CHAPITRE T
fHn du BialheuF arrivé h Donnagh, je lui ai arraché la promesse que personne ne serait poursuivi pour cette déplorable affaire.
— Mais il me semble, Nelly, répliqua Julia en souriant, que G*est vous qu'il faut féliciter et remercier de cet acte de clémence?
Richard ne put dissimuler sou étonnement.
— Quoi! dit-il le vieil Avondale... lord Avondale de Stone-House a fait grâce à tous ses tenanciers après un pareil acte de violence? 11 a pardonné sans réserve, sans conditions?
— J'ai dit que personne ne serait poursuivi jadiciairement^ répliqua la jeune fille embarrassée; mais il est impossible, à ce qu'il parait, de laisser entièrement impuni cet odieux guefr apeos. Trois paddies des plus coupables seront expulsés de leurs cottages dont ils n'ont pu encore acquitter les rentes... le bailli Jamson doit s'entendre avec Donnagh sur le choix à (aire.
— C'est-à-dire que trois familles seront jetées saDS ressourees sur la voie publique, reprit Richard avec ironie ; telle est la clémence de lord Avondale !
La ieune fille redressa la tète, et ses beaux is noirs se rapprochèrent, ''eussiez-vous sauvé dix fois la vie, dit^
eile d'un air de fierté, je ne saurais souffrir qu'on mit en doute les sentiments généreux de mon père!... Qui donc étes-vous pour vous ériger ainsi en cehseur d'un homme justement respecté, en présence de sa fille, presque dans sa propre maison ?
— Ma chère miss Avondale, s'écria Julia toute tremblante, ne vous fâchez pas contre lui. Si vous saviez...
Richard lui imposa silence d'un geste et s'avança vers Nelly.
— Ne me parlez pas sur ce ton d'inimitié, dit-il d'une voix mélancolique; quoique notre connaissance ne remonte pas bien haut, je sens déjà combien il serait douloureux pour moi d'avoir mérité votre colère... Une défiance, extrême peut-être est bien permise à celui qui a passé son existence à méditer sur les malheurs de sa pauvre patrie ! Mais je ne dois pas m'exposer plus longtemps au danger de vous adresser des paroles qui pourraient vous déplaire... Adieu, miss Avondale, oubliez-moi.
Il salua et voulut s'éloigner.
— Quoi, dit Nelly, ne saurai-je même pas le nom de mon courageux libérateur? Julia, vous paraissez le connaître... Mon indifférence à ce sujet serait de l'ingratitude !
CHAPITRC T. 165
— Vous le voulez, miss Avondale? reprit Richard en la regardant fixement; eh bien, je vous dois une réparation pour les expressions amères qui vous ont blessée. Mon nom est peutêtre proscrit au moment où je vous parle, et bientôt sans doute il résonnera à votre oreille avec des épithètes odieuses et flétrissantes... Je TOUS confierai pourtant ce secret dont dépendent ma sûreté, ma vie... Je suis Richard 0*Byme, miss Avondale.
En même temps il s'inclina profondément et s'éloigna sans écouter sa sœur qui le rappelait. Quelques secondes après, il avait disparu dans l'épaisseur du taillis.
Julia paraissait fort alarmée; Nelly restait stupéfaite.
— Votre frère , Julia ? reprit enfin miss Avondale avec un accent de reproche; pourquoi donc me disiez-vous que votre frère était aux Iodes?
— Je le croyais, mon amie ; mais l'avez-vous entendu? Il est proscrit, sa vie est menacée ! Oh! quel est ce nouveau malheur?
— Quoi donc ! ne vous a-t-il pas révélé ses *•"? Ne savez- vous pas... ?
ien, rien, ma chère Nelly. Tout à l'heure montré brusquement à moi, ici, dans le
ni*Aii
166 LE DERNIER IRLAMDAIg.
parc de Stone-House, sans que je susse d*oà il venait. Des faits que je croyais ignorés de l'univers entier lui étaient connus, et il m'a adressé des paroles terribles qui retentissent encore à mon oreille. Maintenant , il disparait sans qu'on sache où il va , sans me dire où je le reverrai, sans consentir à voir son frère qui le chérit... Tout cela présage quelque chose de sinistre !
Miss Âvondale réfléchit un peu.
— Je le crains comme vous, Julia, reprit-elle; néanmoins le secret de votre frère doit être religieusemeùt gardé. Il ne me parait pas homme à s'exagérer les périls, et sans aucun doute une indiscrétion pourrait avoir pour lui des conséquences funestes. Quant à moi, je ne trahirai pas sa confiance, j'en prends l'engagement solennel... Et d'abord, continua-t-elle en désignant le cerf dont l'énorme corps fauve nageait dans une mare de sang, comment parler du danger que j'ai couru s'il m'est interdit de mentionner le secours mii'aculeux qui m'a sauvée? Ni mon père ni sir George ne croiront jamais que j'aie pu faillie au flanc de cette magnifique béte une pareille blessure et me sauver toute seule... Allons ! aidez - moi donc , Julia ; que dironsnous?