CHAPITRE II
farouches ou de féroces ennemis de l'Irlande pour redouter ainsi le spectre blanc de Glendalough? Non; vous êtes de fidèles enfants de l'Église, les défenseurs de cette verte Erin que vos pères ont défendue avant vous. Celui qui iHNis conduit en ce moment n'est ni un hérétique sanguinaire ni un odieux Sassenach, mais un descendant de vos anciens rois, Théritier direct de ce vaillant Fergus O'Kelly, comte d'O'Byrne, auquel le spectre blanc, quand il était sur la terre et quand il portait le nom de Kevin Dathy^ donna tant d'exemples d'obéissance et d'amour. Marchez donc; l'ombre de Kevin Dathy respectera les compagnons du grand comte Richard O'Byrne, réunis pour la délivrance de l'Irlande, comme s'ils étaient précédés d'un prêtre avec son bénitier tout rempli d'eau bénite de Pâques qui chasse les démons ! Cette allocution parut rassurer les esprits.
— C'est vrai, dît le paddy qui avait déjà IMurlé, le spectre blanc ne peut être que plein de respect pour Son Honneur... Que milord marche donc en avant et nous le suivrons.
— Oui ! oui ! nous le suivrons, répétèrent les autres,
la troupe s'enfonça résolument dans le obscur, à la suite de Richard.
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74 LE DERMflSIl IRLANDàlS.
On avança quelques instants en silence; c'était h peine si l'on distinguait à sa couleur grisâtre l'ëtroit sentier qui serpentait à travers le fourré. Les mugissements du vent étaient eontinuels, mais ils avaient perdu, sous le couvert des arbres, ce caractère étrange qui avait ettmjé de loin les voyageurs.
— William Sullivan, dit enfin Richard à voix basse, vous avez habilement profité d'une circonstance qui pouvait être fort embarrassante pour moi... Je m'aperçois à chaque instant combien, pendant ma longue absence, quelquesunes des idées, des faiblesses peut-être de ma terre natale, me sont devenues étrangères... J'en apprécie d'autant mieux les services d'un ami comme vous, qui sait tirer avantage même des préjugés de ces pauvres gens, l'ai connu dans mon enfance la vieille légende à laquelle vous faisiez allusion tout à l'heure et dont ce lieu a été le théâtre ; «aaîs je ne serais pas fâché d'en entendre de nouveau le réeit, rien de ce qui touche ma famille ne pouvant m'ètre indifférent, même...
— Votre Honneur désire entendre encore une fois l'histoire de Révin Dathy, surnommé te bon messager? interrompit l'aveugle en élevant la voix de manière à attirer rattention de ses
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compagnons ; ce sera en e£fet d*un bon exemple pour les fidèles serviteurs d'O'Byrne; l'on apprendra ainsi comment Dieu protège les hommes dévoués k leur lord et à leur pays... Eh bien donc, avant d'arriver au rathe, j'aurai le temps de vous la raconter telle qu'elle m'a été racontée à moi-même par un vieux prêtre qui avait longtemps vécu dans les bois au temps des persécutions contre la sainte Église catholique.
A cette annonce ) les paddys se rapprochèrent de William avec empressement. Chacun d'eux savait de longue date la légende dont il s'agissait; mais par cette nuit noire, dans ce lien sinistre, au milieu de ces bruits effrayants, ce récit devait avoir le caractère sacré d'une prière. L'aveugle reprit :
— Votre Honneur n'a pas oublie, mUord, combien les undertakers de la reine Bess et de son favori, Walter Raleigh^ furent mal reçus dans ce comté* Tout notre valeureux clan d'CyByrne se souleva sous la conduite du comte Fergus O'Kelly d'O'Byrne, votre aïeul. Grand nombre de ces abominables hérétiques périrent dans le combat ou furent écrasés par les roches nn'on laissait tomber sur eux du haut des monles. Pendant longtemps ils ne purent mettre ied dans la vallée de Glendalough, où l'on
voyait alors les sept belles églises dont il ne reste plus que des décombres. Dépités de ce mauvais succès, Walter Raleigh et son lieutenant lord Gray résolurent d'employer la ruse pour détruire les eagle-hands qui leur barraient le passage. Pendant que Raleigh allait attaquer à grand bruit un poste éloigné, lord Gray séduisait à force d'argent un traître montagnard qui le conduisit avec une troupe de ses gens, par des chemins inconnus, au coeur de la vallée.
u Votre aïeul, le comte O'Kelly, retournait alors en compagnie d'une vingtaine d'hommes à son château d'O'Byrne, dont on voit encore des débris dans le parc de Stone-House. Il s'avançait plein de sécurité, lorsque tout à coup, à l'extrémité de ce défilé, non loin du rathe du Lord-Abbot, au pied d'un rocher que l'on a nommé depuis Un Roche du Comte, il se trouva face à face avec lord Gray et sa troupe de damnés hérétiques. Avant que Fergus eût pu se reconnaître, les Anglais fondirent sur lui, la visière baissée et l'épée à la main. Le chieftain, attaqué par un parti vingt fois plus nombreux que le sien, soutint fièrement le choc ; il se défendit avec vigueur et sa suite l'imita. Néanmoins) les Irlandais essayèrent vainement de