‹ Le dernier IrlandaisChapitre 72 sur 149 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ils se rangèrent inslinctivement sur le bord du sentier pour ne pas être écrasés; Richard O'Byrne lui-même et Taveuglc, qui s'était fait rendre compte de ce qui se passait, semblaient partager la stupéfaction commune. £n quelques secondes le cavalier les eut atteints. On eût dit qu'il essayait d'arrêter sa monture ; mais l'animal indomptable continua sa course furieuse. L'homme adressa à Richard des paroles que le fracas du vent empêcha d'eu tendre ; puis il jeta aux pieds d'O'Byrnc la lettre qu'il tenait à la main et s'évanouit dans les sinuosités de la gorge.

Les paddys immobiles retenaient leur haleine.

— C'est le spectre blanc! dit enfin l'un d'eux.

— Il est venu convaincre l'incrédule et le profanateur, murmura un autre.

Tous approuvèrent cette supposition; Jack lui-même, par son attitude terrifiée, témoignait qu'il était de cet avis.

Richard ramassa la large dépêche qui était restée à terre et que le vent impétueux menaçait d'emporter. 11 la tournait et la retournait ' "* e«s mains, comme pour s'assurer qu'il ne ,as et que ce papier était bien une réa- Mais vainement chercha-t-il à lire la suscrip-

tion : la lumière de la lune était trop faible pour qu'il pût réussir ; il s'assura seulement, à son grand étonnement, que la dépêche était scellée du sceau de l'État.

Pendant qu'il réfléchissait aux circonstances de ce mystérieux événement, William disait aux paddys d'un ton solennel :

— Que ceux qui ont des yeux voient et que ceux qui ont des oreilles entendent. L'impiété railleuse a été confondue! Chrétiens du clan d'O'Byrne, réjouissez-vous; ce n'est pas pour rien que le Bon Messager est venu vers nous. Ce prodige annonce sans doute que Dieu a pour agréable notre sainte entreprise et qu'il veut délivrer l'Irlande de ses ennemis. En avant, donc ! Dieu est pour nous !

En ce moment toute la troupe arrivait au lieu du rendez-vous.

Le rathe eu liOrd-Abbot.

Ce lieu était une espèce de vallée secondaire entourée de hauteurs que couronnaient des houx et des coudriers. Au centre s'élevait le rathe, un de ces monticules factices appelés cairn en Ecosse, tumulus par les savants de tous les pays, et que Ton suppose avoir servi de tombeaux à de vaillants guerriers celtes ou Scandinaves. A en juger par les dimensions de i>pliii.ci , le guerrier qu'il recouvrait avait été ainement un héros fameux parmi les siens, ivait peine à comprendre que des forces

humaines eussent remué une pareille quantité de terre pour Tinutile satisfaction d'une vanité posthume. Sauf sa forme conique et régulière, on eût pu le prendre pour une colline naturelle, et l'abondante végétation dont il était ombragé depuis bien des siècles tendait incessamment à effacer les traces du travail des hommes.

Au pied du rathe était allumé ce grand feu dont les voyageurs avaient aperçu de loin le reflet. Alimenté par des bourrées de bois mort qu'on y jetait par intervalles, il éclairait largement le vallon. Une trentaine d'hommes se promenaient par groupes à l'entour, causant et gesticulant avec vivacité. La plupart avaient le visage barbouillé et portaient des chemises blanches sur leurs habits ; ils appartenaient aux associations jadis si redoutées des ff^hite-BoySy des Molly-Maguires et autres, qui, sous différentes dénominations, sont permanentes en Irlande. Quelques-uns avaient dédaigné ce costume, erotesque et sinistre ; mais on reconnaissaitèiemr^ traits durs et hâlés, à leurs membres rigoartux* , ^ leurs manières rudes , comme à JearU^g» ge brutal, des vagabonds mis depuis ioagkimif i au ban de la société. Le regard à la ^samk ^ ^% ardent de plusieurs d'entre eux

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