CHAPITRE II
dire : » Nous aussi, nous saurons mourir pour vous ! »
Richard était trop éclairé pour accepter cette légende * comme rigoureusement historique ; mais à travers les ornements parasites dont les conteurs de diverses époques s'étaient plu à Fembellir, i) distinguait un louable exemple de fidélité dont William Sullivan avait habilement tiré parti pour enflammer les esprits dans une circonstance aussi critique. 11 n'éleva donc aucune objection et se contenta d'encourager les crédules paddys à montrer pour la cause nationale le zèle et le désintéressement que Révin Dathy avait montrés pour son lord ; puis il donna Tordre de presser le pas qui s'était un peu ralenti pendant le récit de William.
Parmi les assistants, un seul ne semblait pas complètement édifié sur certains détails merveilleux de l'histoire de Kevin : c'était Jack Gunn.
— Voyez-vous, M. Sullivan, dit-il d'un ton railleur en se dandinant h droite et à gauche selon sa coutume, ce que vous nous avez conté s'est passé dans un temps où l'on était à moitié sauvage ; de nos jours, les choses, en pareil cas, ent différemment. D'abord, si votre arrière- "d-père, le piper O'Dailly, avait eu une de
86 LE DERlfOCE IKLANDAIS.
nos belles trompettes d'ordonnance aa Heu d'une cornemase grossière, il lui eût été facile de sonner un appel qui eut retenti dans toute la vallée de Glendalongh comme la trompette du jugement dernier, et un pauvre diable ne se fût pas trouvé dans la nécessité de braver la mort pour aller chercher du secours. Quant au dévouement en lui-même de votre Révîn Dathy, je n'en dirai rien ; je ne voudrais pas offenser Dieu et saint Révin qui ont le beau rôle dans •ette affaire. Mais on trouverait de braves garçons par le monde qui pourraient faire aussi bien, sans le secours d'en haut, du moment qu'il s'agirait de sauver la vie à leur capitaine et à leurs camarades.
Cette observation parut scandaliser fort les assistants. L'aveugle dit à Jack avec sévérité :
— Rien n'est possible sans le secours de Dieu, jeune homme... Et pour parler avec tant de légèreté d'une sainte tradition en l'honneur de la famille O'Byrne, il faut n'être ni catholique ni Irlandais !
— Je suis catholique et Irlandais, M. William, riposta Jack avec quelque aigreur; mais je suis soldat aussi... J'ai sonné des fanfares sur le dos d'un éléphant dans les montagnes d TAfghanistan, et je sais parfaitement jusqu'o