CHAPITRE PREMIER
atteDds, je vais voir (et ii tira un papier de sa poche); oui, une somme de dix-sept livres sterling six scliellings huit pence, monnaie cou* rante d'Angleterre, que tu dois à ton lord, le très-honorable comte A?ondaie.
Le coup était rude ; mais Irwing espéra s'en tirer comme il s'en était tiré déjà plusieurs fois, en demandant un sursis.
— M. le bailli, reprit-il humblement, s'il plait k Votre Honneur, l'année a été bien mauvaise... Les pommes de terre sont malades, comme vous savez ; et puis, deux de mes enfants ont eu la fièvre, il a fallu les guérir. Laissez-moi le temps de vendre mon cochon et mes oies. C'est demain grande foire à Neath, et les marchands du sud arriveront en foule... Que Dieu bénisse le vieux lord et la jolie miss Nelly, sa fille, et aussi Thonorable sir George, son neveu! Mais les temps sont si durs !
— Tom Irwing, mon cher, tout cela est bel et bon ; mais tu m'as chanté plus d'une fois cette chanson-là, et il faut changer d'air pour aujourd'hui.
— Allons donc! M. Jameson. Votre Honneur m'aecoixiera bien un jour ou deux pour me re-
^er... Vous êtes si bon! Laissez-moi le ")s de vendre mon poney, mon cochon, mes
oies; puis je vous apporterai l'argent, sans en distraire un schelliug pour boire un verre ou deux de poothen chez la veuve OTlanagan, foi d'Irwing !
— Ta ! ta ! ta ! Tom Irwing, mon ami, tu m'as pipé assez souvent avec cette glu-là ! J'ai reçu les ordres de milord, ou plutôt de M, Tyler, son secrétaire, et je ne puis accorder aucun sursis. . . Il faut payer insianter , SiUirement dit h l'instant, la somme de livres, schellings et pence ci-dessus énoncée, ou bien je vais procéder, sans désemparer , à la saisie de ce qui t'appartient, poney, cochon, volaille, mobilier, et tout vendre à la criée dès que tu auras quitté le cottage avec ton monde et que tu m'en auras remis les clefs. Mauvaise aifaire pour milord, va; il y perdra gros, car la vente couvrira à peine les frais et la moitié de la dette.
Cette signification fut accueillie par les cris de désespoir de la famille Irwing, auxquels se mêlèrent ceux des familles voisines. Tom, au milieu de ce concert de plaintes et de gémissements, suppliait toujours à mains jointes pour obtenir un répit de quelques jours.
Sa femme s'avança à son tour. Elle ne criait pas, elle ne se lamentait pas, mais de grosses larmes roulaient de ses yeux. Elle présenta à