‹ Le dernier IrlandaisChapitre 45 sur 149 · CHAPITRE TI · texte numérisé non relu

CHAPITRE TI

ténacitë de Tavare et impitoyable Angleterre. Or^ à l'époque dont nous parlons, beaucoup d'Irlandais, même parmi les repealers, ne partageaient pas les illusions d*0'Gonnell, illusions funestes, comme on l'a vu plus tard, car elles dépensèrent en pure perte une énergie qui eût pu sauver l'Irlande et qui ne se manifestera plus peut-être au même degré dans l'avenir. Ils avaient compris que le gouvernement britannique avec ses lenteurs calculées, ses hésitations apparentes, ses concessions sur des points secondaires, jouait un jeu perfide; il voulait gagD^ du temps, laisser ce beau feu d'enthousiasme se consumer par sa violence même, puis il profiterait d'une occasion favorable pour étouffer d'un coup l'agitation et les agitateurs. L'avenir a prouvé combien ces prévisions étaient justes. Ces courageux patriotes avaient donc pensé qu'il fallait utiliser cet élan généreux, le do'nîer peut-être d'une nationalité à l'agonie, brusquer les choses, et si TAngleterre ne cédait ni aux prières ni aux menaces, la contraindre par la force des armes à rendre justice.

Les circonstances étaient favorables pour une

entrenrise de cette nature. Des dissentiments

--t d'éclater entre la France et le foreign-

' !a guerre semblait imminente. Or, en

France comme dans tous les autres pays de l'Europe où avait pénétré le récit de ses misères, la malheureuse Brin pouvait compter sur de vives et profondes sympathies ; les peuples étaient pour elle : elle oubliait les gouvernements. Enfin O'Gonnell, en attaquant avec son impétueuse éloquence populaire les crimes de la race conquérante, avait vulgarisé en Irlande les griefs de l'Irlande ; la foule était organisée, prête pour l'insurrection comme pour la résistance légale; au premier signal, sans doute, elle allait se lever.

Des avis que Richard O'Byrne reçut dans rinde lui avaient appris 1 état des choses ; aussitôt il s'était empressé de donner sa démission et de s'embarquer pour l'Europe. Il avait trouvé les esprits merveilleusement disposés ; déjà bon nombre d'hommes distingués étaient entrés dans une conspiration qui se formait pour ainsi dire d'elle-même. Malgré les résistances, les attaques souvent haineuses d'O'Gonnell , qui s'obstinait dans l'impasse de la légalité, l'association avait fait des progrès rapides. Certains membres ayant été fort avant dans la confiance du libérateur reconnaissaient parfaitement la hiérarchie et l'organisation du rappel ; ils fournissaient des renseignements précieux sur les

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