CHAPITRE YI
individus à qui Ton pouvait proposer k coup sur d'entrer dans la société nouvelle. Richard O'Byrne, avec l'autorité de son nom illustre, sa parole chaleureuse, sa foi exubérante, avait complètement réussi sur une terre si bien préparée à recevoir la semence de l'insurrection. Tandis que d'autres missionnaires parcouraient les comtés du nord, il avait visité en trois mois eeux du sud et du centre, et il y avait fait un grand nombre de prosélytes. Les chefs étaient désignés, les rôles tracés, les points de ralliement déterminés d'avance; tous les membres de l'association étaient pleins d'ardeur. A la vérité l'argent et surtout les armes manquaient; mais à quoi ne peuvent suppléer des haines de race, une religion exagérée jusqu'au fanatisme et l'amour de l'indépendance ?
Richard avait réservé pour la fin de sa tournée apostolique ce comté de Wîcklowoù ses ancêtres avaient été si puissants, où il était né lui-même et où son influence personnelle devait être si considérable. C'est qu'en effet cette portion de l'île, avec ses montagnes inaccessibles, ses lacs, ses défilés où quelques centaines d'hommes résolus pouvaient arrêter une armée, '^estinée dans le plan des conspirateurs, à de cœur à la future insurrection , et
â02 LE DERNIER IRLANDAIS.
Richard avait voulu la disposer avee un soin particulier au rdle qu'elle était appelée à remplir. Là, autrefois, les terribles montagnards de son clan avaient tenu en échec des ennemis dix fois plus nombreux ; on trouvait là encore certaines vallées perdues, certaines bourgades écartées où, comme dans le Connamara, l'autorité du gouvernement anglais était à peu près méconnue. Nulle part les traditions du passé ne s'étaient conservées avec plus de force. D'ailleurs la facilité des communications avec les comtés où l'association avait des ramifications étendues, le voisinage de la mer, la proximité de Dublin contre lequel an pourrait tenter dans l'occasion un hardi coup de main, tout faisait de ce point un centre d'action de la plus haute importance.
On comprend, du reste, comment, en arrivant dans son pays natal avec de pareils projets, le capitaine O'Byrne n'avait voulu ni demander asile à son frère ni même le voir. Il s'était assuré que les convictions d'Ângus différaient entièrement des siennes, et il connaissait assez le caractère inflexible du jeune prêtre pour être sûr que son frère s'opposerait à tout ce qu'il n'approuverait pas. De plus, Richard était fort irrité des relations d'amitié qui s'étaient éta-