‹ Le dernier IrlandaisChapitre 39 sur 149 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

maître Bayait 31 le capitaine était sur ton dos, ta ne serais ^^s si matamore ; mais tu te moques de mes pieds nus. Te voilà tout frémissant et couvert de soeur comme si tu voyais un spectre sans chair et sans os! Au fait, on dit qu'il revient dans la vallée de Glendalough; mais bah ! je m'en moque pas mal ! je sais l'oraison de saint Patrick, et j'ai de l'eau bénite dans un flacon de fer-blanc pour chasser les maléfices ! Puis, élevant la voix :

— Hé! l'ami, demanda-t-il en anglais au vieillard, pourriez-vous m'indiquer les ruines de Lady's-Church ?

— Vous y êtes, répliqua Sullivan d'une voix creuse.

Le voyageur poussa une exclamation de joie et sauta à bas de sa monture avec une agilité qui eut fait honneur à un acrobate de profession.

— £h! mon vieux gentleman, reprit-il, ne seriez-vous pas par hasard l'homme que je cherche, un brave garçon de ménétrier qui s'est gité, dit-on, dans ces ruines, et qui s'appelle William Sullivan?

— Je suis William Sullivan, répondit l'aveugle fin se levant.

..1! ah! ah! vraiment? reprit l'inconnu ^ant ; eh bien, confrère, vous devez avoir

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ici plus souvent l'occasion de faire danser les hiboux que les jeunes filles. Ne vous fâchez pas, il faut bien rire un peu ! Moi, je suis Jack Gunn, ancien trompette au 65* régiment, et je viens ici... mais vous savez bien pourquoi je viens. Oh! ami William, si vous avez seulement une cornemuse à me confier, nous ferons de la musique ensemble.

Tout en parlant, il relevait les étriers de la selle et se disposait h entrer dans une espèce de jardinet qui précédait les ruines. Mais le vieillard, immobile et froid, lui barrait le passage.

— £h bien, Jack Gunn, puisque tel est votre nom, demanda-t-il, qu'attendez-vous de moi?

— Belle demande ! Voir le capitaine d'abord, car je dois lui remettre des lettres et lui apprendre des nouvelles qu'il attend avec impatience ; ensuite, si vous avez une botte de foin pour cette bonne béte-là, et quelque chose à manger et à boire pour moi, vous trouverez l'emploi de tout, s'il plaît à votre honneur, ami William.

Sullivan, avec une défiance que son infirmité augmentait encore, ne se pressait pas d'accueillir cet hôte sans façon. Le grave et mélancolique vieillard ne pouvait s'imaginer que des secrets d'une haute importance pussent être confiés à

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00 agent aassi léger, aussi bavard que paraissait iack GooD.

— De quel capitaine parlez-vous, l'ami? demanda-t-il froidement ; je ne vous comprends

pas.

Si William n'eût pas été privé de la vue, il n'eût pu s'empêcher de rire, malgré sa gravité, de l'air piteux et grotesque de l'ancien trompette.

— Ballo! diable ! goddam I murmura celuici, il y a ]&-dessous quelque méprise. Mais, un moment, ajouta-t-il aussitôt, comme frappé d'une idée, si vous ne connaissez pas le capitaine dont je parle, vous pourrez au moins me dire pour qui Veau cùuk en Irlande?

— Pour le landlord Sassenach! répondit William, qui reconnut un mot de passe donne par Richard.

Il ajouta aussitôt en tendant la main au voyageur :

— Entrez, Jack Gunn ; cead mile faite (cent mille bienvenues, c'est la formule hospitalière en Irlande); une bonne provision de trèfle attend votre cheval. Quant à vous, si vous n'êtes pas difficile, vous trouverez dans mou pauvre

* de quoi satisfaire votre soif et votre faim. ~'flScile, moi! répliqua le voyageur qui

suivît résolument le vieillard en conduisant le cheval par la bride ; vous ne connaissez guère Jack Gunn, William de mon cœur; j'ai mangé des rats rôtis et des nageoires de requins à la sauce aux chenilles dans les cases de l'Inde... Mais avant de songer à moi, il est absolument nécessaire que je parle au capitaine. Est-il ici en ce moment?

— Non ; il n'est pas encore revenu de Neath.

— En ce cas, il faut que j'aille sur-le-champ à Neath . Le temps d'attacher ce pauvre Bayard à la mangeoire et je repars. Le capitaine ne me pardonnerait pas de lui avoir fait attendre ses dépêches.

— Mais où le trouver? Si je ne me trompe, milord ne serait pas assez imprudent pour se montrer ouvertement dans un lieu où il est connu de tant de personnes. Croyez-moi, Jack Gunn, attendez-le ici ; il ne saurait tarder à rentrer maintenant. Aussi bien, vous semblez avoir fait une longue traite aujourd'hui et vous devez être fatigué.

— Fatigué! répéta l'ancien trompette avec une sorte d'indignation, allons donc! Est-on fatigué pour avoir parcouru une quarantaine de milles à cheval? Me prenez-vous pour une recrue? Mais, ajouta-t-il d'un ton différent,

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