‹ Le dernier IrlandaisChapitre 31 sur 149 · CHAPITRE IT. 15d · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT. 15d

— En effet, miss Avondale, et il ne reviendra peutélre jamais, à moins...

— Aebevez donc !

— A moins d'ëyëneinents qni ne sont pas près d'arriver, répliqua Julia en étouffant un soupir.

Elle reprit après un nouveau silenee :

— Miss Nelly, vous ne m'avefc pas dit encore comment se termina votre conversation avec rineonnu du paquebot?

— Eh bien, ma chère, répliqua miss Avondak en cherchant à reprendre sa gaieté ordinaire, mon roman finit assez sottement, comme finissent les romans d'une heure... Pendant notre conversation, le navire atteignit la jetée de King's-TowD* Nous étions arrivés. Mon inconnu fut appelé pour veiller à ses bagages; roistress Jones m'appela d'un autre côté; nous nous saluâmes et... tout fut dit.

— Quoi? vous ne cherchâtes pas à savoir le nom et le rang de ce voyageur ? Lui-même ne demanda pas qui vous étiez ?

~ Il ne me convenait pas de prendre des informations... Quant à lui, je suppose qu'à la suite de cette conversation, il apprit la vérité Mais, sans doute, je ne gagnai rien . esprit à cette révélation ; quand nous

nous retrouvâmes sur la jetée, après le débarquement, il parut éviter mes regards et s'empressa de monter dans un jaunting-car, pendant que nous prenions le chemin de fer de King's-Town à Dublin... Je ne l'ai plus revu.

Miss O'Byrne hésita avant d'adresser à sa compagne cette question un peu délicate :

— Malgré tout cela, Nelly, cet inconnu a fait sur vous une impression profonde, et vous... vous l'aimez peut-être?

— Voyez-vous cette petite curieuse qui veut savoir mes secrets ! dit miss Avondale avec un enjouement affecté et en donnant à sou amie un léger coup sur les doigts. La reine de Glendalough, que je sache, n'a pas droit sur la conscience de ses sujettes... Tenez, Julia, si on vous le demande, vous répondrez que je n'en sais rien moi-même, et vous aurez dit vrai.

En même temps elle se leva résolument et fit ses préparatifs de départ.

— Voilà bien du temps perdu à bavarder, reprit-elle ; mon père doit être revenu de Neath, et je suis impatiente de savoir ce qui se sera passé de ce côté. Eh bien ! ma bonne Julia, m'accompagnez-vous jusqu'à Stone-House? Je vous offrirai une tasse de thé chez moi, et je vous renverrai à la mense dans la berline.

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— Merci, chère miss Ayondale, répliqua miss O^me avec agitation ; j'accepterais yolontiers Totre inyitation; mais, s'il faut l'ayouer, j'éprouTC une grande inquiétude pour un objet que f ai sans doute égaré, perdu... Il faut que je retourne bien vite par le sentier qui conduit à la petite porte, du côté du village.

Le personnage qui s'était introduit dans le parc comprit imparfaitement ces dernières pa« rôles. Les deux jeunes filles étaient sorties du pavillon des ruines, et il n'eut que le temps de se blottir dans les hautes herbes. La robe de Julia effleura en passant son visage, il entendit encore un moment le murmure de leurs voix, pois elles disparurent dans les détours du sentier.

A peine s'étaient-elles éloignées, que l'inconnu bondit hors de sa cachette. Il respira bruyamment comme si l'air eût manqué jusquelà à ses poumons, puis il s'élança k la suite des deux jeunes filles, franchissant les décombres et les halliers.

Il ne tarda pas à les revoir; elles s'éloignaient

en causant amicalement, sans jeter un regard

en arrière. Parvenues à un embranchement de

, elles échangèrent encore quelques mots,

ssèrent, et tandis que Nelly poursuivait

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sa marche Tcrs le cottage de Stotie-Hoiise, Julla s'enfoDça dans Taille ombreuse qu'elle ayaît suivie doji.

Après une minute d'hésitation, ce fut à Julia que s'altacha l'Inconnu. Perçant à travers le fourré, il se trouva bientôt à quelques pas d'elle. Mais alors il prit les plus minutieuses précautions pour ne pas être aperçu. Il marchait sur le gazon, évitant de froisser les branchages du taillis ; de temps en temps il se baissait et res^ tait immobile ; puis il continuait d'avancer sans perdre des yeux la jeune 6lle qui le précédait.

Julia ne paraissait pas le moins du monde soupçonner qu'elle fût l'objet d'un pareil es<pionnage» Elle allait à pas lents, les yeux fixés sur la terre, et elle ne songeait pas à s'assurer si elle était suivie. De terribles pensées commençaient à s'élever dans l'esprit de l'observateur; néanmoins il essayait de s'illusionner encore, et il se rattachait au doute comme à une espérance dernière^

Bientôt le doute même ne fut plus possible. Miss O'Byrne^ parvenue h l'endroit où avait eu lieu la rencontre du lord et de sir George, cessa d'avancer. Penchée sur Therbe, elle se mit à chercher avec une telle attention, un tel air d'angoisse et de terreur^ qu'où eut dit que

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son existence dépendait de résultat de tes in- Testigations.

L'ineonnu n'ëtait plus séparé d'eJIe que par une mioee eouche de feuillage. Il s'était arrêté aos9i, et son qeil étincelait, tandis qu'il suivait chaque mouvement de la jeune fille; sous son loanteau, aa main alla caresser le manche ciselé d'un poignard indien.

— H est dooc vrai! murmura^t-il, c'est bien elle!

Il n'avait f^it qucun bruit, et cependant Julia se sentait mal à l'aide, comme le pauvre oiseau fasciné sur sa branche par le serpent qu'il ne virit pas encore. Tout à coup un frôlement de feuilles la fit tressaillir ; elle se retourna.

A la vue de cette figure pâle et sombre, encadrée dans la verdure, et dont les yeux de feu se fixaient sur elle, la pauvre enfant recula d'un pas; ses cheveux se dressèrent.

— Richard !.. . mon frère Richard ! murmurat-elle d'une voix éteinte.

Puis, s'affaissant sur ses genoux, elle éleva vers l'apparition ses mains convulsivement jointes en disant tout bas :

— Mon frère est mort dans l'Inde et il vient

enger l'honneur de sa royale famille...

le mon frère, tue-moi, je suis prête.

Et elle tomba à la renverse.

L'inconnu la considéra d'abord d'un air de menace. Les longs cheveux de Julia s'étaient dénoués dans sa chute et roulaient épars sur le gazon ; son visage avait la blancheur et la transparence de la cire vierge. Elle était si belle ainsi que l'étranger sentit son ressentimeat s'amollir. Peu à peu ses traits perdirent leur expression sinistre; ses yeux devinrent humides. Enfin il s'élança vers la jeune fille évanouie et, la soulevant dans ses bras, il lui dit avec un accent de tendresse et de douleur :

— Julia, ma sœur chérie, reviens à toi... Ton frère est vivant, il t'aime et il te pardonnera peut-être!

Révélations.

Richard O'Byrne, puisque nous savons enfin le nom du mystérieux rôdeur, prit la jeune fille évanouie dans ses bras et la transporta hors de ce sentier fréquenté où ils pouvaient être aperçus. Il la déposa avec précaution au milieu du fourré, sur le gazon, et lui qui, un moment auparavant, songeait à la tuer, se mit à lui prodiguer les soins les plus empressés, à ces soinS) miss O'Byrne recouvra bien- ^'^aissance et rouvrit les yeux.

niR nLiRDiis. 1. 13

146 LE DBENIEB IRLANDAIS.

Son frère aioé avait redouté beaucoup ce moment où sa présence pouvait occasionner une rechute. Un genou en terre, il tenait la main de Julia dans les siennes et ne cessait de parler à la pauvre enfant afin de l'habituer au son de sa voix.

— Oui, c'est moi, ma sœur, répétait-il avec bonté; pourquoi ma présence te fait-elle peur? Ne te souviens-tu plus, Julia, de l'affection que j'avais pour toi dans ton enfance, de la joie que j'éprouvais à recevoir tes caresses naïves, du plaisir que je trouvais à observer tes jeux, & écouter tes timides gazouillements? L'éloignement et le temps ne m'ont point changé ; c'est toujours ton Richard qui t'aime, qui te eonsolera si tu souffres, qui te protégera si tu as besoin de protection !

Ce langage affectueux parut enfin rassurer la jeune fille qui d'abord se débattait en sitence, comme si elle eût vouhi fuir. Peu à peu ses yeux se tourn^ent vers son frère avec une tendiresse craintive ; puis, trop faible encore pour se rdtever, elle se suspendit à son cou e& fondant en larmes.

• — Richard, mon cher Richard, balbutiaitdle ; est-ce possible? Comment se fait-il...?

— Pour des raisons que tu connattras plus

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tnd, ma sœur, j'ai quitté le senrice de l'Angle^ terre ; je suis reyenu seerètement en Irlande, où de graves devoirs m'appellent... Allons, ealmetoi, chère petite, je t'en supplie ; puis nous causerons et je t'expliqnerai... ce qu'il me sei^ permis de f expliquer*

n s'assit près d'elle et l'obligea doucement k garder le silence pendant quelques minutes. En* fin un sourire de Riciiard rendit la parole i Iulia.

— «- Plus j'y songe, mon frère, reprit-elle, plus tout ce qui se passe confond ma raison... Toi en Irlande, et depuis longtemps peut-être, sans que ni Angus ni moi ayons été prévenus !

— Une chose qui devrait sui^rendre enc<Mre davantage Julia 0*Byrne, répliqua Richard d'un ton sombre, ce serait de nous voir l'un et l'autre à la place où nous sommes. Je n'ignore pas, ma soeur, k qui appartient ce sol que nous foulons, cet air que nous respirons, ce feuillage qui BOUS couvre de son ombre. Mais si j'ai pénétré, moi, le chef de ma race, dans cette eneeiote maudite où vivent nos ennemis héréditaires, c'était pod# en arracher un frère et une flffiiip égarés. Ah ! Julia ! Julia ! était-ce donc à '3 mendier un coin dans la maison et au "■"• "OS persécuteurs acfaarliés? Deviez-

148 LE DBRmEB IRLAHDAIS.

TOUS Fun et Tautre accepter lies niieUes tombëes de leur table somptueuse? Aviez-vous le droit de faire de votre nom illustre un trophée à leur orgueil ?

— Mon frère, répliqua Julia timidement, les haines ne doivent pas s'éterniser comme les familles. Tu ne connais pas ceux dont tu parles. Lord Avondale, malgré ses fréquents accès de colère, n'est ni aussi avare ni aussi impitoyable que beaucoup d'autres landlords irlandais; et si tu savais comme miss Nelly, sa fille, est bonne, généreuse !

— Ne me parle pas d'elle, interrompit Richard O'Byrne avec un éclat de voix ; ne prononce pas ce nom, je te le défends. Ma sœur, je t'en prie.

Et il porta la main à son front comme s'il y eût reçu un coup violent.

— Je ne parlerai pas de Nelly, puisque tu l'exiges, dit miss O'Byrne avec étonnement; mais j'ignore ce qui a pu t'irriter dans mes paroles, et je crains de commettre une nouvelle faute en cherchant davantage à me justifier. Je te dirai donc seulement, Richard, qu'avant d'obéir aux sentiments de mon cœur, j'ai obéi aux volontés de notre frère Angus.

— En effet, cela devait être, dit Richard d'un

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air pensif; les sentiments de prêtre ont tuë en lui rinstinct du noble irlandais. J'ai déjà reconnu ce funeste changement que notre pauvre père était si loin de prévoir ! Il accepterait maintenant par humilité chrétienne tous les outrages, toutes les injustices, toutes les tyrannies... 11 a voulu opérer ce rapprochement impie entre ce qui avait été séparé par des siècles et des flots de sang. Plaise à Dieu qu'il n'en soit pas bientôt et cruellement puni !

Jnlia le regarda avec une surprise douloureuse.

— Avec quelle aigreur tu parles de ton frère ! dit-elle. Richard, l'aurais-tu vu déjà? Gomment cette vive amitié que vous éprouviez autrefois l'un pour l'autre s'est-elle changée, de ton côté du moins, en haine et en colère?

— Je ne le hais pas, répliqua Richard O'Byrne; mais j'ai acquis la certitude qu'un dissentiment profond éclaterait entre nous si nous nous trouvions en face l'un de l'autre. D'ailleurs, je suis occupé en ce moment d'une affaire de la plus haute gravité et qui exige un secret absolu. Voilà pourquoi, depuis plusieurs mois que :« c.îo s\ç retour en Irlande, je n'ai voulu vous

"r avis ni à l'un ni à l'autre ; pour votre mp votre sûreté, je ne le devais pas,

l5iK LE DEHMIBR IRLANDAIS.

comme tu le hais et comme tu le méprises toimême!

— Malheureuse! que signifient de pareils subterfuges? Vous le haïssez maintenant qu'il vous abandonne ; mais auparavant...

— Mon frère, je te le répète, ne m'accable pas du poids de ta colère. Je n'ai jamais changé de sentiment. Cet homme est le dernier au monde à qui j'aurais pu sacrifier l'estime de moi-même, la sainteté de mon nom et mon salut éternel.

Richard commençait à entrevoir une épouvantable vérité.

— Julia, reprit-il, tu me dois un aveu complet, aussi pénible qu'il soit. Appelle ton courage à ton aide, car je suis forcé d'être impitoyable. Je suis le chef de ta famille ; je suis ton juge !

La pauvre Julia se taisait toujours; elle n'hésitait paSy mais la force lui manquait.

— Frère, balbutia-t-elle enfin si bas que Richard devina plutôt qu'il n'entendit ses paroles, un soir que je traversais le parc seule, en revenant de rendre visite à miss Avondale. deux mains robustes me saisirent... un mouchoir fut posé sur ma bouche. . . L'infâme !

La jeune Slle retomba la face contre terre^

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par eci aveo. Bidiard poussa un rugissement seni!>la])le à celui d'une bêle féroce el sora le poing d'un air de terrible menace.

— Et dq|Niis, ma sœur? repril-i).

— Depuis, mon firve, j'ai cru que je devais |)OorsuÎYre la seule rëfMiraUon possible de cet odieux attentat, un mariage avec ce monstre. Je Fai prié, supplié ; il est libre, il m'a promis. Mais cette promesse, il semble maintenant vouloir l'éluder. C'était pour la lui rappeler et pour implorer sa pitié que je lui demandais une entrevue dans cette lettre funeste.

Richard O'Byrne était comme épouvanté de la profondeur de l'abîme qui s'ouvrait sous ses pas. Julia attendait tremblante le résultat des sombres réflexions de son frère.

Enfin Richard la prit dans ses bras et la baisa au front.

— Relève-toi, noble fille, dit-il avec solennité; ta place n'est pas à mes pieds, mais sur mon cœur. Tu es encore chaste et pure à mes yeux comme aux yeux de Dieu. Il ne reste qu'à te plaindre et à te venger!

— Me venger, Richard! demanda Julia en tressaillant; que comptes-tu faire? Encore des

..^s, des fureurs!... Oh! le ciel m'est té- > je hais cet homme de toutes les forces

154 LE DEfi:!flEE iBLANOAlS.

de mon âme; mais que servira de répandre san sang ou le tien?... Frère, ne t'ai-je pas dit qu*il m'avait promis la seule réparation désirable de son crime? Il m'épousera, et ce mariage terminera nos longues et anciennes rivalités de famille.

— Lui t'épouser, malheureuse enfant! dît Richard O'Byrne d'un ton de pitié en posant la main sur la tête de sa sœur ; et tu as pu croire à la sincérité d'un pareil engagement ! Lui, un futur lord d'Angleterre, l'héritier d'une comtépairie et de cet immense domaine, ^ouser une pauvre fille sans fortune, appartenant k une race odieuse et persécutée !.•• Il a bien pu, cet orgueilleux Anglais, abaisser un moment vers toi un regard de complaisance; il a pu vouloir se vanter d'avoir eu une maîtresse de race royale, et l'infâme violence dont il s'est rendu coupable passera pour une aimable rouerie dans les clubs et les tavernes où il ira conter ses prouesses aux nobles débauchés comme lui!... Mais partager avec toi son nom flétri, sa richesse usurpée, ne l'espère pas ; c'est une erreur, c'est une folie!... £t en vérité, ajouta Richard d'une voix sourde, je ne sais si cette réparation n'exciterait pas mon indignation autant que le crime lui-même 1

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fl se mit « se prameaer avec rapîdilë, les bas croisés sur sa poitrine. JuHa, debout et les yeax baissés, attendait en sUenee qu'il se fut un peneafané.

— Mon firère, difr<eUe enfin aTec une tristesse pleine de doueenr, il ne nie reste dene plus qu'i mourir, car je ne sautais vivre ainsi !

Richard s'«rréta en face d'elte.

— Autrefois, reprit*il,. au temps de notre grandeur, me fille d'O'Byme, en efiet, n^eât pu TÎTre avee une telle tacbe au front; innocente ou coupable, le deroir de son pkis proche parent eut été de la firapper... Mais les temps sont dumgés; nous vivons sous l'empire d'autres lois et d*autres idées. Pauvre Julia ! ne crains rien, et réngne-toi k vivre, quoiqœ rëchit de notre nom soit obscurci par toi.

Julia l'écoutait d'un air pensif.

— Richard, dit-elle, tu ne veux pas Favouer, mais î*en suis sûre, tu médites déjà une vengeance... Eh bien, promets -moi d'attendre quelques jours avant de mettre tes projets à éxecution et j'essayerai d'obtenir justice.

— Je n^i pas encore de projets, ma sœur ; je donnerais ma vie pour te venger; mais je

~t en ee moment d'intérêts qui me sont s que la vie et auxquels je sacrifierais

même l'honneur... Et toi, obère petite, que comptes-tu donc faire?

— Tu le sauras plus tard, mon frère ; je te demande seulement quelques jours. Angus ignore tout; promets-moi, si tu le vois (et tu ne peux persister dans ton refus de le voir), que tu ne lui révéleras pas ce funeste secret.

— C'est pourtant lui, ce prêtre insensé, qui est cause de nos malheurs présents ! C'est lui qui a voulu renverser l'ancienne barrière élevée entre notre famille et une famille odieuse. Il mériterait de connaître ce fruit amer de sa faiblesse et de sa désertion ! Pourquoi tant t'inquiéter de l'affliger? Ce juste et ce sage ne trouverait-il pas aisément dans l'Évangile ou dans la Bible un bout de texte pour se consoler? Nais ne crains rien de moi à cet égard, Julia ; je ne dois pas, je ne veux pas voir Angus.

— Richard ! s'écria la jeune fille avec chaleur, tu es injuste pour notre frère... Je te jure qu'il ne mérite pas...

Elle s'arrêta tout à coup. A quelque distance de l'endroit où avait lieu cette conversation s'élevaient des cris déchirants; en même temps il se faisait un grand bruit dans le feuillage, comme si l'on eût couru avec impétuosité h travers le taillis. Julia prêta l'oreille.

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