‹ Le dernier IrlandaisChapitre 47 sur 149 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

Mies en son absence entre sa famille et la famille Avondale, quoique, sur ce chapitre, lui-même fàt bien plus coupable qu'il ne voulait Tarouer. D'ailleurs, son frère et sa sœur ne pouvant lui être d'aucune utilité dans l'œuvre immense pour laquelle il risquait sa tête, à quoi bon les compromettre? Enfin, et c'était là une raison péremptoife, Richard 0'Byn!ie, en s'étabhssant ottv^tement à la mense, eut excité l'attention du voisinage et par suite celle de l'autorité déjà trës-alannée de ses menées ; or, pour la réussite de ses plans, il devait encore agir quelque temps dans l'ombre et faire mystère de sa présence dans la vallée de Glendalough.

Le capitaine O'Byrne exposa tout cela longuement à Sullivan, dcmt il estimait la haute expéri^Me et le patriotisme éprouvé; il lui nomma quelques-uns des chefs principaux, hommes connus pour la plupart et qui avaient joué un rôle sur la scène politique âk llrtande; il lui énuméra les chances de succès de Tassociation, succès qui, à ses yeux, était prochain et sur. Le vieillard l'avait écouté avec une extrême attention et dans le plus profond silence.

lilord, dit-il enfin en branlant la tète, ; votre enthousiasme lorsque je me joignis

aux grands rebelles de 1 798. La croix de feu avait couru la nuit sur nos montagnes pour appeler les paddies aux armes. Tous s'étaient levés pleins d'ardeur et de courage... Vous savez ce qui en résulta. Le sort de John et de Henri Sheares, ces nobles martyrs dont on conserve encore les têtes coupées dans les caveaux de Saint-Michan, est bien capable de faire réfléchir les généreux enfants de l'Irlande qui, comme eux, révent l'émancipation de leur pays.

— Les circonstances ne sont plus les mêmes ami William ! s'écria Richard impétueusement ; les frères Sheares n'avaient pas compris la situation de l'Irlande, unique en Europe. Ils voulaient...

— Brisons-la, milord, interrompit l'aveugle avec un soupir ; je ne voudrais pas affaiblir votre confiance par ma misanthropie et mes regrets • Non, je ne vous dirai pas combien je suis épouvanté de l'état de marasme et d'énervement où est tombée cette nation malheureuse. Mais c'est quand la maladie ne peut plus être guérie par les moyens ordinaires qu'il faut tenter les remèdes désespérés !

Il ajouta après un nouveau silence :

— Milord, en dépit des craintes que m'inspire l'avenir, je n'en suis pas moins prêt, vous

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