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oompiira sans aucun de ces hideux désordres, sans ces effusions de saog que vous semblez craindre !
L'aveugle secoua la tête ; mais le reste de la conversation, quoique toujours animëe, ne put être entendu de leurs compagnons.
On s'empressa de sortir de la sphère lumineuse dont le cottage incendié était le centre. La petite troupe cependant n'avait pas à craindre d'être rencontrée par les gens du voisinage, empressés à porter des secours.. Le paysan irlandais est habitué à ces actes de désespoir. Plus d'un chef de famille contemplait du seuil de sa porte ces lueurs connues d'une chaumière en feu et disait en se frottant les mains :
— Oh! voici Tom Irwing qui a joué un bon tour aux Sassenachs... Et dire qu'un jour peutêtre j'en serai, moi aussi, réduit là!
Un pan de rocher cacha bientôt l'incendie aux conspirateurs, et , s'engageant de plus en plus dans les bas-fonds de la vallée, ils durent donner toute leur attention aux difficultés du chemin. Ils s'avançaient en effet au milieu des tourbières réputées fort dangereuses dans cette portion du mn^té. La lune ne se levait pas encore. Les montes voisines, dont les crêtes échiquetées se "naient en silhouette sur le ciel parsemé
d'étoiles, de manière à former les bastions , les tours, les remparts de forteresses fantastiques , ajoutaient leur grande ombre aux ténèbres qui enveloppaient déjà les voyageurs. Un brouillard bas, de couleur blanchâtre, qui devenait plus dense aux endroits particulièrement marécageux, les pénétrait d'un froid humide, en même temps qu'il voilait de sa part les périls de la route. Aussi la troupe se dirigeait-elle lentement et comme à tâtons entre ces abîmes de boue et de vase où un faux pas pouvait l'engloutir. Parfois les pieds s'enfonçaient dans des ajoncs, sous lesquels se cachaient des flaques d'eau fétide; le sol tremblait, et une personne étrangère aux localités se fût crue perdue ; c'était pourtant l'endroit le plus sur du bog. Un peu plus loin, les voyageurs trouvaient un espace plan et uni, solide en apparence et d'un passage facile. Aussitôt on faisait halte; là était le danger véritable, et il fallait revenir en arrière. Parfois les guides euxmêmes, malgré leur connaissance exacte du pays, semblaient embarrassés sur la direction à suivre; dans ce cas, ils avaient recours à l'instinct infaillible de William. L'aveugle alors prenait la tête du cortège, et, grâce au bâton avec lequel il sondait le terrain, aux sons divers que rendait le sol sous ses pieds, aux acres émanations qui
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s'exhalaient des tourbières et que saisissait aisëment son odorat délicat, il indiquait toujours le passage praticable au milieu de ce labyrinthe de gouffres mortels.
On sortit enfin des marécages où Ton s'était engagé pour dérouter les espions et les traîtres, quoiqu'un autre chemin plus facile et moins dangereux conduisit de Neath au h*eu du rendez-vous. On marchait maintenant sur ce gazon court et vert, parsemé de trèfle, qui couvre la base des montagnes. Pour comble de bonheur, la lune, enfoncée jusque-là sous l'horizon, élevait peu à peu son orbe d'un rouge de sang au-dessus d'un pic voisin et le faisait ressembler a un volcan du Nord au commencement d'une éruption.
Les voyageurs s'étaient rapprochés les uns des autres et continuaient leurs conversations un moment interrompues. Ils prirent bientôt une sorte de sentier tracé par les pâtres et conduisant à une vaste échancrure de la montagne. Là était l'entrée d'une gorge boisée où s'engouffrait par intervalles le vent nocturne. Quoiqu'on en fut encore assez loin, il en sortait alors des ^~"'ts étranges, lugubres, presque surnaturels, \ tout retombait dans un morne silence. Ces *ts lointains, d'un caractère si effrayant ^
ne manquèrent pas leur effet sur les superstitieux paddys de la bande, et plusieurs se signèrent.
William se rapprocha de Richard , qui marchait seul et rêveur à l'écart, et glissa respec* tueusement son bras sous le sien .
— Votre Honneur sait sans doute, lui dit<ii à voix basse , que nous allons entrer dans le défilé du Bon Messager et qu'à l'extrémité de ce défilé nous trouverons le rathe du Lord-Abbot? Votre Honneur ne peut ignorer non plus quelle espèce de gens nous devons y rencontrer ?
— Je n'ignore rien, William, de ce que doit savoir un homme engagé comme moi dans une difficile entreprise, répliqua O'Byrne avec un sourire ; la société qui nous attend est en effet un peu mêlée, mais ce n'est pas la première fois que je me trouverai en pareille compagnie depuis mon retour en Irlande. Nous allons voir des représentants de ces white boys (blancs garçons), de tous ces proscrits, destructeurs de barrières, entrepreneurs de distillerie clandestine , contrebandiers, voleurs de grand chemin même, qui ont acquis une si triste célébrité... Mais je veux oublier les méfaits, les crimes peutêtre de ces malheureux, et les réhabiliter k leurs propres yeux en leur donnant l'occasion d'ex-
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pier par leur dévouement à la cause nationale un foneste passé.
~ Fort bien, milord, mais parmi ces malheureux il y a des cœurs secs, endurcis par la misère et les habitudes vagabondes, des êtres véritablement pervers, aux passions effrénées, qu*un mot mal compris peut exaspérer, et je supplie Votre Honneur d'agir avec une extrême prudence.
— Merci, mon bon William , je vous comprends; ne craignez rien pour moi. Je parlerai i ces gens en chrétien, en homme de cœur, en fidèle ami de Tlrlande, et ma voix sera écoutée encore une fois comme elle Ta été déjà... J'aurais voulu, ajouta Richard en soupirant, opérer la délivrance de mon pays avec des instruments pins purs; mais je désire ne voir dans ces hommes que des révoltés poussés à bout par les persécutions de TAngleterre.
— Et vous avez raison, milord ; Tégoïsme et la cruauté de FAngleterre ont plus contribué , en effet, que les mauvais instincts à créer ces (mtlaws en guerre ouverte contre les lois... D'ailleurs, ce ne sont pas d'ordinaire les citoyens naisîbles, ceux qui ont un toit, un petit champ,
place au soleil de la société, qui saisissent les iiers les armct et combattent jusqu'à la
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mort pour une cause juste mais dëséspérëe. Ils en étaient là de leur conversation, lorsque la troupe atteignit l'entrée de la gorge. C'était, comme nous l'avons dit, une fente longue et profonde qui partageait en deux une montagne élevée. Les rayons de la lune frangeaient d'or sa double cime, mais ne pénétraient pas dans ce gouffre ténébreux. Il était encombré d'arbres et d'arbustes qui laissaient à peine entre eux un étroit passage et rendaient plus dense encore l'obscurité de la nuit. Les sons étranges et disparates que les voyageurs avaient entendus de loin prenaient maintenant des proportions vrai* ment extraordinaires ; on eut dit à la fois des clameurs d'une foule ameutée, des craquements brusques, des vibrations de harpe éolienne, des mugissements sourds et puissants comme ceux d'une mer en fureur s'acharnant contre des falaises en ruine. Un savant eût vu seulement dans ce phénomène un effet du vent qui, engagé dans les détours du défilé, au milieu de ces massifs de feuillage , de ces rochers à vive arête, en tirait comme d'un immense jeu d'orgue toutes ces notes plaintives ou rugissantes, répercutées ensuite par l'écho de la solitude. Mais ces paysans montagnards, habitués aux croyances naïves et aux légendes miraculeuses, crurent voir une