‹ Le dernier IrlandaisChapitre 43 sur 149 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

lui qui trahira jamais la cause de l'Irlande !

— J'ignore encore quels sont les projets de Votre Honneur, répliqua William d un ton solennel ; mais le peu de sang qui coule dans mes reines est à l'Irlande et à mon lord.

— Oh ! je vous connais bien, mon vieux Sullivan, et je sais que vous êtes ferme dans vos convictions comme un bloc de granit... Aussi ai-je choisi votre pauvre demeure pour y séjourner pendant tout le temps que je dois rester dans le pays. D'ailleurs, elle est écartée, solitaire, et elle convient parfaitement à mes projets... Eh bien, Jack, continua-t il en s'adressant à l'ancien soldat, maintenant que vous êtes rassuré sur le compte de notre ami William, m'apprendrez-vous enfin ces mauvaises nouvelles que vous m'apportez... Mais d'abord, avez-vous mes lettres ?

— Les voici, capitaine, dit Jack en tirant d'une poche de sa veste trouée une volumineuse correspondance.

Richard se jeta dessus avidement et ouvrit avec précipitation plusieurs paquets, après en avoir examiné l'écriture et le cachet.

— Eh bien? reprit-il sans cesser de lire.

ih ! Votre Honneur, reprit Jack en s'agi- ■ir son siège selon son habitude, parmi

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les nouvelles recrues que vous avez faites der^ nièrement dans le Connaught, il s'est trouvé un foux frère ; un sur tant de milliers de fidèles, ee n'est pas beaucoup, direz-vous peut-être; mais, sauf votre respect, le mieux serait qu'il n'y en eut pas du tout. Ce coquin devait plusieurs termes arriérés à son landlord, selon l'usage ; vous savez que c'est le moyen qu'on emploie pour tenir les pauvres diables en laisse. Donc notre drôle, pour obtenir du temps, ou peulêtre la remise de sa dette, n'a imaginé rien de mieux que d'aller trouver son maître, qui est en même temps juge de paix, et de lui conter tout ce qu'il savait de l'affaire... Le landlord a vu dans cette révélation un moyen de se faire bien venir de la couronne; il est parti pour Dublin avec le paddy et s'est présenté au lordlieutenant... Mais Votre Honneur ne m'écoute pas.

— Si, si, continue, répliqua Richard distraitement.

Et il ajouta en fermant une lettre qu'il venail de parcourir :

— Le docteur K*** a engagé plus de deux cents repealers au dernier meeting de Belfast... Décidément O'Gonnell travaille pour nous.

— Le lord-lieutenant à son tour, reprit Jaek,

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a fait grand brait de cette révélation; il veut pouvoir se vanter plus tard d'avoir conservé l'Irlande à la reine. Il a déjà réuni des constablés, expédié des mandats de perquisition, même, dit-on, des ordres d'arrestation. Heureusement le traître ne savait pas grand'chose; parmi tant de personnages importants qui agissent pour nous ou nous ont promis leur c(mcours, il n'a pu nommer que vous et deux ou trois paddies, ses voisins et amis, qui l'avaient présenté à l'association. Néanmoins Votre Honneur devra se tenir sur ses gardes, car d'un moment à l'autre, à ce que dit le procureur Toustone, un mandat d'amener peut être lancé contre vous, s'il ne l'est déjà.

— Le major O'Cavanagh a fait merveille dans le comté d'Antrim, reprit Richard en rejetant une autre lettre qu'il venait de lire ; il a recruté plus de six cents ouvriers des manufactures, et ceux-là sont des hommes solides qui frapperont un bon coup pour la cause. Est-ce là, Jack Gann, tout ce que vous aviez à m'apprendre? continua-t-il en décachetant une troisième dépedie.

— Eh ! mais, si Votre Honneur ne trouve pas .e soit assez, plus d'un de vos amis pourra ~er que c'est trop.

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— Et VOUS êtes du nombre de ceux-là, n'estce pas, mon brave garçon? dit Richard d'un ton amical. Je vous remercie de vos avis, Jack ; mais je savais déjà ce que vous venez de me conter. Ce matin^ un billet venu de Dublin m'avait appris la trahison de Tom Smith et les poursuites dont je vais, selon toute probabilité, être l'objet. Ils ne méprendront pas, Jack, rassurez-vous; j'ai l'orgueil de me croire trop nécessaire au salut de l'Irlande, pour laquelle Dieu se prononce chaque jour. Mais vous ne m'avez pas dit encore quelle est la réponse de nos amis du Tipperary, du Gonnaught et du Cunnamara?

— Ils sont prêts à marcher, capitaine, et leurs délégués se trouveront réunis demain, à minuit, au rathe du Lord-Abbot, à quelques milles d'ici, comme vous l'avez ordonné... Ils vous rendront compte eux-mêmes de leurs moyens de succès.

— Que Dieu soit loué! s'écria Richard, dont le visage s'était épanoui ; cette heureuse nouvelle efface toutes les autres.

Après avoir demandé encore à Jack quelques renseignements moins importants, il reprit :

— Maintenant, Jack Gunn, mon enfant, je sais ce que je voulais savoir et je vous remercie

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