CHAPITRE II
pereer les rangs ennemis et de gagner ce passage pour faire retraite vers le manoir d'O'Byrne; serrés de toutes parts, ils se réfugièrent sur le rocher dont j'ai déji parlé. Pour les en débusquer^ il eut fallu perdre beaucoup de monde. Lord Gray et ses Anglais ne voulurent pas s'y exposer; ils se contentèrent de cerner le rocher et de tenir bloqués le comte et ses hommes, en les sommant de mettre bas les armes.
« Mais telle n'était pas la pensée du bon chieftain Fergus ; il se fût plutàt laissé hacher que de se rendre. Il commanda à Patrick O'Dailly, l'un de mes ancêtres, qui l'accompagnait partout et qui lui servait de piper, de jouer sur son instrument un air d'alarme, espérant qu'il serait entendu des gens de son clan. Patrick avait un souffle vigoureux ; mais les sons de sa cornemuse ne pouvaient arriver jusqu'au château, situé k plusieurs milles de là. Alors les assiégés, unissant leurs voix, poussèrent tous à la fois un cri d'appel ; mais ils ne furent pas plus heureux, et les gens de lord Gray se mirent à les railler de ces inutiles tentatives.
« Le vaillant comte vit bien qu'il n'y avait
* : qu'à mourir noblement, les armes à la
n. Cependant il appela Révin Dathy, un de
"'ivants, jeune drdle alerte et résolu dont il
avait éprouvé déjà le dévouement à sa [>eràonne.
« — Kevin Dathy, mon brave garçon, lui dit-il, tu vois notre situation. Si nous c^uittORS ce poste, nous serons égorgés pbr ces mécréants, la chose est sûre. Aussi, mourir pour mourir, es-tu disposé à remplir une commission périlleuse dont je veux te charger?
<( Dathy répondit aussitôt qu'il était prêt.
u — Eh hien, reprit O'Reily, Patrick, mon barde, va écrire sur un parchemin en quelle extrémité nous sommes ; j'apposerai mon sceau au bas de l'écriture et tu iras porter ce parchemin au manoir, afin que l'on vienne nous délivrer sans relard.
u Dathy fit ses préparatifs pendant que Patrick écrivait la dépêche et que le comte y imprimait son sceau. La lettre achevée, le chieftain la remit à Dathy en lui disant :
« — Tu vas prendre moù cheval qui est resté là au pied du rocher : c'est un animal plein d'ardeur; tu le lanceras sur l'ennemi avant qu'on se doute de ton projet, et peAt-être pàrviendras-tuà t'échapper... Sinon, que Dieu ait pitié de ton âme et qu'il te donne la récompense due aux honnêtes serviteurs !
« — Milord, répliqua Dathy ^ mort ou vif j'exécuterai vos ordres !
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« S'agenouillaiit sur ]a pierre, il adressa dé- Totement sa prière a Dieu et k saint Kevin, son patron et celui de la vallée. Puis il prit congé du comté, élnbrassa ses amis, et, sautant sur le cheval, il partit comme un trait.
•( D'abord les undertakerSy déconcertés par cette irruption subite, le laissèrent passer; mais revenus de leur première stupeur, ils envoyèrent plusicui*s cavaliers à la poursuite du pauvre Dalhy. Celui-ci leur eût échappé peut-être s'il n'eut rencontré sur son chemin une autre bande qui gardait l'entrée du défilé. Un de ces nouveaux ennemis abattit le cheval d'un coup de lance ; alors tous ensemble se ruèrent sur le cavalier; et pendant que ses compagnons, qui ne pouvaient plus le voir, supposaient quïl galopait en sûreté vers le château, le brave Révin lombait mort sur la routé, criblé de coups de pique et de coups d'épée. »
Ici Williflim fit une pause comme pour reprendre haleine. Âpres un momeilt de silence, il eontinuh :
— Ce qui me reste à vous conter n'est pas
i^econnu certain ni parfaitement orthodoxe par
"5 ÏI06 révérends ministres catholiques, par le
le M. Angus O'Byrne, par exemple; mais il
st défendu de rien changer au récit qui m'a
80 LE DEBIŒR IRLANDAIS.
été transmis à moi -même; si je dis mal, il me sera pardonné en faveur de mes intentions et de mon amour sincère pour la vérité.
«( Donc, on rapporte que Kevin Dathy étant mort, son âme monta au ciel. Comme de son vivant elle avait appartenu à un homme juste, craignant Dieu, charitable pour son prochain et fidèle à son maître, elle trouva toute grande ouverte la porte du paradis. Elle entra et vit Dieu assis sur son trône de diamant ; à sa droite était notre grand saint Patrick en costume d'évéque, avec sa crosse pastorale et sa mitre d'or ; h sa gauche se tenait saint Kevin en habit d'ermite et son merle sur le poing, absolument comme il est représenté dans nos livres de dévotion. Les deux saints adressèrent un sourire amical au bon serviteur irlandais.
«( — Ame de Kevin Dathy, lui dit Dieu le père avec douceur , pourquoi parais-tu si triste et si inquiète quand mon fils et moi nous te recevons dans notre paradis?
<( L'âme se prosterna devant le trône du Tout- Puissant.
<c — Grand Dieu, dit-elle, vous savez à quel péril sont exposés vos enfants du clan d'O'Byrne là-bas sur la terre, et quelle promesse j'ai faite au comte O'Kelly en le quittant... Je souffre de