CHAPITRE III
tes du centre, d'où elle s'étendrait ensuite dans toute l'Irlande.
Lorsque ces diverses matières furent réglées, la nuit était fort avancée et l'aube commençait à faire pâlir les étoiles du côté de l'orient. O'fiyrne, après avoir répété à chacun ses instructions, prit congé de ses nouveaux amis. Les uns devaient regagner leurs cantons pour y fomenter la révolte, tandis que d'autres se rendraient k Neath sur-le-champ et se tiendraient à la disposition de Richard, chef de l'insurrection partielle. L'assemblée se sépara donc, et le capitaine allait s'éloigner avec Jack et William, quand il s'entendit appeler avec timidité.
Il se retourna et se trouva en face d'un wliiteboy, nu-téte et revêtu d'une chemise blanche. Richard le regarda d'un air surpris :
— Qui es-tu? que me veux-tu ? demanda-t-il avec un peu d'impatience.
— S'il plaît à Votre Honneur, dit le whiteboy, et la lettre, vous savez? vous ne l'avez pas lue encore, et pourtant, si je ne me trompe, elle doit contenir des choses qui intéressent diablement Votre Honneur.
De quelle lettre parlez-vous, mon ami?
nda Richard.
Quoi ! vous avez oublié celle que vous a
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remise le spectre, là, dans le défilé du Bon Messager?
Et le white^boy parut étouffer un éclat de rire.
O'Byme se souvint alors de la dépêche qui lui était parrenue d'une manière si extraordinaire et que d'autres préoccupations Savaient empêché d'ouvrir jusque- là. Il la tira aussitôt de sa poche, et, s'approehant du feu qui projetait un reste de lumière pendant que le distillateur démontait ses appareils, il en examina la suserîption. Elle était adressée a lord Avondale, juge de paix, et scellée du sceau bien connu du vice-roi d'Irlande. Sans s'arrêter à la gravité d'une pareille action, le capitaine lit sauter hardiment ce cachet redoutable et lut avec avidité.
C'était, en effet, une pièce officielle datée de Dublin. Le lord lieutenant prévenait lord Avondale qu'une conspiration dont Richard O'Byrne, ci-devant capitaine au 6^" régiment, était un des chefs, devait éclater prochainement a Neath. Ordre était donné à lord Avondale de requérir les constabularies du voisinage pour arrêter ce Richard O'Byme que l'on supposait caché dans la vallée de Glendalough. On insistait sur l'importance de cette capture , et on ajoutait que
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daos le cas où la conspiration viendrait à éclater subitement, les partisans de la reine et les amis de l'ordre eussent à résister avec fermeté , car plusieurs régiments étaient déjà en marche, et on avait la certitude d'étouffer la rébellion dans son berceau.
Cette dépêche, comme ou peut le croire, agita vivement Richard. Après l'avoir lue plusieurs fois, il s'approcha de Sullivan qu'il consultait volontiers comme le plus prudent et le plus expérimenté de ses agents ; il lui dit en peu de mots la nature des nouvelles qu'il venait de recevoir.
— William, ajouta t-il, nous devons nous applaudir d'avoir brusqué les choses. Les soldats ont déjà quitté leurs cantonnements, et demain peut-être il serait trop tard pour agir. C'est un effet de la protection divine que cette dépêche soit tombée entre nos mains ; celui qui nous l'a apportée est vraiment un bon messager !
— Et le bon messager, le voici, milord, dit le wfaite-boy d'un air de fausse modestie en s'approchant des interlocuteurs.
Richard l'envisagea de nouveau .
Vous êtes évidemment un des nétres? deda^-il. Mais d'où venez-vous ? quel est votre ?
— J'ai reconnu cette voix , dit William avec étonnement; Tom Irwing, est-ce bien vous?
— Moi-même, M. Sullivan. .. Och ! je me suis un peu distingué cette nuit, et vous ne direz plus que j'ai du penchant pour le rappel.
— N'est-ce pas vous , demanda Richard avec sévérité, qui ce soir avez allumé un incendie au village de Sbanakill ?
— Ah! Votre Honneur sait déjà cela? Och ! j'ai joliment fait la figue au bailli Jameson, au collecteur de dîmes et au méchant landlord ! Le cochon, les oies, le poney, tout a été grillé. C'était dur, voyez-vous ; car enfin les pauvres bétes n'étaient pas cause si l'on nous avait réduits à l'aumône moi et ma famille. Et cela pour une seule pincée de cheveux arrachée par derrière à ce renégat de Donnagh! On ne m'avait pas vu pourtant; je défierais tous les juges du comté de prouver...
— Mais la lettre, Tom, interrompit l'aveugle, comment la lettre est-elle tombée entre vos mains?
— Ahî voici, milord... Je venais donc d'arracher hier au soir les pommes de terre que j'avais plantées dans mon petit champ, ne voulant pas en laisser profiter le bailli et ses co«*