‹ Le dernier IrlandaisChapitre 24 sur 149 · CHAPITRE III. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. i

amer, je vois... Je voulais, après tant d'annëes d'absence, i der les blessures de mon malheureux pays ; je suis forcé d'abord de sonder celles de mon propre cœur et du cœur de mes l^rocbes. Courage pourtant! je mènerai de front ma vengeance et la vengeance de llrlande!

Et il s'enfonça rapidement sous les vastes et frais ombrages de Stone-House.

Les confidences.

En aucun pays du monde on ne trouverait des parcs égaux pour l'immensité et le luxe des décorations à ceux des riches landlords anglais en Irlande. Des montagnes et des vallées , des coteaux et des plaines sont souvent englobés dans ces vastes enceintes de murailles réservées aux plaisirs du maître. La nature s*y fait coouctte, riante, variée, fleurie, tandis qu'à l'en- *Me reste uniformément triste et sauvage, ■jvres paddies les rochers stériles et nus,

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les tourbières stagnantes dont les émanations donnent la fièyre, la yerdore sombre des champs de pommes de terre. Aux heureux possesseurs de ces beaux domaines, les sites pittoresques, les arbres toujours couverts de verdure et de fleurs, le gazon fin et choisi expurgé d'orties et de ronces. Le sol lui-même semble vouloir flatter Torgueil des opulents possesseurs de Tirlande.

Le parc de Stone-House eût pu être cité comme un modèle du genre. Agrandi successivement par les ancêtres de lord Âvondale et par lord Âvondale lui-même , il renfermait plus de quinze cents arpents de terrain. Suivant la mode anglaise, il était disposé de manière k former des perspectives attrayantes et à imiter avec art les plus délicieuses dispositions de la nature. Ce n'étaientpartoutquelacs,'ruisseaux,ilots,rochers naturels ou factices, labyrinthes inextricables, avec raocoœpagnement obligé de ruines, de fermes, de grottes, de ponts rustiques et de kiosques à la chinoise. Mais ces décors qui, dans les parcs ordinaires, produisent un effet ridicule par suite de leurs propor lions exiguës et de leur accumulation sur un étroit espace, ne choquaient nullement à Stone-House. Le lac était un véritable lac, aux eaux bleues et limpides,

qo'alisientaît tta abondant ruisseau descendu des hauteurs ; les plantations avaient Fampleur d'une forêt, les borîzons étaient vastes et majes* tueui. Au milieu du désordre apparent de ces merveOks renaît une sorte de symétrie gran*diose; plusieurs belles et larges avenues, bor** dées ehacuoe d'arbres différents ^ se dirigeaient de la circonférence au centre où se trouvait la magnifique habitation en forme de villa italienne dont on apercevait de Neath les girouettes dorées et les toits en terrasse. Cette habitation, vers laquelle tout rayonnait respectueusement , se faisait reconnaître tout d'abord à son air de dominatioa pouk^ la demeure sacrosainte du landlordy

... Baron des bols, des roehers et des plaines.

L'étranger qui $*était introduit dans le parc d*une façon si singulière prit distraitement un des nombreux sentiers qui se croisaient en tous sens dans l'intervalle des avenues principales. Après quelques minutes de marche, il eut été fort embarrassé de revenir au point de départ , perdu qu'il était dans cet épais bocage. Mais il ne paraissait pas y songer, et il marchait touau risque de rencontrer quelqu'un des ^'ques employés à l'entretien de ce do-

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maine prineier. Parfois , en traversant des clairières, il voyait bondir devant lui des hordes entières de daims, de cerfs et de chevreuils, qiii paissaient en famille l'herbe tendre et parfumée. Au-dessus de sa tète , mille petits oiseaux des bois^ le rouge-gorge, la fauvette, le troglodyte et le rossignol célébraient par des chants joyeux leurs amours et le printemps ; mais ces bruits divers qui indiquaient une profonde solitude autour du promeneur redoublaient encore sa mélancolie.

Bientôt il sortit du fourré, et, s'arrétant sur le edté d'une allée de sycomores, il parut chercher avidement des yeux quelque objet qu'il n'apercevait pas.

— Gomme tout ici est changé depuis dix ansi murmura-t-il. Autrefois ce terrain que je viens de parcourir ne faisait pas partie du parc; il était saint pour les véritables amif de la vieille Irlande, car \h se trouvaient les ruines de l'ancien Stone-House , le dernier manoir que posséda la famille de Brondubh dans ce pays où elle a régné. Mais sans doute ce lord, ce descendant des traîtres et des assassins, aura trouvé que ces estes précieux d'un autre âge faisaient tache au milieu de ses riants jardins, et il les aura effacés comme d'importuns souvenirs.

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