‹ Le dernier IrlandaisChapitre 37 sur 149 · CHAPITRE TI · texte numérisé non relu

CHAPITRE TI

Neath, se groupaient sur les gradins des montagnes et se confondaient de loin avec les roches auxquelles ils étaient suspendus ; on les reconnaissait seulement aux petites oasis de verdure dont ils étaient entourés et qui provenaient des pommes de terre ensemencées, malgré la nature, dans un terrain stérile et ingrat.

Outre Lady's-Cburch, la vallée contenait beaucoup de ruines qui ajoutaient à son effet pittoresque et désolé. La plus remarquable était une majestueuse tour ronde dont la construction remonte aux peuplades venues d'Orient qui envahirent File dans les premiers siècles de notre ère ; elle s'élevait encore à une immense âévation. Indifférente aux révolutions du temps et à celles des hommes, elle dominait fièrement cette contrée sauvage. Puis venaient les restes de plusieurs églises, abbayes et monastères, d'où Ton avait donné à ce canton le nom de Seven-Churches (Sept-Églises). Tout cela, montagnes, lac, bruyères, tour superbe et pauvres cottages, formait un ensemble majestueux et triste qui rappelait les grandeurs d'autrefois et les misères présentes. ,

^'^ soir du jour où s'étaient passés les événe-

que nous venons de raconter, la vallée

^''ilough ou de Seven-Churches , selon

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qu'on roudra lui donner son nom Mandais ou sa dënomination anglaise moderne , avait un aspect plus sombre et plus morne encore qu'à l'ordinaire. Le soleil ne se montrait plus par intervalles k travers ces épaisses vapeurs que chassait le vent du nord ; mais, à quelques marbrures rougeâtres des nuages, on jugeait qu'il devait être bien près de se coucher. Le vent qui mugissait sut* les hauteurs se faisait à peine sentir au fond de cette vaste et solitaire enceinte. Le lac semblait dormir, et ses eaux plombées reflétaient paisiblement le ciel terne et gris. Uu grand silence régnait dans la campagne ; seulement de temps en temps le butor, l'oiseau des tourbières, poussait ce beuglement sinistre qui frappe de terreur la nuit quand le voyageur, égaré dans les marais, l'entend tout à coup pour la première fois.

Sullivan, une bêche à ta main, était dans le petit jardin qui précédait sa chétive demeure ; il achevait de combler une fosse où il avait déposé les restes de son chien, et plus d'une fois les larmes l'avaient forcé d'interrompre cette pénible besogne. Quand elle fut terminée, le vieillard vint s'asseoir sur une pierre sculptée au bord de l'étroit sentier qui côtoyait le lac et passait devant les ruines. Drapé dans l'espèce de

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longue robe qui lui serrait de vêtement, le corps roide et droit, il tomba dans cette immobilité de statue qui semble être particulière aux aveugles au repos. Non pas que William, qui habitait ce lieu écarte depuis plus de trente ans , éprouvât le moindre embarras à se mouvoir et à se conduire ; il avait cet instinct merveilleux que la Providence donne aux malheureux privés de la lamière et qui supplée pour eux au sens qu'ils ont perdu. Malgré son infirmité, il pouvait par* courir seul les environs de LadyVChurch, la vallée de Glendalough et celle de Neath sans s'égarer et sans courir aucun danger sérieux. Cette immobilité paraissait donc tenir chez lui à des habitudes méditatives, et il restait parfois ainsi plusieurs heures sur cette pierre, sa place habituelle; aussi les enfants des cottages voisins éprouvaient'ils une vivre appréhension h passer devant Lady's-Church. S'ils apercevaient ce grand vieillard aux longs vêtements, avec sa tête chauve, sa barbe blanche, ses yeux fixes et sans regard, ils détournaient la tête et s'enfuyaient de toute la vitesse de leurs pieds nus, en lui adressant un timide salut.

William Sullivan était là depuis quelques instants, quand un bruit lointain vint frapper son oreille fine et exercée. Le pas d'un cheval ré-

sonnait sur les cailloux du chemin accompagné d'un joyeux sifflement. Évidemment un voyageur approchait des ruines. Le vieillard se mit a écouter avec une attention extrême, comme si par la nature du son qu'il entendait^ il eut cru pouvoir deviner déjà le rang et Textérieur du survenant.

— Aucun poney de la vallée, murmura-t-il après une minute d'examen, n'a le pas aussi ferme et aussi léger... Quant au cavalier, il siffle l'air de Lucy Neall plutôt comme un cocher de lanting-Car (\yyt comme un vrai gentleman... Et puis, siffler le soir dans la vallée de Glendalough, quelqu'un du pays aurait peur, surtout si près du Lady's-Church... C'est certainement l'homme que j'attends!

Pour donner une idée de la sagacité du vieil aveugle, nous allons esquisser rapidement le portrait du cavalier qui s'avançait hon train vers les ruines.

Au premier abord, on eut pu le prendre pour un pauvre paddy du voisinage, car il en avait les haillons et la demi-nudité. Mais les haillons ne prouvent rien dans le sud de l'Irlande ; ils sont là pour ainsi dire l'uniforme national. Toutes les classes inférieures, souvent même les classes moyennes, employés, marchands, petits

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