète d^one pareille espèce? Que Donnagh s'applique à Icri-méme un de ses emplâtres pour les limiers, et qu'on n'en parle plus. Quant aux autres, les gens de là-bas, je voudrais être chargé de régler leur compte au plus vite : on en emprisonnerait quelques-uns, on en mettrait d'au<tfes à la porte de leurs cottages , dont ils né payent pas les fermages, et ce serait une affaire bédéCé Voyons , y a-t«ii dans tout cela , Dieu me damne! de quoi effrayer cette charmante mias O'^yrne, qui est là tremblante comme un oiseau?
Cette harangue était débitée d'un air de eon^ tratnte par sir George; quand die fut terminée il fouetta de sa cravache l'extrémité d'une branche sfvec satisfaction.
Lord Avondale, au fond,, ne se souciait pas de M brouiller tout à fidît avec M. O'Byrne qu'il considél^dt comme un rempairt entre lui et la baine de ses tenanciers ; mais sa fierté aristocraâqve ne lui permettait pas de laisser Voir ce sentiment.
-^Taisez-vous, sir George, dit-il d'un ton
d'humeur ^ qi:K)ique évidemment radiouci ; tous
...Jiez pas ainsi tout h l'heure, quand vous
^ez la perte du gibier étranglé par te chien
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de ce vieux rebelle de Sullivan. Mais vous êtes trop étourdi pour juger de pareilles matières. Je crois jvoir montré déjà assez de condescendance à M. 0*Byrne ; il n'obtiendra rien de moi pap des menaces,
— Des menaces , milord , reprit Angus avee dignité; il n'appartient pas à un bomme de ma robe et de mon caractère d'en faire entendre en son nom ; mais il peut en faire entendre au oom de Dieu dont il est le ministre et les puissants de la terre ne doivent pas y rester sourds.
— Ah ! Votre Révérence vient encore de lais* ser voir l'Église de Rome dans ses paroles! dit lord Avondale avec un sourire amer ; mais cette discussion est oiseuse. •• Vous avez cru remplir votre devoir de prêtre en intercédant pour les coupables ; je vais remplir mon devoir de magis» trat en leur appliquant la loi.
Il salua sèchement et voulut s'éloigner à son tour. Mais en se retournant il aperçut Julia qui s'était rapprochée de sir George et lui parlait bas avec chaleur. Le jeune homme essayait de dissimuler sous un banal sourire le malaise que trahissait son visage. En voyant les regards de lord Avondale fixés sur elle , Julia se tut et baissa la tête.
— Ah! miss O'fiyrne, dit le vieillard avee
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ironie, pardonnez-moi de ne vous avoir pas aceordé encore toute l'attention que vous méritex... Sans doute Sa Révérence, en venant à Stone-House, s'est modestement défiée de son éloquence pour défendre ses protégés et a compté sur les deux beaux yeux de sa sœur comme laxiliaires. Mais miss Julia m'a jugé trop vieux et trop coriace pour diriger son feu sur moi , et die s'est attaquée à mon parent, qui est en effet beaucoup plus inflammable; il faut qu'elle ait eu occasion de s*en apercevoir déjà pour faire ce dioix judicieux de ses victimes I
La pauvre enfant sentait l'aigreur cachée sous ces fadeurs; elle perdait contenance et semblait près de pleurer. Sir George crut devoir intervenir en sa faveur plus chaudement encore qu'il ne l'avait fait jusqu'ici.
— Eh ! mais^ pardieu ! miiord mon parent, dit-il, vous faites rougir miss O'Byrne... Je ne voudrais pas être, même indirectement, la cause d'une contrariété pour elle ; et si votre colère contre les coquins de Neath doit s'en prendre à quelqu'un, j'aime mieux qu'elle s'attaque à moi qui ai plus de force et de philosophie pour la supporter.
ieillard regarda Clinton et Julia en des-
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— C'est boff, c'est bon, imirniiorâ-tif avec unr soDrîre forcé ^Jmiss 0*Byrne a bien fe droit d*étre aimable, séduisante, coquette même... Tant pis poor ceux qui s'y laissent prendre ; la fierté âisr miss Julia fera leur supplice... Mais que notre charmante toisine me pardonne, nous perdoi^^ un temps précieuse... Partons, sir George. •• M. O'Byrne et sa sœur sont libres de noiisr accompagner ; ils pourront voir si nous rendons impartialement la justice.
Il y avait déjà dans cette concession de ford* Avondale un commencement de retour sur fuîméme ; M. O'Byrne le comprit :
— Eh bien ! milord, reprît-il avec empressement , puisque Votre Seigneurie le permet, je l'assisterai dans cette visite , et qu'elle me permette encore de compter autant sur sa miséricorde que sur sa justice envers ces malheureux égarés.
Le comte secoua la tête, et on aRait se mettre en marche, quand sir George s'écria tout à coup :
— Un moment, messieurs; voici quelqfu'un que vous n'attendiez pas et qui paraît toujours quand on l'attend le moins... C'est ma jolie parente, miss Flelly, qui nous arrive montée sur sa reine Mab, aussi vives, aussi sémillantes et
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peut-être aussi c<^icieus«s l'une que Teutre. On se retourna ; au loin quelque cfaose glissait liaus l'avenue de jeunes arbres airec la l^gè* reté du vent. C^était une belle amazone doni le Toile flottait en arrière dans la rapidité de sa course. Elle était montée sur un ponej noir, d'espèce mieroscopifue, à Toeil de feu, i la cri* nière flottante. Le sentier avait si peu de lar* g^or, que deux bommes eussent pu à peine y marcher de front. Mais le cheval était si petit, récuyère si souple et si svelte, que pas une branche n'était effleurée sur leur passage. La gradeuse fille, le front penché sur le cou de sa monture pour éviter les chocs , dans une attitude pI^ine d'aisance et de grâce, le visage animé d'un rose éclatant, le sourire sur les lèvres, produisait dans cet entourage de verdure Tefiet d'une des plus suavies créations de Gœthe ou de Sbakspeare.
En la voyant s'avancer avec une pareille impétuosité, les domestiques et le constable^ qui étaient restés en arrière, s'écartèrent instinctiyement ; mais , parvenue à trois pas d'eux , la jeune amazone , par un tour de force d'équitatioa dont peu de Françaises seraient capables, I net son poney dont les jarrets d acier »ent du coup, Puis, elle jeta la bride à un
des domestiques, sauta lestement à terre, et relevant d'une main la longue jupe de sa robe de drap, tandis que de l'autre elle lissait ses beaux cbeTOux noirs un peu dérangés, elle s'avança vers les visiteurs.
— Bien, bien, miss Nelly, dit sir Geoi^e quand elle donna un exemple de son adresse & manier sa monture ; par Dieu ! je ne ferais pas mieux moi-même. •• et votre petite Mab est dres-* sëe déjà comme si elle avait passé par les mains de Franconi, le grand écuyer français ; il est vrai que son éducation est mon ouvrage... Mais qui a bouclé cette martingale? ajouta-l-il d'un air de connaisseur en examinant le harnachement de Mab qui piaffait ; je parie que c'est Tom Stoffer. • • le butor n'en fait jamais d'autre ! Mab pouvait se blesser et par suite vous rompre le cou . Miss Avondalc, je vous avais dit de ne jamais souffrir que Tom portât la main sur le cheval que vous devez monter !
— Si vous aviez été là, sir George, dit miss Nelly d'un ton un peu impertinent , la besogne eût sans doute été mieux faite, car vous en remontreriez au plus habile palefrenier des trois royaumes ; mais je n'avais que Stoffer sous la main, et il a bien fallu me contenter de ses services : cette histoire de Donnagh a tourné la tête
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k tout le monde ; j'ai tooIq me rappeler au aoarenîr de ceux qui m'oubliaient, et me roid. fioojour, mon père; M. û'Hyme, ma chère Juiia, bonjour.
Tout en parlant , la pétulante créature araît embrassé le comte, tendu la main h Angus et sauté au cou de miss O'Byme , qui lui rendait arec transport ses caresses.
La fille de lord Avondale paraissait âgée de Tîngt ans environ. Elle avait cette finesse de carnation, cette pureté de coloris qui distingue les Anglaises ; mais son œil brun, ses cheveux noirs de jais collés sur ses tempes, ses sourcils qui formaient deux arcs hardis, empêchaient qu'on U confondit avec ces misses fades et sans expression dont le type remplit les gravures de mode. Sa taille, sans être élevée, était bien prise, nerveuse, souple dans ses ondulations ; ses mouvements avaient une vivacité, une soudaineté qui n'excluaient pourtant ni la dignité ni la grâce. Que vive intelligence rayonnait sur son front blanc et poli comme du marbre, une âme ardente animait ses traits si beaux et si délicats.
— Eh bien ! petite folle , demanda son pire
ftYAn une légère nuance de mécontentement, que
/eux-tu ? Je suis occupé en ce moment, et
«aurais écouter les babillages de jeune fille.
— Oh! VOUS savez bien ce que je v^ux, mon père} répliqua Nelly du ton eiyoleur d*uQe eolan t gâtée ; on m'a eqntc là-bas Taveuture de ce pauvre Donnagh. C'est un grand loalheur. Mais quand j'ai appris que vous vous rendiez à Méat h avec M. Smithson, te constable, que vous avleas fait prçndre des armes à Dick et h Gibbie, j'ai eu peur et j'ai voulu vous supplier. Mais, bab! j'arrive trop tard , sans doute ; je trouve M. O'Byrne et ma chère Julia près de vous ; ils m'ont prévenue , je le gage , et la tâche est déjà plus qq'à moitié faite.
— Elle n'est pas même commencée, migs Avondale, répliqua le prêtre en soupirant; nous avons échoué contre l'inflexible justice de milord.
— C'est bien vrai , pardieu ! dit George qui s'était enfin décidé à quitter le poney el à interrompre l'cxamcQ de son harnachement ; je vous jurÇ) miss Nelly, que nous avons tous eu notre coup de patte ou de dent de la part de mon cher parent, pour avoir voulu glisser un mot en faveur de ces damnés coquins... Oui| Sa Seigneurie a frappé à droite et à gauche, ot votre chariT^ante amie, miss O'Byrne elle-même, n'a pas été épargnée.
*- Quoi ! ma belie reine de Glendalough, ma
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di?iiie Daoine-Maithe de Wiclow a été offensée ? sécrîa la jeune fille en courant à miss O'Bjrne dont elle serra les mains dans les siennes. Pardonnez-lui, ma bonne, ajouta-t-elle à voix basse en se penchant pour Tembrasser.
Puis, se redressaut :
— Mon père, dit-elle d'un petit ton délibéré, TOUS vous êtes rendu coupable d'un crime de lèse-majesté envers la souveraine des brouil* lards, des lacs et des tourbières; le spectre blanc qui protège sa famille pourrait bien une de ces nuits vous apparaître avec son diadème de nuages et son épée taillée dans un glaçon du nord pour vous demander compte de ce méfait... Le bon vieux Sullivan, qui deoieure làhas dans les ruines de Lady's-Church, vous conterait des histoires à perte de vue là-dessus. Tenez, mon père, afin d'être amnistié vousmême, vous seriez sage d'accorder amnistie pleine et entière à ces enfants du Gaël qu'on ajipelle de nos jours les paddies de Neath.
— Quoi ! ma fille, oses-tu intercéder pour ces ignobles ivrognes?
— Ivrognes!... Et quand ils le seraient, dit miss Nelly d'un ton tragique, ne faut-il pas
; suivent les traditions de leurs pères? 'e donc de l'eau que buvaient Osslan et
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ses mille guerriers dans leurs festins où chai taient les bardes? Était-ce donc de Veau qu contenait la grande coupe d'or que Brian-Borr le Taillant roi de Munster, faisait circuler à J ronde dans les salles de marbre du palais d Kincora ? Non , non , sassenach orgueilleux c'était du vin écumeux, et à défaut de vin, c'étai du wiskey, du délicieux wiskey. (Une affreusi liqueur, pouah!) Et comment voudriez-vous que les fils de la prière fussent dégénérés au point de renier la boisson favorite de leurs ancêtres?
— Allons, miss Avondale, c'est assez de folies! interrompit le vieillard avec humeur; en vérité la tète vous a tourné avec ces légendes barbares que vous vous faites conter par le premier venu. Vous oubliez que vous êtes une bonne et loyale Anglaise, et vous vous intéressez trop vivement aux rebelles, desaffected qui prétendent descendre des anciens maîtres du pays.
— Et pouvez-vous lui en vouloir, miiord, dît M. O'Byrne avec mélancolie, de sa pitié pour une malheureuse race tombée de si haut? Laissez-nous du moins le passé, puisque vous avez le présent.
Lord Avondale fronça le sourcil, et une nou-
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fdîe discassion allait s'engager peut-être sur le sujet dangereux des Inimitiés nationales, quand JDÎss Nelly se hâta d'intervenir.
— Pardon, pardon, mon père, dit-elle, excusez ces frivoles plaisanteries... Vous savez bien que mon amour pour les vieilles poésies de notre Irlande ne m'empêche pas d*étre une fille pleine de tendresse pour vous... Aussi, permettez-moi de vous faire observer que nous vous tenons là bien longtemps sur vos jambes gout- U»ises... Tenez, si vous vouliez m'en croire, vous laisseriez cette besogne là-bas à votre bailli, M. Jameson, et à M. Bruce, qui s'en acquitteraient à merveille; nous rentrerions à Stone-Honse ; je vous accommoderais dans votre grand fauteuil, et je vous lirais le Times et VBerakL, sans me plaindre, jusqu'à ce que vous me dissiez : Assez, ou que vous fussiez complètement endormi... Hein! mon bon père, est ce que cela ne vaudrait pas mieux que d'aller à Neatb interroger des femmes qui pleurent, des eofants qui crient, des hommes qui menacent? Allons, c'est convenu ; nous allons rentrer, et pendant le reste du jour je ferai tout ce que vous voudrez; je vous chargerai moi-même pipe d'écume, et je vous préparerai des ' au xérès, eomme on ne vous en a jamais
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servi à la suite diss dîners minisiai'iels. V^ous verrez, vous verrez 1
La cbarroante créature avait tant de câi^'iierîe et de grâce quelle semblait irrésistible. Le vieux lord sourit avee complaisance :
— Voyez-vous la petite sirène I dit-il; ne pouvant me séduire, elle veut m -endormir. .* Malheureusement^ ^jouta-t-il d*un tondifféreot, je suis obligé pour cette fois de résister h tes instances, ma chère enfant. Mes jao^bes n^ sont pas aussi faibles qufs tu le crois, et fl n'est pas mal que ces vauriens li-bas me voient un peu debout. •• Je veux assister en persopne à cette enquête ; mais ce ne sera pas long et la ealècbe doit m'attendre à la grande grille... Je te promets cependant que si les faits ont été exagérés, si Ponnagh va toujours de mieux en mieux ...
-r- Vous serez indulgent, mon père, n'est-ce pas? Vous pardonnerez aux moins coupables...
— Peut-éire.
— Ah ! que vous êtes boq !... Eh bien, puisqu'il le faut, partez vite et n'oubliez pas votre promesse. Ah ça ! j^e ne puis rester seule ici à débiter des vers et des chansons aux arbres du parc ; Sa Majesté la reine deGlendalough n'aurat-elle pas pitié de ma solitude?
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— Je stiîs à vos ordres, miss Avondale, répliqua tfitrîdement Juliâ , et s! mon frèrey consent. . .
— Le saint jour du dimanche doit élie employé plutôt en exercices religieux quV*n eonyersations profenes, dit Àngus d^un ton austère.
— Eh bien, Éoiss 0*Èyrne me contera là légende de saint Kevin et de la beffe Cathleen, répliqua ^eity gaiement; comme ça, notre contersàCion sefa suffisamment édifiante.
— Fort bfeh, dît lord Avondàle un peu sèchement; nisiis ces damés seront obligées de se passer dte M compagnie de mon parent. J*ai besoin de srrr Geèrge et je le garde.
-^ Eb! mon père, personne ùe vous Ta demiindë.
— Ahl miss Nèlly, dit sii^ George de son ton languissant, mais âvpc utie satisfaction visible, j'ai le mauvais lot et encore vous me raillez ; mais 8Î vous vônliez coutiv le pare avee miss <yByme, qlre ferez-vous dié cette pauvre Mab? fille ta s'etmuyer, attachée i une branche.
— Sir George s'inquiète beaucoup plus de ce ((oe deviendra Afab qtie de ce que nous deviedcfroni? nouïi-mémes. Qu^î se rassure ! ce se-
;rdp de deux reines aVéc moi, je vais me iisscr d'une.
Elle s'approcha du poney, lui attacha la bridi sur le cou, et, faisant siffler sa cravache, elle lui dit :
— A Fccurie, Mab !
Aussitôt, le joli animal partit au galop et disparut dans la direction des habitations.
Alors Nelly passa son bras sous celui de Julîa, tandis que de l'autre main elle soutenait toujours sa jupe traînante d'amazone. Elle salua les hommes d'un geste rapide et s'élança dans une allée transversale, entraînant sa douce compagne qui n'osa pas retourner la tête.
Cinq minutes après, la place où avait eu lieu cette conversation était déserte et le calme le plus complet régnait h l'entour. Alors on eut vu un homme sortir des halliers épais dans lesquels il s'était tenu blotti, s'avancer à pas lents d'un air profondément rêveur.
C'était ce personnage enveloppé d'un manteau qui s'était montré déjà dans les ruines de Saint-Patrick. Comme il ne s'observait plus et comme il agissait en toute liberté, on pouvait reconnaître maintenant un homme de trentedeux ans environ, dont les vigoureuses proportions n'excluaient ni l'élégance ni la distinction. Ses traits bruns, bien caractérisés, étaient encore rehaussés par l'éclat de deux yeux noirs
ai brillait le fea de renthoniâasinr. Son (iroaC tnhissait par ses rides précoces des balNtud» de réflexion oa de crads soucis; la fière iodépendance de ses moaTcmentsanoonçaîl V d'actîoD et d*énogie. li portait par dessous manteau uo eostume simple et de eoupe qoi aTaît quelque ehosederunifonue mililaire; oa chapeau à larges bords omliragcait sou tîsage et eo faisait ressortir oicore Fciprcmon ooble et hardie.
Tout à coup il s'arrêta. A k place où se iroe* Taient un moment auparavant les fiuiilJes O^jme et Avondale, il venait d'apercevoir dans rfaerbe humide on papier plie en fiwme de lettre. Après une seconde d'hâitatioii, il le ramassa.
Cette lettre n'avait ni cadiet ni adresse; die semblait avoir été froissée longtemps dans une main moite et convulsivement serrée. Sans doute elle avait été perdue par Tune des personnes qui venaient de s'éloigner. L'inconnu Fonvrit; elle n'était pas signée. Force fut done de la lire pour savoir à qui elle appartenait.
C'était un simple billet ainsi conçu :
.. .rois jours je cherche vainement à '^ en particulier. Vous m'évitez ou
IBE IBURDilS. I. 10
iiO LE DXBNIIR IlILàHDAU.
M VOUS paraissez ne pas me cMnprendre qoan •c je vous adresse la parde devant des éirar « gers... Ayez pitié de moi! Il faut que je Tcm « parle aujourd'hui, ce soir même. Je ne pui «c plus supporter le lardaau de désespoir et d tt honte qui pèse sur moi. »
La date manquait eomme la signature.
Le mystérieux rôdeur relut plusieurs fois ce billet avec une agitation extrême; sa main tremblait ; une légère pâleur se montrait sous le faâle épais qui couvrait son visage.
— Qui a écrit ceci? murmura-t-il d'une voix soni>bre ; une des jeunes filles qui étaient là tout h l'heure, sans nul doute... Mais laquelle? Ces caractères informes, tracés avec rapidité dan» un moment de fièvre, sont méconnaissables. Si e'était... Non, non, c'est impossible! Une sainte et diasle fille d'O'fiyrne serait morte avant d'adresser un pareil billet à un séducteur... Mais alors c'est l'autre, l'Anglaise, la fille du lord? Mille démons d'enfer! si cela était...!
Et fl se frappait le front en marchant d*un pas précipité sans savoir où il allait.
Enfin cependant, par un violent effort sur lui-même, il parvint à se calmer*
— Je voulais voir, reprit4l avec un sourire