‹ Le dernier IrlandaisChapitre 44 sur 149 · CHAPITRE VJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE VJ

de votre activité, de votre zèle, de votre dévouement dans ce moment de crise ; mais vous devez être fatigué 5 prenez votre peu de nourriture et couchez-vous sur cette bonne fougère fraîche que notre hôte nous a préparée. Demain sans doute j'aurai besoin de vos services, et à chaque jour suffit sa peine.

Jack fit bien quelques objections pour la forme ; mais en dépit de ses fanfaronnades, il ne pouvait oublier qu'il était resté quatorze heures à cheval sans prendre aucune nourritore. Il se décida donc à fêter les pommes de terre bouillies que William venait de servir et dont Richard lui-même, en véritable Irlandais, prit fraternellement sa part ; puis l'ancien soldat, s'enveloppant d'une espèce de cape trouée qui lui servait de manteau, se coucha dans un coin et ne tarda pas à s'endormir avec insouciance.

Restés seuls, Richard et William gardèrent d'abord le silence. O'Byrne paraissait accablé sous le poids des soucis que tant d'événements devaient lui causer. Le vieil aveugle attendait respectueusement qu'il plût à son hôte de lui aHrpçiser la parole.

'7illiam, dit enfin le capitaine avec doue que vous entendez doit vous surpren-

dre; ces explications que vous ne demandez pas, mon estime et mon affection pour vous m'engagent à vous les donner, d'autant plus qu'au temps où nous sommes la patrie a besoin du secours de tous ses enfants. Asseyez-vous donc, mon vieil ami, et ccoutez-moi.

En même temps Richard se mit à exposer en détail au vieillard le plan d'une vaste conspiration dont il était l'un des chefs.

On sait quelle était alors l'immense action d'O'Connell sur son pays natal et jusqu'où il poussa ce qu'il appelait Y(igitation pacifique de l'Irlande. Jamais nation n'avait été aussi complètement dans la main d'un homme de génie ; sur un mot de sa bouche, ces centaines de milliers d'Irlandais qu'il réunissait dans des meetings formidables se fussent débarrassés de leurs maîtres anglais et eussent revendiqué des droits méconnus pendant une période sanglante de six siècles. Mais tel n'était pas le but d'O'Connell; il croyait guérir les plaies de sa patrie en obtenant la séparation de l'Irlande de la Grande- Bretagne, ce qu'il appelait le rappel de tunian. De vaines démonstrations, des menaces qui ne devaient pas être suivies d'effet, puis des subtilités de jurisprudence, des chicanes de procureur, voilà ce que le libérateur opposait à la

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