‹ Le dernier IrlandaisChapitre 69 sur 149 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

ne pouvoir accomplir ma parole. Accordez-moi un instant seulement, afin que je m'acquitte des derniers ordres de mon lord. Je supplie mes grands saints patrons, saint Patrick et saint Kevin, ici présents, d'intercéder auprès de vous pour me faire obtenir cette grâce.

«( Aussitôt saint Patrick et saint Kevin s'age* nouillèrent devant le trône. Dieu leur ordonna de se relever et dit à Tàme de Dathy :

u — Je suis touché de ta fidélité et j'écouterai les prières de mes serviteurs Patrick et Kevin... Je consens à ce que tu demandes; va remplir Tordre de ton lord, et reviens t'asseoir à ma droite avec ceux qui ont été bons et pieux pendant leur vie.

« 11 dit, et l'âme de Dathy retourna sur la terre.

u Voilà, mes amis, ajouta William d'un ton différent, ce qui m'a été rapporté. Il ne m'appartient pas de prononcer si ces détails sont vrais ; mais je n'ai en vue que la glorification de Dieu, des saints et des défenseurs de l'Irlande. Quant à ce qui suit, aucun doute n'est plus possible, comme vous l'allez voir.

u Donc, les undertakers de lord Gray avaient .j pauvre Kevin Dathy, et, suivant l'usage '^-'i l'avaient dépouillé de ses vêtements et

de ses armes. Le corps gisait dans une mare de saog, n'ayant plus que sa chemise , h deux pas du cheval aussi sans mouvement. Tout à coup le cheval se dresse sur ses jambes, ses blesSui^ès se referment ; il hennit et secoué sa crinière. Au même instant, la vie revient à Kevin Dathy ; son œil éteint se ranime, son teint pâle se colore. Il se relève brusquement, saute en selle, part au galop en agitant le pai^chemin que lui avait confie le comte, et se dirige vers Textrémité du défilé. Les Anglais se mettent k sa poursuite en poussant de* grands cris ; les arcs se bandent, les arquebuses détonent, mais balles et flèches passent à travers le cavalier et la monture comme à travers une ombre. Le cheval laisse après lui un sillon de feu ; il souffle la flamme par les naseaux ; Dathy, fier et impas* sible, jette à ses ennemis un regard calme qui lesglarce d'effroi. Les undertakers les suivirent en hurlant cOmme une mente de chiens furieux ; mais bientôt homme' et bête disparurent au milieu des tourbières que nous venons de traverser , et les Anglais rejoignirent honteux et confus la troupe de lord Gray.

«t £n ce moment, le vieil Hector Mac Leod, Tintendant du comte, commandïiit au château d*0*Byrne en l'absence de son maître. Inquiet

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de ne p»s Yoir Fergus revenir, il avait réuni dans la cour les plus vaillants guerriers du clan pour aller au-devant de lui. Gomme ils tenaient conseil entre eux pour décider de quel côté ils dirigeraient leurs recherches, on entendit le pas d'un cheval dans l'entrée principale du fort. Avant qu'on eût eu le temps de baisser le pontlevis, le cheval, franc]|iissant d'un bond la muraille et le fossé, vint tomber avec son cavalier au milieu des serviteurs d'O'Byrne; on reconnut alors Kevin Dathy et le coursier favori du chîeftain. Aussitôt les assistants accablèrent le messager de questions; mais celui-ci ne leur répondit pas. H s'approcha d'Hector Mac-Leod, et, jetant à ses pieds le parchemin du comte, il prononça ces seules paroles : « Sauve ton lord !» Aussitôt, cavalier et monture tombèrent roides morts. L'intendant, sans s'arrêter aux circonstances miraculeuses de cet événement, ouvrit le parchemin, apprit la détresse de son maître et partit aussitôt avec des forces suffisantes pour dégager Fergus. Les undertakers furent battus pour cette fois, et lord Gray fut chassé de la vallée de Glendalough.

" Depuis ce temps, le défilé où nous sommes 's le nom du Spectre Blanc ou du Bon Mes- •*. Souvent, pendant les nuits tempétueuses

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comme celle-ci, on voit Tombre de Rëvin Dathy parcourir la gorge au galop de son cheval. Il est en chemise ; sa main agite le parchemin que lui confia jadis le comte O'Kelly. Derrière lui on entend les cris des undertakers qui le poursuivent. 11 serait dangereux peut-être pour des ennemis de l'Église et de Tlrlande de se trouver sur son chemin, car le spectre blanc est reste fidèle k la vieille cause de son pays... Et ainsi Dieu a voulu prouver aux braves gens quel cas il fait de la piété et de l'attachement aux maîtres légitimes. »

Ce fut par cette espèce de moralité que l'aveugle termina son récit, et rien ne saurait reproduire l'émotion que cette naïve légende avait causée parmi les auditeurs. Les circonstances les plus miraculeuses ne leur inspiraient aucun doute, tant ils étaient habitués à considérer comme articles de foi tout ce qui tenait à la glorification du nom d'O'Byrne. Aussi, malgré la nuit, malgré ces hurlements lugubres qui sortaient parfois des profondeurs du bois, n'éprouvaient-ils plus aucune crainte. La présence de Richard les remplissait de hardiesse, chacun d'eux brûlait d'imiter le dévouement de Kevin Dathy, et, en se pressant autour de l'illustre descendant du comte O'Relly, ils semblaient

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