CHAPITRE PREMIKR
fermiers qui venaient parfois le consulter sur leurs affaires et les aumônes de la famille O'Byme, qui révérait en lui le fils des anciens bardes de son clan. Cependant il jouissait dons sa retraite d'une aisance relative qui faisait l'orgueil et l'envie de ses voisins; il lui fallait si peu que la générosité des protecteurs de l'aveugle ne devait pas être mise à de bien rudes épreuves.
Sullivan s'était assis sur une pierre moussue comme pour profiter d'un pâle rayon de soleil qui, à longs intervalles ^ s'échappait entre les nuages. Il était plongé dans une profonde méditation ; ses yeux ternes et vitreux s'agitaient dans leurs orbites, et la foule en passant s'étonnait de ces signes d'émotion sans oser en demander la cause.
Un paddy qui sortait de l'église avec trois ou quatre marmots en guenilles, tandis que sa femme, pauvre créature, serrait contre sa poitrine son dernier-né enveloppé de chiffons insuffisants, fut moins timide et moins scrupuleux.
— Och! M. Sullivan, dit-il en s'approchant
cauteleusement et en congédiant sa famille du
ireste, vous voilà tout seul comme la tour de
ullan ! Est-ce que vous n'avez pas votre chien
pour vous conduire à Lady's-Church?
Vous verrez que le libertin aura voulu en conter aux levrettes de milord et qu'il sera allé faire ses fredaines! £h bien, prenez mon bras, voisin, nous descendrons ensemble la rampe de Neath; elle n'est pas tendre, voyez -vous, et même avec deu$ bons yeux il est aussi facile de se casser le cou que de ramasser une pièce de six pence !
Le vieillard se redressa lentement.
— Merci , voisin Tom Irwing , répliqua-t-il , mais vous savez qu'au besoin je pourrais descendre la rampe seul tout comme un autre. Ensuite Brann ne peut être loin ; je l'ai renvoyé au moment où j'entrais à Saint-Patrick, car Sa Révérence M. O'Byrne a défendu expressément de laisser les cbiens pénétrer dans l'église pendant la messe.
Ces paroles avaient été dites avec distraction comme si l'interlocuteur eût eu hâte d'en revenir à ses réflexions. Mais le voisin Tom ne se rebutait pas facilement.
— : Les chiens ! répéta-t-il ; du diable s'il y a d'autres chiens dans la paroisse que le vôtre et ceux de milord ! Il faudrait avoir des pommes de terre de reste pour les donner à ces bêtes, lorsque tant de pauvres chrétiens n'en mangent pas leur soûl une fois par semaine. Ce que j'en