CHAPITRE
Tiogt ans, ennuyé de ne pas manger tous les jours à son appétit dans le cottage paternel, il ayait prêté Foreille aux mensonges des racoleurs qui faisaient leur tournée dans son village, s'était endormi dans un cabaret à la suite de nombreuses libations et s'était réveillé soldat de l'Angleterre. Après l'avoir promené triomphalement dans les rues, au son du tambour, selon l'usage, on l'avait embarqué pour l'Inde, où on l'avait incorporé dans un régiment de cavalerie. Jack Gunn, qui devait aiU piper de son village quelques notions de musique, avait fait en qualité de trompette plusieurs campagnes contre les peuplades bostiles à la domination anglaise. C'était là qu'il avait connu le capitaine O'Byrne, dont le nom illustre lui était familier depuis son enfance» Quelques services que Richard, en sa qualité de coreligionnaire et de compatriote, avait rendus au trompette lui avaient gagné le cœur de Jack ; aussi, lorsque Richard quitta l'Inde, après avoir donné dans un but secret sa démission d'offîcier, Jack voulut-il le suivre et s'attacher à sa fortune.
Ce récit, accompagné de lazzi et d'excentricités, avait été écouté avec une extrême atten- ^r William Sullivan, •-^si donc, reprit celui-ci, si je vous ai
bien compris, vous êtes le domestique du capitaine ?
— Le domestique ! s'écria Gunn avec indignation ; pour qui me prenez-vous, bonhomme? Je suis l'ami de Son Honneur, entendez-vous ? Il est vrai que j'ai soin de ses effets, que je panse son cheval et que je fais ses commissions ; il est vrai encore que le capitaine me donne de quoi vivre, mais tout cela est de bonne amitié. Non, non, je suis l'homme de confiance de Son Honneur ; je connais tous ses secrets et, en ce moment même, j'ai à lui apprendre des choses. . . Mais véritablement, ajouta l'ancien soldat avec agitation, je commence à être inquiet de l'absence du capitaine. Voici la nuit qui approche, et on n'y voit guère plus chez vous que dans un four... A tout hasard, je vais aller rôder du côté de Neath.
— Un moment encore, dit l'aveugle en lui imposant silence du geste; je crois entendre son pas... Ecoutons.
Tous deux prêtèrent l'oreille ; Jack ne distingua d'autre bruit que le frémissement de la brise dans les roseaux du lac ; mais l'ouïe délicate de l'aveugle avait perçu des sons d'une autre espèce.
— C'est lui, reprit- il avec vivacité; j'ai re-